Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°036
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°036


UNE BANQUIÈRE RACONTE LES TRUANDERIES DE SA PROFESSION

LES BRAQUEURS DE LA BANQUE

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Théodore Vassilev.

3,9 milliards de profits en 2005 pour le Crédit Agricole, 4,4 milliards pour la Société Générale, 5,9 milliards pour la BNP… « Si les murs des prisons sont si hauts, c’est pour que les petits voleurs qui sont dedans ne voient pas les grands qui sont dehors.  » Ce mot d’esprit s’applique parfaitement aux banques et au racket de leurs usagers captifs, surtout les plus pauvres. CQFD a rencontré une employée du Crédit Commercial de France. Lassée de participer au hold-up, elle lâche le morceau.

CQFD : Au vu de toutes les sécurités mises en place pour protéger les banques, on pourrait penser qu’il s’agit du temple de l’intégrité, non ?

R : Les banques, c’est plein d’entourloupes destinées à vous soutirer le plus d’argent possible. Un exemple parmi d’autres : imposer des agios sur les agios et des frais sur les frais est une pratique qui se répand de plus en plus. Quand on a quinze euros d’agios, le client doit en payer seize parce qu’il y a les frais sur agios… C’est tout à fait illégal. Et si je rouspète auprès d’une autre banque pour le compte d’un client, je n’arrive pas à faire corriger ce genre d’anomalie. Il y a dix ans, il suffisait d’un simple courrier rappelant que la loi interdit d’encaisser des agios sur des agios et on faisait annuler l’opération. En théorie, les rejets de chèques ou de virements étaient automatiques. Mais en réalité, on pouvait toujours s’arranger, du moins si la banque ne perdait pas d’argent. Aujourd’hui, depuis que Sarkozy a dit qu’il voulait « davantage de transparence dans les tarifs pour que les clients des banques sachent ce qu’ils paient  », nous sommes obligés, en principe, de prévenir le client et de lui accorder cinq jours de délai avant de rejeter un chèque… Mais pour prouver qu’on a respecté cette procédure, il suffit de montrer que l’on a noté quelque part son numéro de téléphone. Le tour est joué et les frais de rejet peuvent augmenter sans problème…

Comment les banques justifient-elles ces combines minables ?

En 1985 a eu lieu ce que l’on appelle la « désintermédiation bancaire », autrement dit, la fin du monopole des banques sur le crédit. Cela signifie que, depuis vingt ans, les entreprises peuvent recourir directement aux marchés financiers pour trouver les capitaux dont elles ont besoin. Du coup, le secteur bancaire a vu son rôle décroître au profit des assurances et des fonds de pension. Ce manque à gagner lui a servi de prétexte - avec la caution de l’État ! - pour trouver de nouveaux revenus auprès des seuls clients qui ne risquaient pas de lui échapper : les particuliers, c’est-à-dire vous et moi.

D’où les commissions, facturations, agios, frais et autres mises à l’amende…

Oui. Les banques ont beaucoup d’imagination dans ce domaine. Elles ont par exemple instauré une taxe sur les comptes inactifs, ceux où il n’y a pas de mouvements pendant à peu près douze mois. C’est de l’argent qui emmerde les banques : on ne peut pas en disposer et on ne peut pas non plus le considérer comme un bénéfice. Nous sommes censés le renvoyer au bout de trente ans, je crois, à la Caisse des dépôts et consignations, pour qu’il y soit gardé. C’est un compte qui ne sert donc à rien, qui coûte de l’argent et qui nous fait prendre des risques. Je parle de risques car il représente une certaine tentation : un employé malveillant serait plutôt tenté de s’attaquer d’abord à ce genre de comptes. Donc le meilleur moyen de les faire disparaître, c’est de les taxer jusqu’à ce qu’ils soient complètement à sec.

Je pensais surtout aux comptes qui ne dorment pas : ceux qui sont toujours plus ou moins proches de zéro ou à découvert… Il n’y a donc rien qui nous protège contre le racket bancaire ?

