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CQFD N°036


VAUTOURS ET PIGEONS

LES OISEAUX D’EADS

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Mathieu Bouchard, Olivier Cyran.


Désastre, titre Libération. « Une hallucinante série noire », hallucine L’Express. « EADS entre déboires industriels et scandale boursier », s’insurge RTL. « Stock-options : l’affaire EADS relance la polémique », déplore Le Figaro. « Cette magnifique entreprise est en réalité une pétaudière », s’afflige La Tribune, tandis que Le Télégramme conspue ces « technocrates nocifs mais courtisans » qui n’ont « aucune compétence industrielle ». Si l’Airbus avait des oreilles, elles seraient en train de siffler comme un train à vapeur. On dit que l’opinion est versatile. Mais que dire de ceux qui prétendent l’éclairer ? Il y a un an, en plein cœur de la campagne référendaire sur la Constitution européenne, le décollage inaugural de l’Airbus A380 arrachait des larmes de joie à ces mêmes guignols qui aujourd’hui s’étranglent d’indignation. « Géant ! », s’exclamait La Dépêche du Midi. « Les ailes de l’Europe ! », chantait Le Figaro. « L’oiseau était beau, qui a pris son envol dans le ciel bleu de Toulouse, né de l’effort collectif de milliers d’Européens. », mirlitonnait Libération. « L’A 380 donne à l’Europe du panache, dans un grand ciel bleu », s’exaltait La Croix. Le petit tour dans le ciel toulousain du gros porteur d’EADS devait préfigurer l’ascension de l’Europe giscardienne et convaincre ces cochons d’électeurs du bien-fondé des injonctions oui-ouistes. Dans Libération, Patrick Sabatier poussa l’hystérie jusqu’à oui-ouiser l’Airbus : « S’il est un reproche qu’on doit faire à [l’Europe], c’est de ne pas en faire davantage en matière de politique industrielle à la Airbus. […] Le succès d’Airbus commande d’aller vers plus d’Europe, ce dont la Constitution jettera les bases. Non d’œuvrer à clouer durablement au sol la construction européenne, ce qui sera le prix d’un rejet du traité. » On sait ce qu’il advint : leur assaut de métaphores aérotractées n’empêcha pas la Constitution de s’écraser au sol. Mais voici qu’un an plus tard, c’est tout EADS qui se vautre dans le scandale. Se peut-il qu’on nous ait menti ? Aurait-on voulu nous cacher que le bel oiseau dans le ciel bleu n’était en fait qu’un « technocrate nocif », une bouse d’incompétence ? Certes, la presse ne pouvait pas prévoir Clearstream. Ni le retard des livraisons de coucous. Ni la petite fantaisie du président d’EADS Noël Forgeard, fourguant ses stock-options pour 2,5 millions d’euros juste avant que le titre s’effondre en Bourse. Un patron indélicat, c’est tout de même coton à imaginer.

Mais si l’on soutenait hier que « le succès d’Airbus » commandait « d’aller vers plus d’Europe », il serait logique d’en déduire aujourd’hui que le crash de son constructeur commande de faire exactement l’inverse. La « pétaudière » EADS, avec ses haines franco-allemandes, ses délits d’initiés, sa gestion borgne et ses coucheries incestueuses avec les gouvernants, n’invalide-t-elle pas de manière radicale la « politique industrielle européenne » dont elle était le symbole ? Or ce n’est pas tout à fait cette leçon-là que tire la presse. Telle une poule sans tête voletant autour du couteau, elle est incapable de s’en tenir à sa propre posture. Ainsi il aura suffi que Forgeard démissionne de son poste le 2 juillet pour qu’aussitôt tout rentre dans l’ordre. Son départ était « une décision nécessaire », s’est félicité le premier secrétaire du PS François Hollande, tandis le ministre des Transports Dominique Perben se réjouissait d’une « solution de très grande qualité ». Finie la « série noire » : les affaires pouvaient reprendre et la presse se rassurer. Avec un « ouf » de soulagement, La Tribune annonçait qu’EADS allait « se présenter en ordre de marche à la mi-juillet pour le salon aéronautique de Farnborough, près de Londres ». En ordre de marche : c’est comme ça qu’on l’aime, notre conglomérat militaro-industriel ! Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, on apprenait au même moment qu’Eurocopter, filiale d’EADS, avait « remporté un contrat avec l’armée américaine pour la fourniture de 352 hélicoptères utilitaires légers d’une valeur estimée à 3 milliards de dollars » (Le Monde, 01/07/06). Ça va en faire, des beaux oiseaux dans le ciel bleu. « On immunise l’imaginaire collectif par une petite inoculation de mal reconnu ; on le défend ainsi contre le risque d’une subversion généralisée », expliquait Roland Barthes en 1957 pour définir son concept de « vaccine ». Cette fois encore la vaccine a parfaitement fonctionné. Exit Forgeard, le malfrat solitaire, et vive le business vacciné ravalé.

