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Sommaire du N°033
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CQFD N°033


UN CASSEUR AVOUE

MOI, LAURENT, 24 ANS, LANCEUR DE PIERRES SUR LES FLICS

Mis à jour le :15 avril 2006. .

La manif n’est pas terminée que déjà divers matériaux volent en direction des forces de l’ordre. CQFD a rencontré le 6 avril un de ces « casseurs ». De quoi désespérer les sociologues et les empoisonneurs médiatiques. Ce n’est pas un lascar de banlieue, il n’appartient pas à la mouvance « anarchoautonome ». Il est là, sans étiquette, énervé et en colère.

CQFD : Tu milites dans une organisation ? Tu es proche d’un groupe ?

Laurent [1] : La première fois que je suis descendu dans la rue, c’est quand Le Pen est passé au premier tour. C’était énorme, tout ce monde. Ça m’a beaucoup marqué. Mais je n’ai jamais milité. Proche d’un groupe, oui, bien sûr. De mon groupe d’amis. Quand on s’affronte avec les flics, on se protège. Mais aussi on fait attention aux autres. C’est arrivé plusieurs fois que je ramasse des gens qui étaient tombés et qui risquaient de se faire arrêter. Depuis le début de la mobilisation anti-CPE, j’ai fait sept manifs. Quasiment à chaque fois j’ai participé aux affrontements. La présence des flics est une véritable provocation.

C’est un jeu ou une guerre ?

Les deux. Bien sûr qu’il y a de l’excitation. Mais la colère est une forme d’excitation. Je ne comprends pas ceux qui parlent de « résistance pacifique ». Crier sa colère, et seulement la crier, ça ne sert à rien. Il faut monter d’un cran. On s’est trop foutu de notre gueule. Dans les affrontements, je ne suis pas parmi les plus virulents, bien que je sois souvent en première ligne. Mais ça m’arrive de tempérer, parce que des fois, ça va trop loin, comme lorsque des mecs lancent des projectiles de loin et que les plus proches de la police les reçoivent. Dans ces situations, je n’ai pas peur, mais je fais attention. J’ai toujours une écharpe et un bonnet. C’est le minimum. En plus, je suis fragile de la gorge. Mais amener plus d’équipements est dangereux. Il y a des fouilles et faut faire très attention.

En t’attaquant à la police, tu poursuis une idée ?

Je n’ai pas le projet de faire mal à un flic en particulier. Mais je voudrais que le gouvernement comprenne qu’on est vraiment en colère. Et que le rapport de forces se développe. C’est vraiment bien quand on commence à cinquante et qu’on se retrouve rapidement à deux cents. La systématisation de la répression, partout dans la société, me met hors de moi. Ne rien faire contre la police, c’est lui donner raison. Dans une manif, les forces de l’ordre c’est comme une clôture. Et cette barrière, je veux la faire sauter.

Qu’est-ce que tu penses de ceux qui cassent des vitrines ?

Je ne le fais pas. Mais ça ne me dérange pas. Quand les lascars dépouillent un magasin Orange, ça me fait plutôt rigoler. Mais brûler un kiosque à journaux, je ne comprends pas bien. Pour ce qui est des descentes des jeunes des quartiers sur les manifs, je ne cautionne pas, mais j’en connais, de ces jeunes, parce que j’habite aussi dans une cité. Ceux qui dépouillent ont généralement entre quinze et dix-sept ans. Et je comprends que beaucoup de gens les trouvent vraiment lâches, parce que face aux flics, ils ne font rien. Ils ne s’attaquent qu’aux gens seuls et s’enfuient dès qu’il y a de la résistance à plusieurs. N’empêche que je me sens très proche des émeutiers de novembre. Ils se sont battus autrement que nous aujourd’hui. Ils n’ont pas fait que lancer des pierres, ils sont allés au corps à corps. Quand on affronte la police pendant les manifs, on est tous mélangés : des plus âgés venus des quartiers, des étudiants, des exclus, des précaires, des salariés, des lycéens, tous les styles.

Que disent les gens proches de toi qui ne participent pas aux affrontements ?

Ils ne me disent pas de ne pas le faire. Ils me disent « fais attention à toi !  » Mais maintenant, je préfère aller sur les blocages. C’est un autre mode d’expression avec moins de risque pour moi.

Tu as un rêve ?

J’ai vingt-quatre ans et le CPE n’est pas vraiment mon problème. Si je m’en mêle, c’est pour les autres, pour les plus jeunes. Et puis surtout, je vois des choses qui ne sont pas admissibles : le profit partout, des richesses incroyables et aussi une incroyable misère. Le CPE a été la goutte d’eau. Un rêve ? Je fais un BTS dans l’aménagement paysager. J’ai envie d’acquérir de l’expérience et puis monter une boîte avec ma copine. Un jardin de plantes médicinales au Mali. On imagine un truc dans le style commerce équitable…

Propos recueilis par Gilles Lucas

Article publié dans le supplément « Mouvement dit anti-CPE » accompagnant le CQFD n° 33, avril 2006.


[1] Le prénom a été changé.





>Réagir<

MOI, LAURENT, 24 ANS, LANCEUR DE PIERRES SUR LES FLICS
| 27 avril 2009 |

« monter ma boite » … du « commerce equitable au mali »…

moi laurent militant anti k du dimanche…

MOI, LAURENT, 24 ANS, LANCEUR DE PIERRES SUR LES FLICS
guillotin | 21 décembre 2006 |
haha !! les commentaires précedents me font franchement rigoler ! la police qui est là pour nous « proteger »,et puis quoi encore ?la police,elle protege les dirigeants,elle protege l’ordre etabli,et basta ! à moins que filer des coups de matraque,tirer sur nous,nous arreter sans reel motif et nous insulter ne soit une nouvelle façon de nous proteger. quand aux elections,bien sûr,on attend gentimment les elections,histoire de voter « raisonnablement »,et le reste du temps on ferme sa gueule et on subit. bande de petits rigolos,va ! MOI, LAURENT, 24 ANS, LANCEUR DE PIERRES SUR LES FLICS
| 18 juillet 2006 |
je trouve qu’il y a des façons plus intelligentes d’agir pour lutter contre les problèmes du monde que de vouloir péter la gueule aux flics qui sont d’abord là pour protéger les gens ! la violence, ça n’a jamais mené nulle part … MOI, LAURENT, 24 ANS, LANCEUR DE PIERRES SUR LES FLICS
| 12 juillet 2006 |
Quel scandal de lire ces propos. Ca me dégoute. Crier sa colère oui, monter d’un cran non. Si tu en as marre, si tu estimes qu’on se fout de ta gueule, tu sanctionneras le gouvernement en place aux prochaines élections mais sûrement pas par tes actes primaires. C’est quoi ce pays ? L’anarchie ? Mais qu’ils laissent donc quelques manifestations sans policier et on verra bien le résultat !
 

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