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CQFD N°010



Suspect un jour, fiché toujours

Mis à jour le :15 mars 2004. Auteur : Willy Daunizeau.


Les dispositifs de fichage instaurés il y a un an par la loi sur la sécurité intérieure (LSI) pouvaient faire espérer au bon citoyen que le contrôle informatisé des « classes dangereuses » lui permettrait de dormir à l’aise sur son bon droit. Mais plus personne n’est à l’abri de Big Brother. Les tests ADN, pratiqués depuis plus de dix ans sur les auteurs de violences sexuelles, sont depuis mars 2003 généralisés à la quasi-totalité des crimes et délits d’atteinte aux personnes et aux biens. Et ce, même pour les simples suspects. Pour mesurer les conséquences de cette extension du fichage génétique, imaginons par exemple un minot soupçonné d’avoir chipé un portable ou condamné pour avoir traîné dans les cages d’escaliers : il sera automatiquement marqué au fer rouge informatique. Si un délit est commis dans son quartier dix ans plus tard, les condés, après recoupage des fichiers, pourront de suite se présenter à son domicile et le traîner au bocal pour vérification. Autre avatar du totalitarisme sécuritaire, le prélèvement d’ADN en taule impose l’adage : voleur un jour, voleur toujours. Comment parler de « réinsertion » lorsqu’après avoir purgé ta peine tu risques à tout moment de te faire cueillir sur ton lieu de vie ou de travail ? A te voir encadré par la poulaille, les bracelets aux poignets, le patron ou les voisins risquent fort de s’interroger sur ta probité nouvellement retrouvée. Suspicion qui te condamnera une nouvelle fois à la précarité intrinsèque de ta condition d’ex-emmuré. Une perpète latente, en définitive. Pour les taulards qui refuseraient de se soumettre aux tests, le chantage est clair : ils écoperont d’un rajout de peine et d’une amende.

Et puis, il y a les erreurs de casting. Elles frappent tout le monde, même le bon citoyen jamais suspect de rien. Pour preuve, le STIC (Système de traitement des infractions constatées). Créé en 1995 par Pasqua, développé ensuite sous la gauche, ce fichier policier contenait en 2002 les antécédents de près de 4,5 millions de « mis en cause », de 19,7 millions de procédures et de 21,8 millions d’infractions. Or les données du STIC soumises à la CNIL durant la même année étaient, selon celle-ci, « erronées » ou « manifestement non justifiées » dans 25 % des cas. Exemple : une femme fichée pour une affaire d’escroquerie datant de vingt ans et dans laquelle elle n’était que témoin. Ou un gamin fiché à 7 ans pour avoir jeté des cailloux sur un véhicule… Ce genre de boulettes représenterait un quart du fichier ! Dans le cas du fichier Schengen (SIS), elles atteignent même les 42 %… Mais peu importent les petites bourdes, la France doit rattraper son retard dans la traçabilité du hors-la-loi avéré ou potentiel. Objectif affiché par Sarkozy : 400 000 noms en 2004. Pour l’officier de police judiciaire de base, c’est tout bénef. Finies les enquêtes de terrain et la recherche d’indices : il refilera l’enquête à la police scientifique et aura ainsi tout loisir de calculer son pourcentage sur la prime au rendement.

Willy Daunizeau

Publié dans CQFD n°10, mars 2004.






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Suspect un jour, fiché toujours
Marine | 4 février 2013 |
Clair, cohérent, le discours m’a paru extrêmement intéressant. Marinou abonné chez carrelages
 

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