Pas grand-chose, non. Il est vrai que, maintenant, la loi oblige les banques à avoir un médiateur. Mais uniquement sur des litiges d’opération de caisse. D’une manière générale, les établissements bancaires respectent de moins en moins la loi. Ils édictent leurs propres règles à la marge de la légalité, en misant sur le découragement des usagers face aux procédures judiciaires. En fait, nous sommes uniquement des commerçants : c’est à ce que le client nous rapporte que nous conditionnons notre rapport avec lui. Si je gagne suffisamment d’argent sur lui, je peux lui en rétrocéder un peu. Et pour cela nous avons des plans commerciaux avec des critères bien définis. On en arrive à perdre le rôle de conseil pour en arriver à du commercial pur. Et ça rapporte des milliards de bénefs ! Les banques se portent très bien de nos jours.

Qui sont leurs clients les plus profitables ?

C’est très simple. Les meilleurs clients sont ceux qui ont un mouvement de crédit de 30 000 euros minimum, ou qui disposent en permanence de 1 500 euros sur leur compte… Ceux-là ne paient pas la plupart des commissions.

Ce sont donc les pauvres qui se font détrousser. Comment échapper à ce hold-up ? En claquant la porte ?

C’est très difficile. Aujourd’hui tu es obligé d’avoir un compte, un chéquier, une carte bleue. Et puis on n’a pas le droit de faire des transactions en espèces au-delà d’une certaine somme, autour de 2 000 euros en général. Pour cause de lutte contre le blanchiment et le terrorisme, disent-ils… Sauf que les riches, eux, n’ont aucun mal à blanchir leurs sous. Le résultat, c’est qu’on est obligé de faire du chèque barré de banque à banque. Si tu veux toucher un remboursement de sécurité sociale, tu es obligé d’avoir un relevé d’identité bancaire. Tu n’as pas d’autre choix que de passer par nous et ce n’est pas normal. Nous encaissons des frais sur des gens qui ne peuvent pas faire autrement.

Par exemple ?

Par exemple, une personne qui touche un minimum vieillesse d’environ trois cents euros a souvent un solde moyen de quinze euros par mois sur son compte. Mais nous, nous lui prélèverons trente euros par trimestre de frais pour la gestion de son compte. Ça lui fait cent vingt euros de moins sur l’année, alors qu’elle ne va pas forcément utiliser son chéquier. C’est un scandale !

Même quand je retire de l’argent à ma propre agence, la banque m’en soutire une part. Pourquoi ?

C’est pour limiter le coût de la main-d’oeuvre au guichet. Ce qu’ils veulent, c’est des guichets automatiques. Notre rôle à nous, les employés, c’est seulement d’être des vendeurs, pas d’offrir un service. Avoir du liquide, ça coûte en salariés : il faut stocker, il y a les risques de hold-up, les systèmes de sécurité, et puis les rapatriements, la manipulation, etc. Le plus fort, c’est qu’avec l’automatisation et l’informatisation, les clients effectuent eux-mêmes les opérations que nous leur facturons toujours.

Racket, mesquineries, pratiques illégales, trafics en tous genres… Les banques semblent vraiment diversifier leurs activités !

Récemment, je me renseignais pour un client, qui était inscrit au fichier des incidents de paiement (FICP). Il faut savoir qu’en cas d’incident - chèque refusé, prélèvement sans les sous qui vont avec, etc. - l’inscription sur le FICP s’effectue environ vingt jours après. Si l’incident est régularisé, on doit attendre un mois et puis, en théorie, c’est effacé. Mais la maison de crédit du client dont je vous parle gardait les archives des incidents de paiement, non seulement de ses clients, mais de tout le monde. Or c’est formellement interdit. On n’a pas le droit de conserver les traces d’incidents. De toute façon, les individus sont depuis longtemps fichés par les banques. À chaque ouverture de compte, tu es inscrit dans le fichier FICOBA, qui est déclaré au fisc automatiquement, et sur lequel figurent au minimum ton nom, ton prénom, ta date de naissance et ton adresse. Il y a aussi le fichier TRACFIN, où l’on déclare les mouvements de fonds suspects à la police. Et si je ne me plie pas à ce fichage, j’en suis tenue pour pénalement responsable. Parce qu’on nous dit que ce fichage entre dans le cadre de la lutte contre les trafics de drogue, le proxénétisme et le terrorisme… Alors je suis les instructions. Mais bon, je ne sais pas vraiment l’usage qui est fait des informations que je collecte. Je ne peux pas juger à quel type de fichage je participe vraiment. On me dit que si on ne me communique rien sur les résultats de ces fichages, c’est pour ma sécurité. Bref, nous sommes pressés et fichés à volonté. Si on veut s’en affranchir, le seul vrai moyen serait de vider nos comptes tous ensemble. La meilleure menace, c’est celle-là !

