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CQFD N°034



PÈRE UBU PROFESSEUR D’HISTOIRE

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Mathieu Bouchard.


Il n’y a pas que dans les dictatures exotiques que la vérité historique se plie à celle du régime. La tentative française de réécrire au feutre rose l’histoire sanglante de la colonisation montre que jouer à cache-cache avec le passé national est une tentation très partagée. Aux États-Unis, où l’histoire officielle chahute volontiers la réalité des faits (comme le démontre Howard Zinn dans Une histoire populaire des Etats-Unis), les Archives nationales viennent de reclassifier « top secret défense » quarante mille documents datant de la guerre de Corée et de la guerre froide. Parmi ces pièces verrouillées figurerait notamment une note de la CIA, datée du 12 octobre 1950, dans laquelle elle jugeait « non probable » une intervention de la Chine en Corée. Deux semaines plus tard, le 27 octobre 1950, trois cents mille soldats chinois pénétraient en Corée… À quoi bon laisser les historiens faire de la peine à la CIA, elle qui s’est laissée convaincre par George Bush qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak ?

Au Japon, les cachotteries sont encore plus massives. En mars dernier, à l’occasion d’un réexamen annuel des textes scolaires, le ministère de l’Éducation ordonnait la révision des manuels à travers ses lunettes ultra-cocardières, que ce soit sur les querelles territoriales avec la Chine et la Corée-du-Sud, l’esclavage sexuel dans les zones occupées par le Japon durant la Deuxième guerre mondiale ou encore le nombre des victimes civiles et militaires du siège de Nankin en 1937. L’histoire peut aussi passer à travers le filtre du « politiquement convenable ». Ainsi, en avril dernier, le gouvernement québécois épurait les programmes scolaires des collèges pour promouvoir l’enseignement d’une histoire « moins conflictuelle » et « moins politique ». Ce qui promet des conflits tout à fait politiques, surtout avec les historiens qui s’opposent à une vérité romancée. Pour ces derniers, d’ailleurs, travailler n’est facile nulle part. En Algérie, ils sont interdits d’accès à une bonne partie des archives concernant la guerre de libération. L’historien Ahmed Belaïd a été récemment poursuivi en justice pour avoir tenu une conférence sur Messali Hadj, un des pères de l’indépendance, mais opposé au FLN.

En Israël aussi les dissidents ont la vie dure. Le professeur Ilan Pappé, figure de proue du courant des « nouveaux historiens », subit depuis des années pressions, sanctions et harcèlement, du fait de ses recherches sur les massacres commis par Tsahal dans la Palestine de 1948. Et l’université d’Haïfa cherche par tous les moyens à s’en débarrasser. Pour cela, elle peut compter sur le soutien des néo-conservateurs américains : sur son site Internet (www.campuswatch.org), le patron du « Middle East Institute », Daniel Pipes, invite les étudiants à dénoncer, contre récompense en argent, tout professeur qui oserait évoquer l’expulsion en 1948 de la population arabe de Palestine… Ilan Pappé s’en sort tout de même beaucoup mieux que l’historien iranien Sayyed Hashem Aghajari, condamné en juillet 2004 à cinq ans de prison et à l’interdiction d’enseigner pour avoir « insulté les principes sacrés  ».

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.
Lire également l’article UNE HISTOIRE AUX ORDRES paru dans le même numéro.






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