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Sommaire du N°033
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CQFD N°033


NI CPE NI CDI NI TURBIN

RENNES D’UN GRAND SOIR

Mis à jour le :15 avril 2006. .

Les étudiants grévistes de Rennes ont su mordre et tenir. L’AG de la fac de Villejean, qui n’a pas hésité à réclamer la libération des émeutiers de novembre, paradait goguenarde en tête de la manif du 21 mars avec la banderole « Nous sommes tous des casseurs. » Le 5 avril, elle convoquait la presse dans le plus pur style erroriste, avec cagoules et armes factices derrière la banderole « Nous ne désarmerons pas. » L’appel du 22 février avait mis d’emblée la barre très haut. Émanant de la tendance gréviste « ni CPE ni CDI » de Rennes II, qui pourrait s’appeler aussi « gros soir qui chante au petit matin », ce texte souligne, avec emphase parfois, tout ce qui frétille dans ce mouvement drôle et rageur. Extraits.

Appel du 22 février

« Ce débat politique sur le CPE a permis de constater au sein du mouvement une forte tendance à ne pas se satisfaire de slogans tels que “non au CPE, pour plus de CDI”, qui suggèrent que le CDI serait en soi un contrat équilibré, favorable aux salariés, qu’il s’agirait de défendre comme un acquis, une position de force conquise par les luttes passées. Il apparaît pourtant que tout contrat de travail garantit seulement les modalités d’une exploitation. Nous considérons que rejeter une réforme qui aggrave nos conditions de vie ne doit pas signifier la valorisation unilatérale de l’état de chose préexistant. […] Nous sommes contre le CPE parce qu’une certaine idée de la précarité nous est chère ; pas celle des tracasseries quotidiennes pour trouver et conserver un emploi plus ou moins désagréable mais toujours subordonné à la nécessité de se vendre comme force de travail pour survivre ; mais la précarité de l’existence et de la pensée que ne vient garantir nulle autorité à laquelle se soumettre. […] Derrière le refus du CPE, on entend d’abord la peur, la peur de ceux qui se savent isolés, d’être encore plus dépourvus face aux pouvoirs, face à la suprématie de l’économie ; et cette peur ne trouve d’autre voie que de se traduire en demande de sécurité. […] À cette demande de sécurité, nous opposons la confiance dans la communauté de ceux qui refusent la politique libérale. Et qui pensent que refuser avec conséquence implique d’en finir avec l’isolement de chacun, de mettre en partage moyens matériels, expériences et affects, pour rompre avec la logique libérale dont le CPE n’est qu’un symptôme. La question de subvenir à nos besoins devient alors une question collective : celle de constituer entre nous des rapports qui ne soient pas des rapports d’exploitation contractuelle. »

Appel de la tendance gréviste « ni CPE ni CDI » de Rennes II, 22 février 2006

Commune insurrection

« Nous avons durablement pris goût à cette situation d’exception qu’est la grève. Il n’y a jamais eu pour nous de joie commune, de liberté politique plus grande. […] Le mouvement nous a appris que nul mode de vie n’est en soi une forme de lutte, que nul engagement politique individuel n’est capable à lui seul de dépasser la médiocrité de l’existence libérale contemporaine. Aujourd’hui, pour la plupart des grévistes, vivre et lutter ne font plus qu’un. […] Le mouvement, depuis sept semaines, va de seuil en seuil : il rejette la médiation de la Présidence, désavoue le dogmatisme de la non-violence en toutes circonstances, percevant bien en quoi une telle « position » peut contribuer au succès des tentatives gouvernementales pour casser le mouvement. Les modalités d’un blocage de l’économie rennaise sont désormais envisagées ; l’AG s’est, à plusieurs reprises, prononcée pour une rupture avec le capitalisme. Après sept semaines de blocage, plusieurs jours et plusieurs nuits d’affrontements et une détermination intacte, la question à l’ordre du jour est bien celle de l’insurrection. […] Ce qu’attendent nombre de précaires et de salariés pour nous rejoindre, c’est que nous nous donnions les moyens de provoquer une crise majeure du régime, et par-delà le retrait ou non du CPE, de renouer avec la puissance révolutionnaire du mouvement ouvrier, qui lui permettait d’imposer à la bourgeoisie des reculs successifs et durables. Cette fois-ci pourtant, le blocage de l’économie, l’interruption des flux de marchandises ne sera pas la conséquence, mais le préalable de la grève générale. »

Tendance gréviste « ni CPE ni CDI », 27 mars 2006

Article publié dans le supplément « Mouvement dit anti-CPE » accompagnant le CQFD n° 33, avril 2006.






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