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Sommaire du N°033
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CQFD N°033



TOUR DE FRANCE ANTI-CPE

Mis à jour le :15 avril 2006. .


Alès : Guérilla florale au lycée

Lundi 3 avril, près de 2 000 élèves du lycée Dumas ont participé au vote sur l’avenir de leur mouvement. À 87 %, le blocus a été reconduit. Le lycée Jean-Baptiste Dumas, au coeur du quartier populaire des Prés Saint-Jean, à Alès (Gard) est occupé depuis mardi 28 mars. Un feu brûle en permanence devant l’entrée fermée par une barricade. La fin-de-semaine s’est tendue avec la menace ministérielle d’une expulsion par la police. Les jeunes du quartier sont venus nombreux nous apporter leur soutien et entamer avec nous des discussions interminables. Ce blocage a été l’occasion de diverses activités collectives (repas, vidéos sur l’histoire de l’immigration, les nanotechnologies). L’occupation nocturne rend aussi possible les errances dans le lycée, à pied, en vélo ou en skate, les parcours improbables et l’escalade. Dans la nuit de jeudi à vendredi, sous la lune noire, le commando des Radis Noirs et les Reines Marguerites ont attaqué les hectares de pelouse vidéosurveillées de cet immense établissement pour y semer par dizaines leurs pensées, leurs soucis, des tournesols, des ficoïdes et des coloquintes et engrainer ainsi le gouvernement. Pelouses, talus, haies, rien n’a été épargné. Aucune arrestation, pas de prisonniers : l’action clandestine a été un franc succès. Plusieurs slogans ont été murmurés, dont : « Qui sème des primevères récolte des pommes de terre  », « Nique les tas, nique les tas » et « Pas de solstice, pas de prés ». Dans un mois, ce lycée fleurira de notre lutte et devant les pensées en fleur nous nous souviendrons. Une autre action est proposée pour la semaine prochaine en solidarité avec les quartiers des Cévennes et des Prés Saint-Jean.

Alysse Odorante (sur Indymédia-Marseille)


Rennes : Sans motif

Mercredi 5 avril. La veille, la télévision annonçait une décrue du nombre de grévistes chez les salariés, malgré une augmentation du nombre de manifestants. Ce qui laisse à penser que les « journées d’action » syndicales sont de plus en plus investies par les précaires, oisifs, casseurs et autres retraités. Ce soir-là, après avoir décrit (avec complaisance) la déliquescence gouvernementale et (avec agacement) les actions coup-de-poing des anti-CPE, David Pujadas annonce la décrue des occupations de lycées. Au même moment, les lycéens d’Émile-Zola, à Rennes, dans un esprit très décroissant, décident de ne plus se contenter de bloquer leur bahut mais de barricader les deux extrémités de la rue. Dans l’espace ainsi libéré de la routine automobile, certains installent une batterie et des amplis, et d’autres jouent au foot avec décontraction et élégance. « Villepin, prends ton temps, on s’amuse énormément », serait le slogan en vogue chez les jeunes Bretons.

(de notre envoyé spécial)


Marseille : Tiendez bon les djeuns !

