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CQFD N°037


CHOC DES CIVILISATIONS

LE FESTIVAL DES COGNES

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : François Maliet.

Un festival d’été sans huiles ni pubs, sans Johnny ni Doc Gynéco ? Ça va pas être possible, ont répondu les gendarmes. Bilan de la sarkozade : le public à poil, les organisateurs sur la paille.

OÙ QUE L’ON PASSE ses vacances, impossible d’éviter le festival « trop cool » et ses sempiternelles « têtes d’affiches » qui brament la chansonnette pour deux cents fois le Smic. Non content de nous brouter au quotidien sur les ondes, les Placebo, Raphaël et autres Bénabar viennent nous persécuter jusque sur le perron de la maison de famille. Heureusement, il reste des allumés qui suent le burnous pour accueillir des groupes hors calibre tels que Spoke Orchestra, Domb, Bams, Bell OEil ou Tobrogoï. Dans le Var, les doux dingues de l’association Contact sud musique (CSM) baladent depuis sept ans leur Festival des Collines. Prometteuse, la dernière session, du 10 au 12 août à Mazaugues, devait réunir musiciens et fêtards dans une chaude ambiance pas piquée des cigales, aux antipodes de la fête à Neu-Neu publicitaire. Mais c’était sans compter la nuée de gendarmes qui s’est abattue sur le village. Barrant toutes les routes menant au site, paralysant la circulation, ils ont arrêté et fouillé chaque véhicule. « Sortez ! Mettez les mains sur la tête ! Écartez les jambes ! » fut le leitmotiv de la soirée, avec « De toute façon y a que les pédés qui vont dans ce festival  » en guise d’impro.

À la recherche des quelques kilos de shit qui, comme chacun sait, composent le trousseau du mélomane, les soixante-dix cognes n’ont pas lésiné sur les moyens. « Un gars, lors de la fouille, a même été mis à poil devant public, témoigne Aram, un des organisateurs. Et les membres du groupe Domb se sont fait confisquer leurs claves, des instruments de musique en bois. Motif ? Armes contondantes !  » À quand les Casques bleus de la Finul pour désarmer les troubadours ? À 2 heures du mat’, les képis étaient toujours une trentaine à courir en ordre dispersé sur le parking, dans un remake bâclé du Gendarme de Saint-Tropez. La scène serait juste risible si elle n’avait pas valeur de sabotage. Car le public, pas fou, a préféré fuir le traquenard : « On attendait 800 personnes jeudi, il n’y en a eu que 400, et sur les 2 000 espérées vendredi, 500 seulement se sont déplacées  », maronne Aram. Bilan : les derniers concerts annulés, une ardoise de près de 100 000 euros et trois salariés de l’assoc’ renvoyés au chomdu.

Pour le lieutenant de gendarmerie Chopard (sic), qui dirigeait l’opération depuis son poste mobile avancé, il s’agissait là d’un « dispositif normal ». Pas comme en 2005, quand le sous-préfet de Draguignan aurait refusé d’envoyer la soldatesque à Tourtour, le village où devait se tenir le festival. « En cas de problème, la responsabilité retombait entièrement sur le maire. Du coup, il a refusé au dernier moment de nous accueillir », explique Aram. Pas assez de cognes annule le festival, trop de cognes le sabote… La prochaine fois, il serait plus simple d’organiser un festoche de marches militaires.

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006.






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