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CQFD N°035


LIBERTÉ CHÉRIE

NANOTECHNOLOGIES, MAXIFLICS

Mis à jour le :15 juin 2006. Auteur : Sam.

L’inauguration à Grenoble de Minatec, la Mecque des nanotechnologies, a été saluée par une charge de CRS contre un millier d’opposants, avec flash-balls et abattage à la Pinochet. Sorti de garde à vue, un militant raconte.

VENDREDI 2 JUIN. Après la manif de la veille, Grenoble se réveille en état de siège. Toute la zone entourant Minatec, le plus grand centre européen en nanotechnologies (lire CQFD n°29 et 34), est clôturée de grilles anti-émeute. Les riverains doivent présenter un justificatif de domicile pour rentrer chez eux. À 7 heures, un campement de trente opposants sur le campus est évacué à coups de matraques par deux cents CRS. À 8 heures 30, la Brigade anti-criminalité encercle la permanence temporaire de l’Opposition grenobloise aux nécrotechnologies. Contrôle des entrées et sorties, fouille systématique. Dès 9 heures, dans tout le centre-ville, tout groupe de plus de deux personnes portant des sacs est systématiquement contrôlé et fouillé. Un ami diffusant des tracts endure quatre contrôles en trois heures. Pour qui douterait de l’enjeu stratégique des « nanos » (dont les nano-puces, la Rolls du flicage), le tsunami policier sert de démonstration.

9 heures 30 : Lucas et moi sommes interpellés dans la rue. Contrôle, fouille. Nous voilà dans le fourgon. Garde à vue à l’hôtel de police ! Moi pour « incitation à un attroupement armé et destruction de biens  », Lucas pour « participation à un attroupement armé  ». On hallucine. Et pourquoi pas « incitation à la pluie et au vent » ? Mais déjà c’est le début des réjouissances avec la fouille au corps. Seul instant comique, la tête du bleu découvrant mon livre fétiche, Soumission à l’autorité de Stanley Milgram. Petit tour dans une cellule froide et puante, puis nouvelle surprise : perquisition ! Nous entrons menottés dans notre appart’, les inspecteurs entament la recherche d’armes de destruction massive. Ils ne trouvent rien, si ce n’est, selon le procès verbal, « beaucoup de livres sur la liberté de l’homme  » (véridique !).

Premier interrogatoire : l’inspectrice me lit la déposition d’un indic-RG me concernant. À l’écouter, je suis le meneur, je m’apprête à « détruire un laboratoire  », je dirige les manifs, j’incite aux actions violentes. Tout ça parce que la veille je portais le mégaphone. Je refuse de signer le PV. Retour dans la cellule. Puis c’est la session « photos et prise d’empreintes ». Me voilà objet dans les mains de molosses à l’humeur mauvaise. Ils préparent le prélèvement ADN, nouvelle loi Sarkozy oblige. Je refuse. « Tu n’as pas le choix », s’énerve un policier. « Si, on a toujours le choix. Je refuse. » Menaces : « Comme tu veux, ce soir tu seras en prison et tu payeras tes 30 000 euros d’amende !  » Je m’entête, argumente sur la folie sécuritaire, le fichage des opposants, les dérives totalitaires. Je parle dans le vent. Retour dans la cellule.

19 heures 30 : on nous relâche avec une convoc’ au tribunal pour « avoir continué volontairement à participer à un attroupement après sommation et dispersion  ». Bref, pour avoir manifesté contre Minatec. Le procès est fixé pour le 19 juin à 14 heures, on a besoin de soutien [1]. Consolation : le même jour, l’Opposition grenobloise aux nécrotechnologies organise le « procès des nécrotechnologues » avec, sur le banc des accusés, le directeur du CEA-Grenoble, le président du conseil général de l’Isère, le maire de Grenoble… Une autre convocation devrait suivre pour refus de prélèvement ADN. Affaire à suivre…

Article publié dans CQFD n° 35, juin 2006.


[1] ogn(AT)ouvaton.org





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