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CQFD N°035


CHRONIQUE DE GUERRE

LES KÉPIS SAUVAGES

Mis à jour le :15 juin 2006. Auteur : Eric Dourel.


Son seul tort : avoir croisé une patrouille de la brigade anticriminalité. Le 17 mai dernier, Loïc, 18 ans, est au volant de sa voiture dans les rues de Toulouse. Devant lui, un véhicule se traîne à 30 km/h. Le jeune s’impatiente et finit par doubler l’escargot en empruntant une voie de bus. Au bout de la file, un feu rouge. Loïc s’arrête et se fait bloquer par la voiture qu’il vient de dépasser. Trois individus, jeans moule-burnes et attitude de cow-boys, surgissent de la bagnole. Ils prétendent être des flics. Le gamin cherche mais ne voit ni gyrophare ni brassard, ni surtout de plaques de la maison poulaga. Il refuse d’obtempérer. Un des trois repart à la voiture, revient avec sa plaque de police et s’en sert pour flanquer un coup de poing au visage de Loïc, qui voit rouge et tente dans un geste désespéré de retourner un coup de boule à son agresseur. Peine perdue. Il mesure 1,59 m pour 60 kg. Les policiers de la BAC, eux, affichent chacun entre 75 et 90 kg au menu. La lutte est inégale. Loïc est menotté puis embarqué manu militari jusqu’au commissariat ou les flics continueront de se défouler sur lui. Deux jours plus tard, il passe en comparution immédiate. Sa parole ne pèse pas lourd dans la balance des juges. Il a beau présenter à la barre un témoin qui a vu toute la scène, rien n’y fait, il est condamné à verser 1 000 euros d’amende au flic « agressé », 500 euros à chacun des deux autres, encore 500 euros pour leurs frais d’avocat et surtout il écope de six mois de prison, dont trois mois ferme. À l’issue de l’audience, il est directement expédié à la prison de Seysses. D’habitude, ce genre de traitement est réservé aux jeunes pas blanc-blanc des « quartiers difficiles ». Là, ça tombe sur un jeune « de type caucasien », salarié, sans capuche et détenteur d’un casier judiciaire vierge. L’égalité fait des progrès !

Grève de la faim contre les miliciens

Dès le lendemain, sa mère, Geneviève, dégoûtée, se lance dans une grève de la faim pour dénoncer le coup de massue qui frappe son fils et la totale impunité dont jouissent « les mercenaires de la BAC ». Armée d’une tente de camping, elle s’installe en pleine place du Capitole, à Toulouse, accompagnée par son époux et ses trois autres fils. Mais c’est de l’extérieur, du côté des anonymes, que va venir le soutien. Beaucoup de gens, touchés par sa démarche, vont se relayer jour et nuit à ses côtés. On lui prête un auvent pour éviter la pluie. On organise une pétition qui rassemblera quatre mille signatures. Une équipe médicale alternative va la suivre gratuitement dès son troisième jour de jeûne. Des cafetiers de la place lui ouvrent chaque matin leurs sanitaires. Et beaucoup de Toulousains vont venir quotidiennement vider leur sac et narrer leurs propres rencontres avec les fléaux de la BAC. Créée en 1991 sous la gauche (millésime Cresson), cette unité de cogneurs gonflés à la testostérone sécuritaire s’est imposée peu à peu comme une force d’occupation à part entière, une soldatesque qui fascine les télés et sème l’insécurité en ville. « Je suis effaré par toutes ces histoires qu’on me raconte sur ce corps de la police. Je n’aurais jamais cru ça  », s’étonne Geneviève. Geneviève aura tenu bon une semaine entière. Aujourd’hui elle s’en remet à son nouvel avocat qui va faire appel de la décision. Sauf que le délai d’attente pour la nouvelle audience est d’au moins quatre mois… Loïc aura purgé sa peine, et la BAC enrichi sa collection de scalps.

Article publié dans CQFD n° 35, juin 2006.






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