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CQFD N°037


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

BOYCOTT STORY

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Anatole Istria.


L’éponyme « boycott » tire son origine du capitaine Charles Cunningham Boycott, un propriétaire terrien anglais du comté de Mayo dans l’ouest de l’Irlande, qui sévissait en 1880. Il est encore aujourd’hui réputé pour avoir laissé l’empreinte d’un « old son of a bitch  » (selon un vieux rencontré dans un pub du côté de Galway). Alors que ses fermiers et paysans criaient famine, il refusa de baisser leurs loyers et expulsa les plaintifs. La ligue des fermiers irlandais (Irish land league) qui luttait contre le féodalisme et pour la réforme agraire organisa le blocage des activités du landlord. Les gens du comté cessèrent de commercer avec lui, ses ouvriers agricoles et ses domestiques se mirent en grève… jusqu’au facteur qui refusa de lui distribuer le courrier et aux oiseaux qui se turent sur son passage. L’irascible seigneur, pris d’une montée de fièvre obsidionale, demanda la protection de cinquante orangemen et de la troupe pour protéger sa moisson. Mais tout ce sourd tintouin commença à lui coûter cher, il plia le camp avec armes et bagages pour retrouver les terres docilisées de sa verte Angleterre. La campagne initialement qualifiée d’ostracisation pris le nom de l’infortuné exploiteur, « boycott », ce qui est quand même plus facile à prononcer. Fort de ce succès exemplaire, ce mode de pression pacifique rentre dans l’histoire et semble infléchir son cours. On retient Gandhi qui incite les élites indiennes à rejeter les costumes anglais et à ne plus payer les taxes liées au sel. Ou Martin Luther King, qui initie sa campagne pour les droits civiques par le boycott des bus ségrégationnistes de la ville de Montgomery. Autant de victoires au palmarès des peuples colonisés et des minorités opprimées.

Contrairement à la grève, au sabotage, à l’occupation ou au piquet de blocage, qui impliquent le risque du rapport de force, le boycott reste une résistance passive, « opérable » à distance, voire depuis son lit. Sa seule garantie de succès est qu’elle soit massive. Tout se boycotte : les vins espagnols, les SMS surtaxés, McDo, Esso, Universal, les universitaires israéliens, les films avec Tom Cruise, les émissions de Fogiel, la boulangerie dégueulasse d’à côté. En cela, le boycott n’est pas forcément qualitatif. Les chemins tordus des intérêts d’État et des corporatismes ne sont pas loin. Pour les États, le boycott se nomme embargo ou blocus, mais nécessite alors des flottilles conséquentes et des gens armés. Reste à savoir si le mode de pression « citoyen » est efficace : si Total pleure sa mère, si Coca flippe un max, si Monsanto est pris à la gorge… Parfois, ça marche. Exemple retentissant, le boycott des produits danois dans les pays musulmans rendus furieux par la publication des caricatures de Mahomet, et qui aurait coûté 134 millions d’euros en cinq mois aux entreprises du royaume. Mais là, c’est plutôt la cause qui pose problème. En dernier recours, le boycott reste une réaction limitée de « client captif », de cet homo economicus face aux multiples nuisances des firmes. Par exemple, le boycott de Danone, après le licenciement des « Petits Lu », a fait long feu. À quoi bon se passer d’un yoghourt Danone si c’est à l’avantage du concurrent Nestlé ? À moins que ces thèmes s’étendent et deviennent un véritable modus vivendi du désapprentissage du consumérisme, on peut craindre que le boycott ne reste qu’une publicité en négatif, un « je ne mange pas de ce pain-là » peu conséquent. Cela étant, soutien inconditionnel aux boycotteurs inconnus, clandestins, qui s’ignorent eux-mêmes…

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006.






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