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CQFD N°034



RÉPRESSION CHOISIE

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Marius Frehel.


APRÈS LES MANIFS offensives de ce printemps où la bleusaille a serré du d’jeuns massivement et de façon aléatoire (voir CQFD n°33), les procès se sont multipliés à un rythme de cacophonie. Certains énergumènes de cette « chienlit » ont refusé la comparution immédiate, d’autres l’ont acceptée et une infime partie de ces procès a été reportée. Au vu des audiences auxquelles nous avons assisté début mai au TGI de Paris, on peut affirmer, sans surprise, qu’il vaut mieux être français d’origine gauloise, étudiant ou travailleur et « se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment », que français d’origine colorée créchant dans les cités, au chômedu (ou adepte de l’économie parallèle) et profiter des manifs pour pouiller du portable, casser des vitrines ou agresser du « diandiant ». Exemplaire de cette différenciation ethno-géographique, la plaidoirie d’un baveux défendant un individu de la première catégorie. En substance : les tribunaux ont été plutôt cléments avec les étudiants et travailleurs qui sont descendus dans la rue pour défendre leur avenir, et c’est tant mieux, hélas ils se sont fait déborder par des bandes organisées de pillards, les mêmes que durant les émeutes de novembre dernier. L’avocat approuve tout autant les lourdes condamnations de ces lascars de banlieue, « coupables de faits graves » et qui n’avaient « rien à voir avec ce mouvement légitime de contestation  ». Il insiste aussi sur le fait que son client ne vient pas de banlieue et que lui, monsieur le président, il travaille ! Résultat : trois mois avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve pour son client . Le même jour, deux jeunes de Clichy-sous-Bois étaient condamnés à quatre mois de prison ferme pour des faits similaires (vandalisme et caillassage de condés lors d’une manif anti-CPE).

D’un côté, donc, le sauvage le plus souvent basané refusant de s’insérer dans le monde du travail, ne respectant pas la France et ses lois, et ayant vocation à se prendre de la taule ferme. De l’autre, le gentil naïf se faisant entraîner malgré lui dans ces déambulations débridées, et s’efforçant laborieusement, vu la conjoncture actuelle, de trouver sa place dans la normalité. Cette vision manichéenne du « mal de vivre », véhiculée par la majorité des médias et reprise par la justice, permet ainsi d’escamoter aux yeux du citoyen lambda l’ampleur du triomphe néolibéral et son corollaire d’injustices. Comme dit Sarkozy paraphrasant Le Pen : « S’il y en a que ça gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas.  » On ajoutera : ou alors tu finiras en taule. Mais si tu entres dans les quotas, ne pars pas trop loin, l’économie française aura peut-être besoin de toi.

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.






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