Vendredi 24 mars, CQFD croise deux gars de la RTM (Régie des transports marseillais). Entretien.
CQFD : Qu’est-ce que vous pensez de ce qui se passe contre le CPE ?
André : Je n’ai qu’un truc à dire. Qu’ils tiennent bon !
Michel : Ce que la jeunesse fait aujourd’hui, c’est une manière de continuer la grève qu’on a faite cet hiver, pendant 45 jours. Le mouvement est parti, et ça ne va pas s’arrêter.
M. : C’est bien tous ces jeunes qui se battent pour le pays. Le mouvement ne mollira pas. Et puis surtout, les jeunes, par rapport à nous, ils ont un grand avantage : ils sont inconscients, ils n’ont pas de gagne-pain.
A : Je comprends complètement leur colère. C’est normal qu’ils se demandent ce qu’ils vont devenir. Et qu’ils se battent.
M. : On a vu comment ils nous ont traités pendant la grève, comment on a perdu. La presse n’a pas arrêté de dire que les commerçants perdaient de l’argent à cause de la grève. La police municipale a verbalisé des centaines de voitures pour retourner les gens contre nous. Même le médiateur qui était là pour soi-disant rétablir le dialogue l’a reconnu : la mairie voulait notre peau.
A. : Et aujourd’hui on voit que tout ce qu’ils ont promis pour les gars de la SNCM était des bobards.A u mois de décembre, Veolia, le repreneur, disait qu’il n’y aurait pas de licenciements. Même pas quatre mois après, ils annoncent qu’ils vont virer 150 à 200 personnes.
M. : Si les jeunes perdent, il y en aura d’autres qui démarreront derrière.
A. : La violence, je la comprends. Je ne parle pas des conneries que font ces jeunes qui viennent voler des portables et qui n’ont rien dans la tête. Je ne dis pas que la violence c’est bien. Je n’aime pas la violence. Mais je crois que c’est inévitable quand on se bat pour quelque chose, qu’on se moque de nous et qu’on ne nous écoute jamais.

(de notre envoyé spécial)



Dijon : Avant liquidation

22 mars à 14h30. Une quarantaine de personnes masquées se sont introduites dans les locaux de la permanence du député UMP, Jean- Marc Nudant, à Dijon. Elles ont accroché une banderole « Ils nous mettent à la rue, chacun son tour ! » sur la façade de l’immeuble, puis ont déménagé sur le trottoir les meubles, chaises, bureaux, plantes… de la permanence. L’idée sera remise en pratique à Paris le 31, à Montpellier le 5 avril, à Rennes…

(de notre envoyé spécial)


Rennes : Irréductible

28 mars. Depuis quelques jours, un « village libre » se dresse sur la place du Parlement-de-Bretagne. Une douzaine de tentes igloo, des palettes, des bâches, un canapé, des fauteuils… « On fait avec les moyens du bord, alors ça a des allures de bidonville », déclare Mathieu au Journal du Dimanche. « Mais finalement, on ne fait qu’anticiper ce qui nous attend avec le CPE : précarité et vie sous la tente… » Interprétant sans doute mal la pancarte qui accueille le visiteur avec un joyeux « bienvenue chez vous », une centurie de bleus se déploie autour du campement. Mais de nombreux manifestants sont encore présents et se regroupent. Pas question de tolérer l’expulsion de ce lieu ouvert qui ramène le débat politique au niveau de la rue. Trois cercles concentriques se matérialisent alors : celui des tentes au centre de la place, celui des flics et celui des gens. Les robocops sentent le souffle chaud de la foule sur leur nuque et préfèrent se retirer gentiment. Ils quittent la place sous les quolibets.

(de notre envoyé spécial)


Chartres : Liturgie

26 mars. Lors d’un pèlerinage à Chartres, l’archevêque de Paris Mgr André Vingt-Trois s’est inquiété du mouvement anti-CPE. Il a appelé les étudiants chrétiens à dépasser le « petit bonheur mesurable par les sécurités du contrat social, […] le bonheur d’un CDI ou d’une profession protégée », pour plutôt chercher « le bonheur réel et profond qui donne la joie d’être au monde et de vivre  » [AP]. Laurence Parisot, la grande prêtresse du Medef, n’en disait pas moins en septembre dernier : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?  » Suggestion : que le Vatican et les patrons viennent partager leur « petit bonheur mesurable  » sur les places publiques, et une fois leurs trésors de guerre dilapidés, on fera tous l’expérience du « bonheur réel et profond  » de la précarité universelle. Bras dessus, bras dessous.


Article publié dans le supplément « Mouvement dit anti-CPE » accompagnant le CQFD n° 33, avril 2006.






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