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CQFD N°034


MA CABANE PAS AU CANADA

VALEUR DE L’USAGE (2)

Mis à jour le :15 mai 2006. Auteur : Grite Lammane.

Résumé de l’épisode précédent : après une balade dans la campagne, Anne nous prépare un gratin de blettes pour le dîner [1]. J’ai un peu honte de le dire, mais pendant ce temps-là, Pascal (son compagnon), Lionel et moi, on fume, on boit l’apéro et on mange des chips industrielles. Pour notre défense, je peux arguer que nous avons mollement contribué à la cueillette des plantes sauvages qui composeront la salade.

Pascal : « Dans la société de contrôle où on vit, l’esprit “cabane” n’est pas simplement lié à l’habitat. Il s’agit aussi d’un langage, d’une forme de création artistique ou de voyage… On fuit les autoroutes, on trouve des interstices. » Anne, touillant la béchamel : « Je ne le dirais pas de manière si critique. Je suis contente en ville aussi, mais ici, les signes humains sont moins étouffants.  » Ici, les relations sociales sont précieuses et n’ont pas la même teneur qu’à Bordeaux. Ils échangent des produits du jardin, des gâteaux et des confitures avec Adrien et Germaine, les vieux voisins d’en face. Ils gardent le petit Pierre qui vit derrière chez eux. Anne donne des cours de français à Marie, une voisine d’origine étrangère, pendant qu’André, son mari, taille avec Pascal une bavette « pas trop politique : il y a 25 % de fachos ici !  » Rémi, le jeune chasseur, convaincrait presque Anne de l’utilité de la régulation du gibier par les armes. Lucienne, en rentrant de la messe, donne un rameau bénit à ces athées invétérés, jurant qu’elle viendra bientôt goûter le miel de pissenlit fait à partir des fleurs de son pré…

D’ailleurs, à propos des voisins, avant même ma visite, Pascal m’envoyait un e-mail : « Fais-moi penser à une chose importante que je tiens à dire. […] Certes, je suis petit-enfant du pays, mais surtout, nous sommes adorés par les voisins de l’âge de nos grands-parents, et pas des parents, et je crois que la raison est que nous leur rappelons leur mode de vie plus que leurs propres enfants. La grand-mère Lucienne, ancienne amie de ma grand-mère,a gardé tout l’hiver des pousses de figuier dans un sé-ô (un seau) pour Anne. […] Les autres voisins, Adrien et Germaine, nous regardent d’un oeil complice et nous aident, nous vivons avec le chauffage au bois comme eux, les produits du potager, alors que leurs propres enfants vivent dans des maisons modernes à côté et travaillent à la ville. Peut-être, plus profondément, est-ce aussi une correspondance de conception de vie, qui est d’habiter un lieu, d’en faire usage […] et pas d’en tirer profit (ce qui est le cas d’autres voisins qui ont l’air de n’être en relation avec leurs terres qu’avec de grosses machines agricoles qui laissent du plastique partout, des produits, des saignées).  »

Nous passons à table, le repas est arrosé d’un vin bio vendu au profit des Faucheurs volontaires d’OGM. Anne : « On n’est pas amoureux d’ici. C’est un concours de circonstances : ça aurait pu se passer ailleurs. On vit au jour le jour, sans faire de projet.  » Pascal : « Pour être chez soi, un titre de propriété ne suffit pas, de toute manière.  » Les 13°5 du rouge aidant, la conversation dérive. Anne : « On dépense moins qu’en ville, ça couvre presque les frais d’essence.  » Pascal : « Et puis on a vendu la récolte de noix de l’année dernière, qui se serait perdue sinon. On comptait acheter une machine à laver. Mais l’argent est passé on ne sait où, dans la vie…  » Lionel : « Eh, mais moi, j’en ai une, machine, qui ne sert à rien, je vous la prête !  » Anne et Pascal : « Ah ? Ouais !  »

Article publié dans CQFD n° 34, mai 2006.


[1] Conspiration ? C’est la troisième fois qu’une personne à qui je rends visite pour cette chronique m’en offre. Pour l’instant, la palme d’or revient à Anne. Ceux qui veulent relever le défi peuvent me contacter : grite.lammane(at)free.fr !





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