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CQFD N°034



MEDEF : NOTRE DEFAITE SONNE LE GLAS DE LEUR VICTOIRE !

Mis à jour le :15 mai 2006. .

À la manifestation du réseau « mayday » à Paris, le 1er Mai, un tract passait de main en main. Daté du 8 avril et signé Medef « canal téléologique », ce texte fumant a en fait été écrit par un groupe de précaires erroristes. Refusé par Libération, le « communiqué » a fait le tour des cinq mille manifestants de Pigalle pendant que résonnaient les mots d’ordre : « Le plein emploi ne passera plus par moi  » et « Nous voulons des emplois fictifs et des logements de fonction ! ». On y a vu aussi une dizaine d’agences d’intérim perdre leur vitrine légale sous divers jets de boulons. Voici de larges extraits de ce tract boutefeu.

Trop longtemps différée, la suspension du CPE n’a pas eu le rôle néfaste que certains éditorialistes imprévoyants croyaient déceler dans les atermoiements ministériels de ces dernières semaines. Tous les partenaires représentatifs ont eu à coeur, et sans divergences notables, de préserver l’essentiel des mesures-phares de la loi sur l’Égalité des chances, délaissant ce qui dans le ballon d’essai du CPE annonçait déjà l’effet baudruche. La discrimination positive induite par ce contrat réservé aux candidats à l’emploi de moins de 26 ans ne pouvait que soulever malentendus et prétextes à contestation. La refonte du poids mort procédural de l’ancien Code du travail dans un contrat de carrière unique à paliers progressifs nous a toujours semblé être le premier objectif réformateur applicable à moyen terme. De longue date, nous avions averti les sphères dirigeantes de ladite Zone France : toutes les demi-mesures intermédiaires s’avéreraient dommageables en regard du dessein final de cette refondation progressive dont la prochaine étape pourrait intervenir lors d’une période plus propice, disons estivale. Faute d’avoir entendu nos signaux d’alerte, le premier des ministres actuels a préféré prendre un risque inutile et, in fine, improductif. Loin de nous, cependant, l’idée d’accabler ce véritable homme d’État en ces heures difficiles. Aiguillonné par la saine émulation de son rival de l’Intérieur, il a su faire don de sa personne, ou plutôt faire écran. Ainsi a-t-il permis, en acceptant d’essuyer les plâtres, d’abattre un mur psychologique essentiel : celui du néo-conservatisme syndical. En instituant l’exemplaire contournement des rigidités légales quant à l’employabilité selon l’âge, le sexe, les contraires horaires ou les impératifs de formation, il a su prendre en compte nos intérêts mutuels. En écornant la logique d’assistanat abusif des systèmes d’allocations familiales, il a contribué à faire sauter un tabou essentiel. Dès lors, il deviendra plus difficile aux professionnels de la démagogie revendicative de prétendre que pour chacun un revenu est un dû.

Au-delà de certaines rancoeurs de circonstance, mettons d’ores et déjà tout en oeuvre pour que ces nouveaux acquis contractuels ne restent pas lettres mortes. Dans le même élan, il nous incombe de valoriser ce pas décisif plutôt que de verser dans la nostalgie d’un CPE, si malhabilement accouché qu’aussitôt mort-né. Autrement dit, l’essentiel de notre projet (flexibilisation des services interpersonnels, réactualisation des modes de séparabilité, extinction progressive des systèmes déficitaires d’allocation et gestion alternée des ressources humaines) sort renforcé de cette crise… et profilé pour de prochaines mutations socioculturelles ! Nous ne pouvons que nous féliciter de l’augmentation substantielle, sur la Zone France, des nouvelles aides directes et indirectes qui viennent répondre à nos efforts pluriels pour l’emploi. […] Et nous ne manquerons pas de renvoyer l’ascenseur social en proportion de leur clairvoyance à nos partenaires habituels lors de prochaines entrevues. Car, contrairement à ce que certains voudraient faire croire à l’opinion sondable, nous sommes demandeurs, oui, sans plus tarder, de la réouverture d’une nouvelle étape de négociations bipartites, par et pour la réforme ! […]

En guise de conclusion, n’oublions pas trop hâtivement le réel danger qui nous guettait encore le mois dernier : cette chienlit jeuniste confinant au règlement de compte générationnel sans issue ; cette menace d’une confrontation ethnique déchirant le minutieux maillage du tissu périurbain ; et, plus grave encore, ce nihilisme massifié d’une grève sans mots d’ordre ni organes de contrôle ; et, pire que tout, ce blocage délocalisé de toute la machinerie économique par des fratries d’inactifs notoires… En ce sens, insistons encore sur ce point, chacun a fait oeuvre utile en étouffant dans l’oeuf la contagion suicidaire et anarchique qui hantait nos banlieues dès les autodafés de novembre. Si le péril d’une grève postmoderne - non pas générale, mais multi-locale et hyper-mobile - semble pour l’heure écarté, ce n’était pas gagné d’avance. Il faut donc rendre hommage à toutes les forces vives qui ont permis de mener à bien la tactique du « défaitisme triomphant ». Cela d’autant que les échéances électorales nous promettent une appréciable période d’armistice à l’horizon 2007. […] Précisons-le si nécessaire, la couleur politique de nos futurs partenaires étatiques nous est parfaitement indifférente. Seule importe notre motivation commune et la complémentarité évidente de nos diagnostics pour redessiner ensemble le cercle vertueux de la Croissance flexible… et réciproquement.

- Vive l’Assistance publique aux employeurs et la tolérance zéro aux oisifs !
- Vive le paritarisme d’économie mixte et la séparabilité à l’amiable !
- Vive la Zone France et ses zones franches !

Medef, canal téléologique

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.

Parus également dans le même numéro :
- « MARQUÉS POUR LONGTEMPS »
- 1ER MAI TRÈS CHAUD À MONTPELLIER
- ANTHOLOGIE DES DEUX MONDES






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