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CQFD N°034


CHRONIQUE DE GUERRE

CHOISIR LES IMMIGRÉS PAS CHOISIS

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Nathalie Graber.


Une arme, le parrainage de sans-papiers ? Une arme au potentiel d’envahissement doux, populaire et massif ? Une réplique vivifiante au totalitarisme mou qui ensuque une à une les consciences ? À Marseille, certains se prennent à le concevoir. Rappel de la guerre en cours. Agresseurs : les maîtres libéraux. Cibles : les immigrés. L’enjeu : trier les esclaves dans leur pays (en tâtant les cerveaux selon les diplômes, crocheter les plus rondelets). Forces de la p’tite frappe Sarkozy : sa loi de « l’immigration choisie » et sa circulaire du 21 février 2006 qui permet aux procureurs et préfets d’interpeller les sans-papiers dans les préfectures, domiciles, foyers et hôpitaux pour les rejeter à la mer.

Ce n’est pas une image, et à Marseille on le sait. Ainsi de Jeanne et Marie-Jo, agentes des douanes : « On est au frêt-contrôle des marchandises. On découvre des gens… dans des états !…  » Entendre geindre une remorque à patates en 2006 ou un wagon plombé en 1943, pour elles, le lien est légitime. Marie-Jo : « On dit souvent que la montée du fascisme, c’est le bruit de ses bottes tueuses. Ici et maintenant, c’est par le silence des pantoufles que ça rampe.  » Et elles insistent : « Refaire de la résistance  » à l’ancienne. Jeanne : « Il faut accompagner physiquement en préfecture le sans-papiers parrainé, cacher un enfant… C’est aux consciences qu’il faut s’adresser. Dire non ! se remettre debout. » « Apprenons à vivre ensemble, vive l’humanité  », conclut la pétition que fait circuler le Réseau Éducation sans frontière (RESF).

Jamais sans commère

Ses membres viennent des milieux scolaires et associatifs. Certains sont syndiqués, coco ou catho ou rien. Il y a Sandrine, Arièle, Odile, Florimond… Ils n’ont pas attendu la grenade Sarko de février pour organiser la protection rapprochée de cent cinquante familles sans-papiers marseillaises inscrites au Collectif CGT et qui occupent depuis le 31 mars les moquettes de l’Office des migrations internationales (OMI). Parmi les actions du soutien RESF, il y a le projet de parrainage. Et il faut faire vite : bientôt le 1er juillet. À cette date, l’école sera finie, et fini aussi le sursis que Sarkozy « avait dû accorder aux jeunes majeurs sans papiers scolarisés et aux parents d’enfants scolarisés  », comme l’explique RESF. Son tract enchaîne : « Nous, parents d’élèves, professeurs  »… « nous ne pouvons pas fermer les yeux  »… « les laisser ligotés sur les sièges d’un charter  »… « ce sont nos élèves… les amis de nos enfants…  » Alors, à la Bourse du Travail ce 5 mai, ils sont une trentaine à se serrer les coudes, à brosser les traits du parrainage.

C’est un « dispositif d’alerte ». Le parrain, relié en permanence à la famille Unetelle, saura et fera savoir si l’arrêté de reconduite aux frontières profile sur elle son ombre. Il parrainera en duo. Un élu, « pour la visibilité  », propre sur lui ou sur elle et marqué politiquement, et puis un lambda, « pour l’utilité  ». On s’accorde sur deux temps. La journée du 3 juin, peut-être, pour réaliser un mini-guide du parrainage et faire que parrains et parrainés se rencontrent. Puis, le 17 juin, ce sera la cérémonie du parrainage elle-même, en mairie, avec flonflons de la République. Du coup, on chipote sur le mot « parrain », jugé catho, paternalo, perso… Et on avance le vocable « référent », arrrg, venant d’un lexique libéral déshumanisé. Le dictionnaire historique de la langue française signale l’ancêtre « compérage », ses « commères », « compères »… Ce qui veut dire « aux côtés » et pas au-dessus. Une chaîne de commères et compères, côte à côte et solidaire ? C’est d’la balle !

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.






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| 1er octobre 2007 |
Une petite précision : Pour cesser de chipoter sur le mot « parrain », qui trimballe en effet bien des connotations équivoques, on a choisi le terme « parrainage républicain », et on les fait en mairie. Nicolas, parrain républicain
 

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