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CQFD N°036


FAUX AMIS

LE MERDIC’S BAR

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Le bouledogue rouge.


C’est bien aussi, parfois, de s’asseoir. On trouve une place dans cet espace où les architectes de bar font des prouesses pour séparer et cloisonner, dans une ambiance velours où la prétention à l’intimité est éclairée de lumières tamisées. On demande un demi, tranquille. L’idée, c’est de le savourer. Mais c’est juste une idée. Parce que la bière est infâme. Les industriels ont tout mis dans la couleur, rien dans le goût. Une espèce de bouillon translucide, plat et âpre où seuls les restes d’une effervescence gazeuse rappellent le nom du produit. À peine le verre servi qu’il faut immédiatement le payer. Relié à l’ordinateur central, le serveur doit gérer en temps réel la comptabilité et les flux de l’entreprise. Et puis on peut comprendre la fébrilité inquiète du mastroquet à l’idée que le client puisse partir sans payer après avoir ingurgité sa pisse d’âne… La musique hurle, les basses frappent. Leurs ondes irisent la surface des liquides. Sur l’écran LCD collé au mur, un défilé de mode interrompu par le dernier clip braillard d’Akhenaton ponctué de pubs pour la dernière Opel. Les regards sont tous happés, irrésistiblement, dans la même direction. On n’a pas envie de traîner. C’est d’ailleurs fait pour ça, ne pas traîner, rester entre soi et reprendre un coup, mécaniquement.

Mais debout ou assis, à l’heure de l’apéro, la kémia est en vente en sachet ou au bout du comptoir dans le distributeur vertical. Olives ou cacahouètes offertes risqueraient d’obérer le capital, voire d’inciter le client à abuser de la générosité du taulier. Le verre d’eau, quand il n’est pas servi à contrecœur, a la taille d’une mominette. La direction n’hésite pas à afficher un placard précisant que « la gratuité de l’eau est réservée à notre clientèle », quand elle n’est pas carrément payante. De toute façon, par principe, l’eau est en bouteille et de marque. Sitôt le godet vidé, place nette est faite. Le client redevient séance tenante un futur consommateur partagé entre le néant de la table vide et la sollicitation culpabilisante du serveur. Si l’on commande un café-crème, le nuage de lait est au prix du litre. Demander un pot d’eau chaude destiné à allonger le thé est perçu comme une offense. Le faux-col de la bière tient du jabot. La dose de pastis est micro-pesée. La grenadine du minot est comptée au tarif du digestif. Le serveur cavale derrière le comptoir, traque frénétiquement la goutte insolente, charge et décharge bruyamment le panier du lave-vaisselle, bouscule les verres, projette les soucoupes sur le percolateur, dans un malstrom qui décourage toute présence prolongée. De toute façon, si le Merdic’s bar ne ferme pas à 8 heures du soir pour cause de couvre-feu, le prix des consommations sera majoré. Ici, pas question pour la maison de remettre la sienne, d’ailleurs « ça ne se demande pas ».Ne pas traîner, ne jamais se laisser porter par le hasard, se faire assommer dans un rade assommant, fruit hybride des ligues de bonnes mœurs et de la chambre de commerce : telle est la loi qui gouverne le Merdic’s bar. Ils n’ont certes pas dit leur dernier mot, les bons troquets où l’on écrase sa clope au comptoir et où l’on taille une bavette avec son voisin et le loufiat. Mais elle leur mène la vie dure, la vérole des « lounge bars » à poufs violets, des pseudo-bistrots « à l’ancienne », des « pubs » irlandais comme je suis pape et des cafetons gérés par la Française des jeux.

Publié dans CQFD n°36, juillet 2006.






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LE MERDIC’S BAR
Bastien (très grand fan de Orwell) | 12 août 2006 |

Tu y es pas du tout mec ! Arrette avec tes « autogestions » et tes parodies : si un jour il n’y a plus de bars, je pense que la serenité relative dont on jouit aura pris un sacré coup dans la gueule… je m’explique pas t’es trop « civilisé » pour comprendre… Par contre par rapport à ces nouveaux (pas si nouveaux en fait) lieux : je vous refile un bout de George Orwell, « Les lieux de loisirs » tiré des Essais - le volume 4 :

(bon ok c’est mal coupé mais les idées sont là)

[…] Je ne doute pas qu’un peu partout dans le monde, des centaines de « complexes de loisirs » semblables à celui décrit ci-dessus soient actuellement en projet, voire en construction. Il est peu probable qu’ils soient un jour achevés - les événements mondiaux y pourvoiront -, mais ils illustrent assez bien l’idée que l’homme civilisé moderne se fait du plaisir. C’est cette même conception que l’on trouve déjà partiellement traduite dans certains dancings, salles de cinéma, hôtels, restaurants et paquebots de luxe les plus somptueux. Au cours d’une croisière ou dans une Lyons Corner House, on peut ainsi avoir un substantiel avant-goût de ce paradis futur. A l’analyse, ses caractéristiques principales sont les suivantes :

1. On n’y est jamais seul. 2. On n’y fait jamais rien par soi-même. 3. On n’y est jamais en présence de végétation sauvage ou d’objets naturels de quelque espèce que ce soit. 4. La lumière et la température y sont toujours réglées artificiellement. 5. La musique y est omniprésente.

