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CQFD N°035


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

LE TRUST, LE LAMPISTE ET TRENTE MORTS

Mis à jour le :15 juin 2006. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


CA Y EST, LE RAPPORT D’EXPERTISE sur la catastrophe d’AZF est enfin sorti. Il aura fallu attendre près de cinq ans pour apprendre ce que l’on savait déjà : l’explosion d’AZF et ses trente morts sont dus à un phénomène chimique lié à des « dysfonctionnements de management  ». C’est une façon plus polie de répéter ce que l’on dit depuis des lustres. À part quelques salariés toulousains d’AZF qui refusaient d’ouvrir les yeux (que Total leur avait bien fermés), la plupart des ouvriers et syndicats de la chimie ont toujours dénoncé les conditions de sécurité dans l’industrie et le recours de plus en plus fréquent à du personnel précaire (et donc non formé). Reste qu’aujourd’hui deux personnes seulement se retrouvent mises en examen : le directeur général (ça fait partie de son boulot) de Grande Paroisse, filiale de Total, et le manutentionnaire qui a versé le produit chloré sur le stock d’ammonitrates. C’est-à-dire que c’est le lampiste qui risque de trinquer pour les manquements de Total en matière de sécurité, de formation et de conditions de travail. À quoi s’ajoute que ce manutentionnaire est, lui aussi, une victime de l’explosion.

Avec quelques complicités, dans les médias notamment, Total a d’abord fait en sorte que toute une panoplie de fausses pistes soient mises en avant : attentat islamiste, obus datant de la guerre sous les hangars, hélicoptères au-dessus de l’usine avant l’explosion, incident dans l’usine voisine de la SNPE… On se souvient du Figaro faisant ses choux gras du « scoop » d’un terroriste évidemment arabe infiltré parmi le personnel et enfilant plusieurs caleçons avant de se faire sauter… Tout ce baratin, Total l’a manigancé pour se dédouaner, retarder les échéances du coût financier de la catastrophe (une grosse partie a été payée par les assurances du groupe), mais aussi pour des raisons directement liées au monde merveilleux des affaires. Les requins de la Bourse sont versatiles. Si la responsabilité de Total était prouvée, actionnaires et fonds de pension risqueraient d’en tirer ombrage pour leurs dividendes et de provoquer une baisse des valeurs de cotation. Des problèmes dont on se fout pas mal, mais qui influent sur nos vies.

Quoi qu’il en soit, le procès va pouvoir s’ouvrir en 2007. Y sera-t-il question de cette industrie que les patrons ont laissée péricliter, des ateliers vieillissants de plus en plus difficiles et dangereux à conduire, de toutes ces maîtrises de « coûts fixes » qui ont entraîné des réductions de personnel, de ces pseudo-mesures de sécurité qui se traduisent par un surcroît de paperasse plutôt que par des protections réelles ? Sera-t-il question aussi des bénéfices colossaux d’un trust comme Total (pour rappel, 12,5 milliards d’euros en 2005) qui ferme des usines pour être encore plus rentable ? Ou va-t-on parler seulement d’un drame dû à une « erreur humaine » ? Car en plus de ce que la population toulousaine a enduré le 21 septembre 2001 et qui mérite pour le moins réparation, c’est bel et bien l’implacable toute-puissance marchande qui devrait être au centre des débats. Sans parler du pourquoi des produits calibrés par ces boîtes, comme les engrais azotés d’AZF… Depuis l’explosion la vie dans mon usine a changé : une prise de conscience des dangers qu’il y a à fabriquer de tels produits, de la nécessité de ne pas continuer obstinément à bousiller l’environnement et d’accélérer la fermeture des usines comme celle où je bosse. De là à applaudir quand on vous jette après usage…

Article publié dans CQFD n° 35, juin 2006.






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