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CQFD N°035


LES VIEUX DOSSIERS DE DÉDÉ

DE L’ORIGINE DU FUTCHEBOL

Mis à jour le :15 juin 2006. Auteur : Dédé Sorel.


Les historiens sont formels : depuis fort longtemps et un peu partout les hommes ont joué à la baballe. Le Mob football (foot de la plèbe) se pratique dès le haut Moyen Âge en Angleterre et réunit des équipes de plusieurs centaines de personnes qui font des ravages dans les villages. On raconte qu’à Kingston-on-Thames, au milieu du XVIe siècle, la tête d’un prince décapité a fait office de ballon et le parvis de l’église de but… À Florence au XVIIe siècle se développe le calcio, qui se joue avec les pieds et les mains et définit des règles plus contraignantes que la vague interdiction d’homicide volontaire. Mais c’est dans l’Angleterre industrielle du milieu du XIXe siècle que le football moderne va se discipliner.

Dès la fin du XVIIIe siècle, les gosses de riches des publics schools anglaises s’adonnent à de grands défoulements calqués sur les formes anciennes et populaires de jeu de balle. Les éducateurs regardent d’un oeil mauvais ces nouvelles pratiques qui sèment la zizanie dans leurs établissements. « Les professeurs fouettaient les élèves et les élèves les plus vieux fouettaient les plus jeunes. […] Les élèves, bien sûr, se retournaient parfois contre leurs professeurs en les jetant dans une mare ou même en organisant un “soulèvement” contre les autorités. Les révoltes d’élèves étaient assez fréquentes. La troupe dut être appelée en quelques occasions notoires dont l’une fut qualifiée par l’autorité de “guerre irrégulière mais continue contre le gouvernement des adultes”. » (Richard Holt, Sport and the British). L’indiscipline ne se manifeste pas seulement par d’épisodiques révoltes : c’est tout le mode de vie des élèves qui entre en contradiction avec les exigences nouvelles de la « révolution industrielle ». Plutôt que d’étudier, les élèves préfèrent courir la campagne et se livrer au braconnage, avec un détour arrosé par la taverne du village.

C’est en confisquant l’organisation des sports que les autorités vont alors établir leur contrôle sur la vie des élèves. Thomas Arnold, le directeur du collège Rugby et principal réformateur des public schools, se décide à intégrer les pratiques sportives dans le cadre de l’enseignement. Il s’agit dans un premier temps d’aseptiser les jeux et de les contenir dans les limites du collège (tout comme on contient le travail des pauvres derrière les murs de l’usine). Rapidement, la mission dévolue aux sports va dépasser le simple souci de discipline. On les pare soudain de toutes les vertus éducatives. Le temps d’une génération et le retournement est complet : désormais le sport est utile parce qu’il prépare la future élite aux rudes lois de la « compétition économique », parce qu’il développe à la fois la capacité à commander et la soumission aux règlements. Il s’agit de détourner la passion du jeu en la plaçant aux services d’intérêts supérieurs : forger de bons soldats au service de l’Empire et de l’industrie.

On assiste à la codification rigoureuse des différentes formes de football. Les terrains souples autorisent les placages et le développement d’un jeu à la main ; les sols durs imposent le jeu au pied et le dribble. Dès les années 1850, le football sort des public schools et les premiers clubs se forment. Les règles s’unifient alors que l’extension du réseau ferré permet le rapprochement géographique des équipes. En 1863 est fondée la Football Association, réservée aux adeptes du dribbling. C’est la scission définitive avec ce que l’on appelle encore le football-rugby. Dans la foulée, le football va échapper aux prétentieux gentlemen. En se l’appropriant, les ouvriers vont y réintroduire les germes de la turbulence et y insuffler leur verve communautaire. Mais ceci est une autre histoire…

Article publié dans CQFD n° 35, juin 2006.






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DE L’ORIGINE DU FUTCHEBOL
nakamura joli ruisseau | 13 août 2006 |
Super interessant ! Et puis, ca rappelle ce qui s’est passé au Japon avec le judo, une codification et une moralisation des différents jiu jitsu pendant l’époque fasciste et expansionniste de l’archipel.
 

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