La musique - et de préférence la même musique pour tout le monde - est l’ingrédient le plus important. Son rôle est d’empêcher toute pensée ou conversation, et d’interdire à tous les sons naturels, tels que le chant des oiseaux ou le sifflement du vent, de venir frapper vos oreilles. La radio est déjà utilisée consciemment à cette fin par une quantité innombrable de gens. Dans un très grand nombre de foyers anglais, elle n’est littéralement jamais éteinte, tout au plus change-t-on de temps à autre de fréquence pour bien s’assurer qu’elle ne diffuse que de la musique légère. Je connais des gens qui laissent la radio allumée pendant tout le repas et qui continuent de parler en même temps juste assez fort pour que les voix et la musique se neutralisent. S’ils se comportent ainsi, c’est pour une raison précise. La musique empêche la conversation de devenir sérieuse ou simplement cohérente, cependant que le bavardage empêche d’écouter attentivement la musique et tient ainsi à bonne distance cette chose redoutable qu’est la pensée. En effet,

Les lumières ne doivent jamais s’éteindre. La musique doit toujours se faire entendre Pour nous éviter de voir où nous sommes ; Perdus dans un bois hanté, Enfants effrayés par la nuit, Qui n’avons jamais été ni bons ni heureux. [3]

On peut difficilement s’empêcher de penser qu’avec les plus typiques de ces lieux de loisirs modernes le but inconsciemment poursuivi est un retour à l’état fœtal. Là non plus nous n’étions jamais seuls, nous ne voyions jamais la lumière du jour, la température était toujours réglée, nous n’avions pas à nous préoccuper de travail ou de nourriture, et les pensées que nous pouvions avoir étaient noyées dans une pulsation rythmique continue. Quand on examine l’image toute différente que se fait Coleridge d’un « dôme de plaisir », on voit qu’elle est constituée d’une part de jardins et de l’autre de grottes, de rivières, de forêts et de montagnes aux « profonds abîmes romantiques » - bref, de tout ce qu’on appelle la nature. Mais l’on ne saurait admirer la nature et ressentir une sorte de respect religieux en présence des glaciers, des déserts ou des cascades, sans éprouver le sentiment de la petitesse et de la faiblesse de l’homme face à la puissance de l’univers. La lune est belle en partie parce que nous ne pouvons l’atteindre, la mer est impressionnante parce qu’on n’est jamais sûr de la traverser sans danger. Le plaisir que procure une fleur - et cela reste vrai pour le botaniste qui sait tout ce qu’on peut savoir de cette fleur - provient lui-même en partie d’un sentiment de mystère. Cependant, le pouvoir de l’homme sur la nature s’accroît régulièrement. Grâce à la bombe atomique, nous pourrions littéralement déplacer les montagnes : nous pourrions même, dit-on, modifier le climat de la Terre en faisant fondre les calottes glaciaires des pôles et en irriguant le Sahara. N’y a-t-il donc pas quelque chose de sentimental et d’obscurantiste à préférer le chant des oiseaux à la musique swing et à souhaiter préserver ici et là quelques îlots de vie sauvage au lieu de couvrir toute la surface de la Terre d’un réseau d’Autobahnen éclairé par une lumière artificielle ?

[3] Vers extraits du poème de W.H. Auden « 2nd September 1939. Another Time ». (N.d.T.)

Tribune, 11 janvier 1946


in GEORGE ORWELL, ESSAIS, ARTICLES, LETTRES, Volume IV (1945-1950), Editions Ivrea, Editions de l’Encyclopédie des Nuisances

LE MERDIC’S BAR
bug-in | 2 août 2006 |

Le merdic bar n’est pas une exeption, il est le révélateur de tout ce qu’un bar à toujours été. Un bar c’est un endroit ou l’on vient payer plus chers ce que l’on peu faire soi-même tout en validant le gangstérisme térritorial auqeul il s’affaire en été, occupation des trottoirs publics et de l’espace calme, le rendant soudainement sonore que vous le vouliez ou pas, le tout n’on pas parceque c’est nécessaire à la vie - il manquerai plus que nous ayons pas le droit de parler dans la rue - mais parceque ça rapporte plus de pognon.

Le merdic bar révèle l’incapacité que nous avons à nous auto-organisé pour nous soulagé du travail difficile que nous effectuons la journée, grâce a lui, nous faisons travailler désagréablement -euphémisme- une autre personne pour nous « servir », une fois de plus.

Le merdic bar, bref, n’est pas un désastre, il est génial, il rèvèle l’attitude commerciale tel quel à toujours été, et la ou elle à toujours menée. Le merdic bar est en fait le révélatoire bar, celui qui force à se confronter au réel, la ou l’on été tentait de l’oublier dans une consommation.

 

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