On le sait pourtant depuis seulement huit ans : le Forgeard appartient à un gang organisé. Et protégé. Souvenons-nous, c’était en 1998. Lionel Jospin, alors Premier ministre, décide de privatiser l’Aérospatiale et de la fusionner à Matra, propriété du marchand de canons et mogul de la presse Jean-Luc Lagardère. Matra obtient 31,5 % du nouveau groupe baptisé EADS, pour un coût inférieur de 38 % au cours en Bourse de l’action Aérospatiale. L’air de rien, l’État vient de faire à Lagardère un cadeau de plus d’un milliard d’euros. C’est que l’on s’arrange en famille. René Ricol, l’expert-comptable mandaté par Jospin pour régler la privatisation, travaille aussi comme prestataire de services comptables pour le groupe Lagardère… Jean-Louis Piette, chargé par Lagardère de représenter les intérêts de Matra dans les négociations, est l’un des ex-collaborateurs de Jospin au parti socialiste… Jean-Louis Gergorin, artisan de la fusion avec l’allemand Daimler-Chrysler et future gorge profonde dans l’affaire Clearstream, est un excellent copain de promo de Dominique de Villepin… Quant à Noël Forgeard, alors PDG de Matra Hautes Technologies et futur PDG d’Airbus, c’est un ancien conseiller de Jacques Chirac… Sans oublier Lagardère junior, ami de tout le monde, et qui à présent mobilise ses organes de presse en faveur de Nicolas Sarkozy. Comparé au milliard d’euros escamoté en 1998 pour farcir la poche du proprio de Paris-Match, le délit d’initié de Forgeard, c’est que dalle. Mais il fallait bien sacrifier le veau malade pour sauver le troupeau. En lâchant l’un des siens - pas trop méchamment quand même : le veau est chargé d’apporter « sa contribution au redressement d’Airbus par une mission jusqu’à la fin de l’année », dixit Perben - le pouvoir se prémunit « contre le risque d’une subversion généralisée ». Les beaux pigeons n’ont pas fini de roucouler.

Publié dans CQFD n°36, juillet 2006.






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LES OISEAUX D’EADS
| 16 septembre 2006 |
je suis employé à AIRBUS france,je voudrais faire quelques commentaires sur les affaires EADS ;nous sommes une belle entreprise et je suis fier d’y travailler,il est vrai qu’à la téte d’EADS il y a des dirigeants RIPOUX et qu’ils n’ont penser qu’a s’en mettre plein les poches au détriment de ceux qui produisent et de ceux qui travaillent(notre patron mr THOMAS fait partie de ceux la c’est un mec qui bosse).Par contre il y a autre chose qui me choque c’est la main mise du syndicat FORCE OUVRIERE sur l’organisation,sur le copinage ,ce syndicat outre passe ces droits,pour les reclassements,pour le déroulement de carriére,pour les augmentations individuelles,il faut voir cette main mise,ce n’est que de la magouille, et on mets en place des gens qui n’ont pas la compétence d’assurer le poste qu’ils ont,et de tout ça on en « crévera » merci
 

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