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CQFD N°034


LES PROGRAMMES SCOLAIRES SOUS BONNE GARDE

UNE HISTOIRE AUX ORDRES

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Mathieu Bouchard.

Après l’échec de la loi glorifiant l’oeuvre coloniale, l’exécutif a trouvé un moyen plus discret d’amplifier sa mainmise sur les programmes scolaires : le Haut Conseil de l’éducation, une officine chiraquienne qui héberge entre autres un responsable du Medef.

EN VISANT À ENSEIGNER dans les écoles françaises « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », la loi godiche du 23 février 2005 rappelait à quel point l’histoire officielle pouvait servir à légitimer une vision idéologique du monde, établie en fonction des intérêts du pouvoir. En 1965 déjà, en pleine décolonisation, un arrêté ministériel avait supprimé l’étude du continent africain en classe d’histoire-géographie . Mais la manipulation de l’histoire n’a pas nécessairement besoin d’une loi ou d’un décret pour s’exercer. Plutôt qu’un lourd appareillage juridique, source de polémiques et parfois d’échec cuisant (comme la loi de réhabilitation des colonies, finalement retirée), il vaut mieux recourir à des outils moins ostensibles et plus insidieux.

Exemple : le Haut Conseil de l’éducation (HCE). Enfanté par la loi Fillon d’avril 2005, ce nouveau machin remplace depuis novembre dernier à la fois le Conseil national des programmes et le Conseil supérieur de l’éducation. Plus qu’un changement d’appellation ou qu’un regroupement, il s’agit en réalité de renforcer la mainmise de l’exécutif sur les programmes scolaires. L’ancien Conseil national des programmes était animé par des universitaires et des enseignants, le Conseil supérieur de l’éducation accueillait des représentants des syndicats de profs, d’étudiants et de parents d’élèves. Ce n’était pas une garantie d’excellence, mais au moins pouvait-on espérer une certaine marge d’impartialité. Rien de tel avec le HCE, composé, lui, de neuf affidés choisis pour partie par le Président de la république et pour autre partie par les présidents du Sénat, de l’Assemblée nationale et du Conseil économique et social.

Présidé par Bruno Racine, un ex-collaborateur de Chirac à la mairie de Paris et de Juppé à Matignon, le HCE abrite des experts aussi incontestables que l’écrivain chiraquien Denis Tillinac ou le banquier Michel Pébereau, président du conseil d’administration de BNP-Paribas, président de l’Institut de l’entreprise, président aussi de la « mission pour l’école et la formation professionnelle » du Medef. C’est cohérent, après tout, puisque les manuels scolaires appartiennent à l’ex-patron du Medef Ernest-Antoine Seillière (Nathan, Bordas) et au marchand d’armes Arnaud Lagardère (Hachette, Hatier). À quand Jean- Marc Sylvestre pour rédiger le programme des cours de sciences économiques et sociales ?

Ce casting de puissants et courtisans n’empêche pas le HCE de se qualifier lui-même d’organisme « indépendant ». Ça ne coûte pas cher et ça colle mieux à sa mission. Car même s’il n’émet que des « avis consultatifs », les prérogatives du HCE sont énormes : c’est à lui qu’incombe la responsabilité de définir le « socle commun de connaissances et de compétences » ainsi que d’élaborer le « cahier des charges de la formation » dispensée dans les IUFM. Avec cette officine totalement à sa botte, l’exécutif possède donc un levier direct pour influer sur le contenu des programmes scolaires. Pour l’instant, le HCE ne préconise pas encore de faire chanter « le temps béni des colonies » aux élèves de sixième. Ni d’envoyer les gamins des maternelles en stage chez McDonald’s. Mais ses premières « recommandations », publiées le 30 mars dernier, donnent un avant-goût de sa philosophie. Selon le syndicat SNES, le « socle commun » tel que défini par le HCE « organise le tri précoce des élèves », avec pour seul remède à l’échec scolaire un bouclier « renvoyant les causes de l’échec à l’élève lui-même ou à sa famille  ». Ça promet…

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.
Lire également l’article PÈRE UBU PROFESSEUR D’HISTOIRE paru dans le même numéro.






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