Propos recueillis par Théodore Vassiliev


Quand les banques vous passent la tondeuse

L’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) effectue chaque année une enquête nationale sur les conditions d’accès aux services bancaires. Et chaque année, elle constate que les banques restent invariablement obscures sur les ponctions tarifaires qu’elles pratiquent. Selon la CLCV, moins de la moitié des 280 agences visitées pour 2006 proposent à leurs clients des plaquettes détaillées. Les relevés de compte opaques, qui ne mentionnent que par minuscules astérisques les sommes prélevées par l’établissement, sont monnaie courante. On peut toujours changer de banque, mais c’est pareil ailleurs. Et puis ça entraîne des procédures lourdement facturées.

Le cas du chèque de banque est symptomatique de la surfacturation du pauvre. Seul recours pour les trimardeurs interdits de chéquier, ou auxquels on refuse des moyens de paiement pour cause de revenus insuffisants, le chèque de banque leur est facturé à partir de sept euros pièce… Autre exemple : le crédit-revolving. Ce système de prêt, destiné aux fauchés qui n’ont pas les « garanties » pour obtenir un prêt-conso classique, leur inflige des taux d’intérêt à faire rougir un usurier vénitien : jusqu’à 20 % ! Or le revolving - appelé aussi « revolver sur la tempe » - est souvent le seul moyen dont disposent les mouisards pour… régler leurs dettes. Pendant ce temps, les pouvoirs publics se démènent pour caser des crédits aux particuliers, au nom de la « relance de l’économie », ou plutôt, de leurs économies. La Grande-Bretagne est leur référence. Ici, on n’a pas encore la chance de s’endetter à des taux de 50 %. En revanche, on va découvrir les joies du « crédit hypothécaire rechargeable », qui nous permettra d’acheter notre home-cinéma en nous mettant la chaîne au cou.

Contre tous ces coups fourrés, des batailles judiciaires sont en cours. La Poste, la Caisse d’Épargne, le Crédit Agricole, le Crédit Lyonnais, le CIC et d’autres ont déjà été condamnés. Mais l’honnêteté bancaire reste toujours un oxymore. Les clauses abusives dans les conventions préremplies pullulent. L’automatisation du traitement des chèques permet des fraudes qui ne sont pas remboursées par les banques. Des délais d’encaissement de virements durent plusieurs jours, sans la moindre justification. En fait de service, ce sont les banques qui se servent grassement. Et devant ces châteaux imprenables, que peut faire l’usager ? Jeter sa pierre dans la vitrine lors de manifestations de rue, devenir expert en hacking pour leur rendre la monnaie de leur pièce, apprendre à savamment doser l’essence pour rendre leurs activités plus lumineuses ? Ou, plus méchamment encore, aller devant un tribunal pour faire valoir ses droits ? Dans cette dernière hypothèse, deux bonnes adresses :
- www.afub.org (Association française des usagers de banque)
- www.clcv.org (CLCV).

Article publié dans CQFD n° 36, juillet-août 2006.
A lire également les articles ANTHOLOGIE DES PHYNANCES et HOMMAGE ET NOSTALGIE parus dans le même numéro.






>Réagir<

LES BRAQUEURS DE LA BANQUE
| 11 septembre 2007 | galère sur prêt
Je suis scandalisée par les banques et maisons de crédits qui se permettent de ficher les gens alors qu’ils ne sont ni interdit bancaire ni FICP. Et comme maintenant ils sont tous plus ou moins associés. C’est un vrai parcours du combatant pour bénéficier d’un prêt.
 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |