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CQFD N°036



SANS-PAPIERS : CIRCULAIRE, Y A RIEN À VOIR !

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Lou Ana.


Zora est optimiste. Elle sourit sans cesse, même en parlant de l’exil, car l’essentiel, pour elle, c’est de faire au mieux avec ce que l’on a. En France, ses quatre enfants de huit à quinze ans vont à l’école et « ont un avenir ». Pas comme en Algérie, dit-elle : « La vie était insupportable, donc on est venu là, pour notre sécurité et surtout celle des gosses.  » Mais depuis le début de l’année, le ciel déjà boueux de la douce France s’est encore assombri. Souqué par Sarkozy, l’appareil législatif qui moud les étrangers promet la porte à des milliers de familles « non régularisées », dont celle de Zora. D’ici fin 2006, le ministre a chiffré à 25 000 les sans-papiers à jeter du pays, histoire d’apparaître aux présidentielles avec un bilan bien joufflu.

Zora et les siens vivent à six dans un taudis de vingt mètres carrés, pour 500 euros par mois et 1 000 euros de charges par an. Les quatre minots s’entassent dans une chambrette, les deux grands sur des matelas et les deux petites dans des lits superposés, achetés par Zora avec la paie de ses ménages. Les enfants font leurs devoirs sur un coin de table, mais « ils sont tous bons à l’école  ». Heureusement, car en vertu de la circulaire du 13 juin, les enfants doivent prouver leur « intégration » s’ils ne veulent pas qu’on les désintègre. Être « bon » à l’école fait partie des critères. Zora pourra aussi faire valoir que les petits lui répondent en français quand elle leur parle en arabe, et que le bled, pour eux, est déjà bien loin.

En dépit des lois barbelées qui l’enserrent, la circulaire « humanitaire » de Sarkozy a donné espoir aux familles. Début juillet, le mari de Zora est allé dormir à la préfecture, entassé avec des centaines d’autres sans-papiers, et avec tous les documents requis, sauf les extraits de naissance, perdus. « Ça fait rien, dit Zora avec son imparable optimisme, ils ont dit que le certificat de mariage ferait l’affaire. » Depuis, ils ont reçu une attestation de dépôt de dossier qui devrait les protéger de l’expulsion jusqu’au 1er septembre. Mais la circulaire n’a pas force de loi et son application est suspendue aux caprices de la préfecture. Les quelques milliers de personnes auxquelles elle pourrait sauver la mise n’entameront pas, de toute façon, les objectifs ministériels des expulsions pour 2006. Zora voit bien le piège : elle sait que sa demande de régularisation peut lui valoir une « invitation à quitter le territoire ». Mais elle garde le sourire. En juin, elle a reçu un certificat de « marrainage » à la mairie du XVe arrondissement de Marseille, sans valeur, certes, sinon celle de lui avoir fait rencontrer des « réguliers » qui l’aident, ponctuellement, à surmonter l’angoisse d’un nouvel exil. Aujourd’hui, elle souffle un peu. Les enfants vont partir en colo et, en attendant, « demain on va à la mer  ».

Article publié dans CQFD n° 36, juillet-août 2006.






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