L’important, c’est de commémorer. Les vingt ans de Tchernobyl, les cent ans de la charte d’Amiens, les trois ans de CQFD (ha, non, on n’a rien fait). Et le Rwanda ? Le génocide (800 000 morts) a eu douze ans en avril dernier. C’est fou comme le temps, et l’implication de la France, passent vite… Mais contrairement au nuage de Tchernobyl, cette vérité a bien du mal à s’afficher (voir le faux amis du mois ). On n’incrimine pas l’armée française aussi aisément qu’une poignée de présentateurs météo.
Pourtant, fin 2005, une information judiciaire a été ouverte pour « complicité de génocide » à l’encontre de nos pioupious, suite à une plainte de rescapés des massacres de 1994. « Des miliciens Hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp. » « Je dis, et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension. » Ces témoignages sans ambiguïté ont été recueillis par la juge d’instruction du Tribunal aux armées de Paris, en novembre dernier. Mais « il y a une volonté du parquet de couvrir l’armée française, et c’est intolérable », s’énerve Michel Tubiana, de la LDH, contacté par CQFD. « Le parquet, qui avait donné son accord pour que la juge d’instruction se rende au Rwanda, a demandé la nullité de la procédure, c’est-à-dire de ce qu’il a lui-même mis en place ! » Bilan : les témoignages risquent de ne plus valoir tripette. Gardons-les sous le coude, on réessaiera en 2014…
Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.