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CQFD N°034


DES CODE-BARRES SOUS LA PEAU

NANOTECHS : TOUS PUCÉS !

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Tibor Farkas.

Le 2 juin se tient à Grenoble un méga-raout pour célébrer les nanotechnologies, qui repiquent dans l’infiniment petit le principe du code-barres. Vous voulez suivre à la trace votre toutou, vos citoyens, vos ennemis ? Collez-leur une nano-puce dans la peau ou sous la patte. Sans compter les usages militaires…

C’EST LA NOUVELLE POULE aux oeufs d’or des labos : les « NBIC » (nano et biotechnologies, information, communication), encore appelées « technologies convergentes ». Convergentes vers quoi ? Vers l’armée, mon capitaine ! Un coup d’oeil dans les cartons de la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) révèle en effet que c’est sur cette filière d’innovation, et particulièrement les nanotechnologies (manipulation de la matière à l’échelle des atomes) et biotechnologies que lorgne l’armée pour se préparer aux guerres de demain (voir CQFD n°33). Les poètes de la DGA, férus d’acronymes, prévoient pour les conflits à venir de mobiliser des FELINs (fantassins à équipement et liaison intégrée) et des DRACs (drones de renseignement au contact) dans une BOA (bulle opérationnelle aéroterrestre). Traduction : la combinaison du futur bidasse intégrera une protection nucléaire-biologique-chimique et un camouflage actif. Il pourra viser sans craindre pour sa bidoche grâce à sa caméra à vision nocturne au bout du fusil, et sortir de son sac des mini-drones pour explorer les environs. Relié aux infos des autres drones, soldats et satellites, il bénéficiera d’une vision globale du champ de bataille en temps réel. Comme dans un jeu vidéo, quoi. Idéal pour traquer les terroristes dans une guérilla urbaine. Mais impossible à concrétiser sans les nanotechnologies, que ce soit pour concocter des matériaux aux propriétés nouvelles (plus légers, plus solides, fibres textiles « intelligentes », source d’énergie), miniaturiser les puces et alléger les batteries.

Quant aux biotechnologies, elles serviront pour la détection rapide et peu coûteuse d’agents toxiques chimiques ou biologiques (biocapteurs), la réparation des dégâts (neuroprothèses, sang et peau artificiels, implants). Ou encore, bien sûr, pour la création de gaz de combat… En couplant bio et nanotechs, des ingénieurs ont déjà réussi à fabriquer un drone de vingt milligrammes et six centimètres d’envergure en forme de libellule, premier « nano-système bio-inspiré ». Décidément, quels poètes. « Tout savoir, sur tout objet, à tout moment, où qu’il se trouve  », c’est l’objectif de l’armée pour 2015, présenté par un certain Xavier Pasco, de la Fondation pour la recherche stratégique. Or c’est bien avant 2015, et ailleurs que sur les champs de bataille, que nous serons tous devenus des « objets communicants ». Et ce, grâce aux « RFID ». Le RFID (Radio frequency identification device, ou « étiquette intelligente ») est la Rolls du code-barre, unique, lisible à distance et pouvant contenir infiniment plus d’informations qu’une étiquette classique. Nichés déjà dans les télépéages et les pass du métro parisien, ces techno-mouchards s’injectent en sous-cutanée à votre chat pour éviter de le paumer. Et bientôt, pourquoi pas, au taulard qui menace de s’évader. Très bientôt, c’est votre nouvelle carte d’identité biométrique qui en sera équipée : les flics pourront vous identifier dans une foule comme individu dangereux ou donateur aux orphelins de la police. Instantanément, et à distance… Et les nanos, dans tout ça ? En miniaturisant les RFID à l’extrême, et donc en abaissant leur coût, elles permettront de les implanter absolument partout : dans le verre des bouteilles, les semelles des godasses, sous toutes les peaux, dans tous les objets. Devant chaque lecteur RFID (discret, évidemment) de votre ville, les baskets que vous aurez achetées à Carrouf avec votre carte bleue trahiront votre identité aux réseaux (interconnectés, évidemment). Ou alors ce sera votre pull, votre pass Navigo, votre carte Vitale contenant votre dossier médical, votre chien pucé. « Une traçabilité active et dynamique  », s’extasie l’expert valentinois Gérard-André Dessenne. La police totale.

Le marché s’annonce mirobalant. Des cabinets spécialisés parient sur 33 milliards d’objets pucés en 2010, contre 1,3 milliard aujourd’hui. Pour l’instant, en effet, seuls quelques animaux et quelques humanoïdes - techno-fans, employés de banque australiens, enfants japonais aux parents paranos jouissent de ce privilège. Du coup, on comprend mieux vers quoi « convergen t » les NBIC : les armes et le contrôle social de demain, de juteux brevets, de maxi-profits. Et pour faire avaler la pilule : T-shirts intelligents, yaourts communicants, écrans plats, traçabilité alimentaire et applications médicales. C’est surtout entre Lyon (laboratoire P4), Grenoble (labo militaire P3, CEA, écoles d’ingénieurs et Minatec, premier pôle européen des nanotechnologies [1]) et Valence (« Pôle traçabilité ») que des milliers de scientifiques publics et privés créent notre nano-bio-futur sous les yeux gourmands de la DGA. C’est aussi à Grenoble que le collectif « Opposition grenobloise aux nécrotechnologies » appelle depuis trois mois à une contre-inauguration de Minatec le 1er juin, ainsi qu’à deux jours d’ateliers, évènements et rencontres contre le nano-monde les 30 et 31 mai. Suite à cette promesse de barouf, allez savoir pourquoi, les festivités officielles viennent d’être repoussées au 2 juin. Les anti-nanos manifesteront quand même le 1er, mais le lendemain ils seront toujours là. Venez nombreux faire avaler les petits-fours de travers au nano-gratin, avec méga-banderoles, giga-instruments, sacs à puces sur-cutanées et vraies libellules !

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.

Pour en savoir plus, nous vous conseillons de consulter les sites de :
- Pièces et main-d’oeuvre
- Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits
- Opposition grenobloise aux nécrotechnologies


[1] Sur Minatec, lire GRENOBLE : LA FRONDE DES NANOCITOYENS, CQFD n°29.





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