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CQFD N°033


ÇA DÉPOTE

SOUS LE SOLEIL, DES ÉMEUTIERS EN HERBE

Mis à jour le :15 avril 2006. Auteur : Nicolas Arraitz.

Ici, ça a démarré comme un diesel. Il faut dire que Marseille n’est pas une ville étudiante. Mais un beau jour, de petites manifs spontanées ont déboulé en ville. « Nique Villepin » : une authentique meneuse lycéenne est capable de chauffer l’ambiance avec un cône de chantier en guise de mégaphone.

JEUDI 23 MARS. Quel contraste entre l’impuissance du passant blackboulé par les travaux du tramway et l’insouciance des minots qui ce jour-là arpentent les environs du Vieux-Port ! Dans une ville mise sens dessus dessous par les promoteurs, l’irruption de ces milliers de gamins fait plaisir à voir. Ils semblent venger dans la joie leurs parents malmenés. Une centaine d’entre eux s’en vont explorer la rue Saint-Ferréol, où s’alignent les boutiques de marques. La BAC les refoule vers la Canebière, où le cortège s’est ébranlé. Aujourd’hui, la séparation entre quartiers et étudiants vole en éclats. Cortège coloré, pas formaté, majoritairement lycéen, avec des contingents étudiants et salariés. Les profs du lycée hôtelier encadrent leurs élèves en toques blanches. Des minots excités remontent la rue en courant, vers une tête de manif plutôt minable : outre la sono qui prétend substituer ses décibels à la spontanéité des jeunes, un SO adulte chapeaute la manif. Cordon oecuménique de militants FSU, FO, SUD, CGT, trop maigre pour contenir une foule plus nombreuse que prévu, il évoque un préservatif mal enfilé. Les minots font mine de prendre d’assaut le camion de la sono. Ils se font refouler et partent se poster sur les marches de la gare Saint-Charles. La manif doit se rendre à la Porte d’Aix, pour un pique-nique et des prises de parole.

Mais un bataillon de CRS a pris position autour de la gare : ils craignent une occupation des voies. La proximité des flics ne pouvant que provoquer des heurts, une bouteille vole, et dans un souci évident d’équité, une salve de grenades lacrymogènes lui répond. La manif est coupée en deux. Les CRS prennent position sur la chaussée, interrompant le parcours convenu. Provoc policière ? « Casseurs extérieurs au cortège », dira la presse unanime. Toujours est-il que la foule ne fuit pas. Des hommes casqués chargent la manif, puis se replient derrière une cabine téléphonique. Ils s’affublent alors d’un brassard fluo : police. Rumeur : les fachos attaquent. Un militant FO tente, par un discours enflammé, de détourner les jeunes énervés de l’affrontement. Mais sa verve ne fait qu’attiser les énergies et un conteneur à bouteilles est renversé, dont le contenu est immédiatement recyclé. De frêles barricades apparaissent dans les rues adjacentes. Des grenades rebondissent contre les façades, le gaz prend les gens à revers, des gosses de 12-13 ans font l’expérience de l’émeute.

Le SO mobilise ses troupes pour le reflux. La BAC ratonne dans les ruelles. En face du commissariat Noailles, des ados brisent une vitrine. Des flics en civil en serrent trois, mais reçoivent une volée de gravats. Un car de CRS, en tentant de s’interposer, manque faire redémarrer l’échauffourée. Les syndicalistes font tampon et on descend vers le port. La rue est encore à nous. Les piétons respirent, le soleil et les gaz imprègnent les habits et les esprits. Le SO, la mine déconfite, dresse le bilan de son impuissance. Un pique-nique s’improvise sur le terre-plein du quai de la Fraternité. On drague, on raconte ses exploits. Des collégiennes dansent sur la chaussée. Quand soudain la baston repart. Un commando de flics en civil vient d’interpeller Oscar, qu’une journaliste accuse d’avoir abîmé sa caméra lors du « temps fort » du 18 mars (ce fameux samedi où, en hommage aux communards, un drapeau noir et rouge flotta au fronton de la mairie). Effet immédiat de cette frappe chirurgicale, les pique-niqueurs se précipitent pour en découdre. Les CRS interviennent à nouveau pour dégager les fiers-à-bras de la BAC. Plusieurs charges sont nécessaires pour se défaire des gosses qui ont pris goût à l’action. Des cagoles afro-marseillaises agitent leur popotin dans un nuage de gaz. « C’est la danse du ventilateur, ça fait revenir l’air pur !  »

Article publié dans le supplément « Mouvement dit anti-CPE » accompagnant le CQFD n° 33, avril 2006.






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