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CQFD N°036


BASTONNADES À RETARDEMENT

CPE : GAFFE AUX REPRÉSAILLES !

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Deux mois après le retrait du CPE, ayant épongé la flaque d’angoisse provoquée par le mouvement du printemps, les autorités envoient leurs armadas judiciaires et policières à l’assaut des ex-manifestants. Gardes à vue, poursuites, coups, prison… Avant le retour des hirondelles, le retour de bâton.
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« JE DÉNONCE LA FACILITÉ, et je dirais même en vous regardant, la lâcheté, la lâcheté qu’il y a dans votre attitude  », a tonné Villepin le 20 juin à l’adresse de Hollande. Tollé des députés. « Ce con est en train de cracher le morceau  », auraient-ils pu dire. À croire que le Premier ministre reprochait à Hollande sa concurrence déloyale. Question courage, Villepin est en effet un spécialiste. Le 10 avril, alors que sa justice et ses 200 000 flics venaient d’effectuer 4 500 arrestations, 640 mises en examen, et distribué 70 peines de prison ferme et 167 avec sursis, le permanenté annonçait que « les conditions nécessaires de confiance et de sérénité  » n’étaient pas rassemblées pour maintenir le CPE. Maintenant que sont à nouveau rassemblées ces « conditions » - celles où l’opposition collective s’affaiblit - c’est sans pleutrerie aucune que les autorités organisent représailles et règlements de comptes, contre des personnes qui n’avaient jusqu’alors jamais été inquiétées. Procès, licenciements, condamnations, fichages, convocations, amendes, contrôles judiciaires : sur un vaste échantillon du mouvement dit anti-CPE, les sanctions pleuvent comme un orage d’été.

Le 31 mai, un parent d’élève, militant associatif à Bernay (Eure), passe douze heures en garde à vue pour avoir participé au printemps à des actions avec les lycéens. Début juin, c’est au tour de Cyril d’être convoqué à plusieurs reprises par la gendarmerie : on lui reproche d’avoir participé au déménagement des locaux de l’Union patronale du Vaucluse et à l’occupation d’une voie ferroviaire à Avignon. Un autre étudiant, Benjamin, subit des représailles similaires : on le soupçonne d’avoir pris part à l’occupation d’un poste de péage autoroutier… Plus salé encore. Le 7 juin, des étudiants d’Aix décident d’aller perturber le « grand débat emploi-université  » qui se déroule dans la fac de droit. La police charge, dix manifestants sont blessés. L’un d’eux est embarqué. Vingt-quatre heures plus tard, il passe au tribunal en comparution immédiate. Venus le soutenir, une cinquantaine d’étudiants tombent dans l’embuscade du très courageux procureur d’Aix : la police les encercle. Un jeune sort acheter à boire, des BAC le bloquent au sol et l’emmènent manu militari. Puis un autre étudiant se fait interpeller à son tour. Pendant plusieurs heures, le reste des jeunes va se trouver coincé dans la cour du tribunal. Dans la soirée, ils « réactivent » les contacts, noués lors du mouvement de printemps, avec des salariés et des unions locales syndicales. Le message est passé : le 9 juin, ils sont une soixantaine devant le tribunal pour parer à toute nouvelle offensive policière, alors que les trois inculpés doivent passer en procès. L’audience sera repoussée au 19 juillet…

Le contre-mouvement se poursuit. Le 14 juin, à la cour d’appel de Lyon, Stéphane Frébault se prend six mois de prison ferme pour avoir, lors d’une manif anti-CPE, désigné un flic déguisé en femme. En première instance, il avait pris « seulement » deux mois [1]. Une semaine plus tard, le 22 juin, deux parents d’élèves qui avaient participé à l’occupation d’un lycée d’Ivry-sur-Seine sont convoqués au commissariat, sur plainte du proviseur… Et ce n’est pas fini ! Des procès sont programmés pendant tout l’été à Tours, Aix, Rouen, Paris, Angers, Caen, Metz, Nantes, Saint-Étienne… La liste n’est pas close. Pendant ce temps, hommes et femmes politiques quadrillent le territoire, escortés de gardes du corps et de cohortes policières. Comme ce 9 juin, où des dizaines de cars de CRS occupaient la ville tandis que Villepin, admirateur des audaces de Rimbaud et Artaud, était de passage à Aix. Ni liesses populaires, ni pétales de roses, mais des forces de l’ordre équipées comme des porte-avions : c’est en pays ennemi que se déplacent les « responsables » de ce pays démocratique… Ce qui, faute de courage, manifeste au moins une belle lucidité.

Article publié dans CQFD n° 36, juillet-août 2006.


[1] Stéphane Frébault, n° 15660, maison d’arrêt, rue Lavoisier, BP 482, 69 665 Villefranche-sur-Saône.





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