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CQFD N°036


BÉATITUDE

LE BHOUTAN, PAYS DU BONHEUR

Mis à jour le :15 juillet 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Il est un État là-bas, au pied de l’Himalaya, où le bonheur, paraît-il, ne dure pas seulement le temps des vacances. Le roi y a décrété le développement du « Bonheur National Brut »… Par la force, s’il le faut.

D‘ACCORD, LE REVENU des ménages bhoutanais reste parmi les plus rachitiques de la planète. Mais pourquoi se plaindraient- ils ? Les habitants de cette petite monarchie asiatique jouissent depuis trente ans du « Bonheur National Brut » édicté par leur souverain, Jigme Singye Wangchuk. Le « BNB » n’a rien d’un lupanar fleuri de roses et de sucres d’orge : réglementé comme une prison haute sécurité, il a fait du Bhoutan le premier pays au monde où la consommation du tabac est totalement interdite. Il est vrai que c’est aussi l’un des rares endroits de la planète où la forêt ne recule pas : sur ordre du roi, 60 % des terres doivent rester boisées. Selon le gouvernement, le bonheur obligatoire aurait permis, en quinze ans, d’augmenter de dix-neuf ans l’espérance de vie de la population. Au départ, le BNB avait aussi interdit la télévision. Mais là-dessus, le roi a fini par mollir : en 1999, il autorise la vente de téléviseurs et la connexion avec 46 chaînes câblées, surtout celles diffusées par Star TV, de Rupert Murdoch. Grave erreur. Dans The Guardian (01/06/03), Cathy Scott-Clark et Adrian Lévy observent que depuis l’irruption du petit écran, « un tiers des filles veulent avoir un look plus américain (peau plus claire et chevelure blonde)  ». Le royaume serait en train de découvrir l’éclatement des familles, le relâchement des moeurs (l’enfer du sexe plutôt que le bonheur du mariage), l’appât du gain, la délinquance et les drogues… Le bonheur aurait-il cessé d’être national ?

Le correspondant de CQFD en Asie centrale relativise : « Pour aller au Bhoutan, tu dois avoir une invitation d’un membre de la famille royale ou payer deux cents dollars pour un visa d’un jour. C’est un pays difficile d’accès, tout y est cher. Je suis allé plusieurs fois à la frontière et je parle de ce que j’ai directement entendu. Tout y est d’une propreté absolue, comme à bord d’un grand bateau de croisière. Dans les années 60, le gouvernement a décidé de ne pas laisser entrer les hippies et autres farfelus, seuls les riches sont les bienvenus. Tu n’as pas le droit de donner aux gens quoi que ce soit qui risquerait de changer leurs traditions ou leur style de vie. Or, traditionnellement, les Bhoutanais n’ont pas d’argent. Seule la famille royale aurait ce droit. Il paraît qu’elle ne s’en prive pas…  »

Toujours actif, le BNB a aussi ses exclus. En 2005, on estimait les Bhoutanais à plus de deux millions, alors que le gouvernement n’en recensait que 800 000. Pourquoi ? Parce que 40 % de la population est d’origine népalaise. En 2003, Uttam Adhikari témoignait pour Amnesty International : « Depuis 1988, le gouvernement du Bhoutan fait tout pour nous contraindre à quitter le pays. Il a détruit beaucoup de temples hindouistes, nous oblige à nous raser la tête, interdit la langue népalaise à l’école et dans l’administration, nous contraint à porter un costume traditionnel adapté à la froidure des hautes montagnes, là où vivent généralement les Bhoutanais de souche, alors que nous vivons dans des régions chaudes. La plupart des Bhoutanais d’origine népalaise ont perdu leur citoyenneté.  » Membre d’un mouvement clandestin en lutte pour les droits de la minorité népalaise, Uttam Adhikari a eu droit à un bonheur très brut : « Comme les autres prisonniers, j’étais fréquemment humilié et torturé. Les gardiens me coupaient la peau pour placer du sel et du chili sur les plaies, ils m’ont beaucoup frappé avec des bâtons, ils ont placé des planches de bois sur mes jambes et ont marché dessus pour les écraser, etc. Ils menaçaient de violer ma femme (ce qu’ils ont d’ailleurs fait). Finalement, les gardiens de la prison ont dit que si je signais un document affirmant que je n’étais pas bhoutanais et que j’allais quitter le pays, je serais libéré.  » Le bonheur, c’est quand ça s’arrête.

Article publié dans CQFD n° 36, juillet-août 2006.
Lire également les articles SOYEZ HEUREUX, C’EST UN ORDRE ! et ANTHOLOGIE DU BONHEUR parus dans le même numéro.






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LE BHOUTAN, PAYS DU BONHEUR
Elizalde y Gastesi | 25 juillet 2009 |
Bonheur,bonheur je voudrais savoir ce que les hommes appellent bonheur. Ni le bonheur, ni la liberté peut se donner,ou s’enlever.Qui aurais ce pouvoir ? Nous sommes chacun notre bonheur, car ce à l’intérieur de nous qu’il est .Les condition de vie ça se différent. J’aimerai visiter ce beau Pays ,mais qui pourrais m’inviter ? Tous mes souhaits de bonheur au peuple du Bhoutan et à tout les peuples dans la paix..
 

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