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CQFD N°037


PENDANT QUE TOMBAIENT LES BOMBES SUR LE LIBAN

PLUIE DE BAFFES SUR LES PALESTINIENS

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Lucie Breilh.

Pendant que l’armée israélienne s’acharnait sur les Libanais, les Palestiniens de Jérusalem-Est et de Cisjordanie avaient droit aux dégâts collatéraux : bouclage hermétique, check points volants, licenciements, harcèlement policier et agressions physiques. Pour la « sécurité », bien sûr.

LE MUR DE SÉPARATION RESTE encore contournable par endroits : les habitants du quartier, parfois les soldats eux-mêmes, savent indiquer le chemin à suivre pour éviter le contrôle. Mais durant les quatre semaines de guerre démentielle contre le Liban (pour rappel : 1 500 raids aériens, 2 000 sorties d’hélicos, 130 000 bombes ou obus largués, essentiellement sur des civils), le bouclage des Palestiniens a été total. Tandis que les patrouilles militaires surveillaient jusqu’aux pistes tracées dans la campagne palestinienne pour la construction du mur, des check points morcelaient toutes les routes. À Jérusalem, pas moins de trois à quatre contrôles d’identité sur la poignée de kilomètres qui séparent la banlieue nord du centreville… Confié à la Police des frontières, la branche militarisée de la police israélienne en charge du contrôle de la population arabe, ce quadrillage draconien a provoqué de nombreux accrochages entre Palestiniens et soldats, ces derniers profitant de ce que les médias regardent ailleurs pour agir à leur guise, plus encore que d’habitude. Les humiliations, déjà fréquentes d’ordinaire, se sont intensifiées au point de se convertir parfois en passages à tabac purs et durs. Comme sur cet homme de 42 ans qui, parti le matin de son village près d’Hébron pour se rendre à son travail, s’est retrouvé à l’hôpital dans un état grave, les os brisés et souffrant de multiples lésions, après avoir été tabassé par une patrouille.

Mais ces violences ne sont pas imputables seulement à l’armée. Attisée par la guerre, la haine patriotique contre « l’ennemi » a trouvé de quoi se décharger sur les boucs émissaires les plus évidents. À Cheikh Jarrah, un quartier arabe de Jérusalem victime d’une colonisation croissante, un Palestinien de 20 ans a eu plusieurs os cassés après son lynchage par des colons. Victor, un chrétien arabe de 27 ans, parti boire un verre à Jérusalem-Ouest, s’est fait bousculer et gifler dans la rue par cinq Israéliens. En se défendant avec un canif, il a légèrement blessé à l’épaule l’un de ses assaillants. Cette riposte lui aura coûté cher : 20 000 shekels (3 600 euros) d’amende, un mois de prison ferme, trois mois d’assignation à résidence et une interdiction de se rendre à Jérusalem-Ouest pendant six mois. Toujours à Jérusalem, de jeunes ultra-orthodoxes - pourtant réputés « tranquilles » car à l’écart de la politique - ont éclaté à coups de pierres les vitres d’un bus palestinien. Les soldats témoins de la scène ont laissé faire.

La ferveur belliqueuse qui a accompagné le déluge de bombes sur le Liban s’est aussi traduite par des représailles plus sournoises. De nombreux Palestiniens ont été virés par leurs employeurs israéliens au motif - ou au prétexte - de la « sécurité ». La sécurité fonctionne à plein dès qu’il s’agit de justifier une injustice. Durant toute la guerre, les étrangers typés « arabes » et les internationaux investis dans des projets d’aide à la Palestine ont enduré plus de tracasseries encore que d’habitude à l’aéroport Ben Gourion : interrogatoires et fouilles de plusieurs heures, refoulements, refus de tamponner le passeport, etc. Mais surtout, le déluge de feu sur le Liban a permis à l’État d’Israël de pousser plus loin encore le chaos dans les territoires occupés et d’y poursuivre, sur la lancée de l’opération « Pluie d’été », la propagation de la guerre civile, l’affaiblissement de l’Autorité et l’élimination de la résistance armée. Les incursions se sont multipliées : des infrastructures du Hamas et des Brigades ont été détruites, des résistants et des civils assassinés et des élus kidnappés, comme le chef du CLP et le ministre de l’Éducation et des Universités, tous deux arrêtés à Ramallah. Des ONG palestiniennes accusées de fournir de l’argent aux terroristes ont aussi été bombardées.

L’État d’Israël sanctionne lourdement la population d’avoir voté pour le Hamas, dont il a par le passé facilité la création et l’essor pour empêcher à terme la création d’un État palestinien. Ce plan est en passe de réussir. Le mur n’a cessé de progresser, en particulier autour de Jérusalem, où la présence arabe se réduit comme peau de chagrin tandis que la colonisation progresse à grands pas. « La grande Jérusalem unifiée, capitale éternelle de l’Etat d’Israël  » - le projet du Premier ministre Ehud Olmert lorsqu’il était maire de la ville - se concrétise chaque jour un peu plus. Le tracé du mur de séparation facilite la création de cette ville nouvelle, puisqu’il englobe des villages israéliens et des colonies implantés en Cisjordanie et écarte une partie de la ville arabe. Partout les check points se transforment en véritables postes frontières. Tout est fait pour préparer la création d’un État palestinien selon les modalités souhaitées par Israël et les États-Unis d’ici à 2008 : un État captif, économiquement à genoux, politiquement croupion et territorialement rachitique, merveilleusement intégré dans ce que George Bush appelle son « nouveau Moyen-Orient  »

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006.






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