Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°037
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°037


QUI PERD GAGNE

LE BONNETEAU DES CHÔMEURS

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Gilles Lucas.


En ce milieu d’été, le samedi 3 août, le journal Le Monde annonce en une : « Chômage en baisse, moral en hausse  ». Le 12 août, ça se précise : « La croissance française affiche une forte hausse pour le deuxième trimestre.  » Le 13, Le Figaro ne veut pas être en reste : « Le formidable bond de la croissance française.  » Et récidive le 20 : « Emploi, l’embellie se confirme.  » Le 21, Les Échos salivent : « Les créations d’emplois s’accélèrent en France.  » Et, au coude à coude avec La Croix, le 23 : « La croissance adoucit la rentrée  » pour l’un et « L’emploi progresse dans les grands groupes français  » pour l’autre. Le 31, Aujourd’hui veut sa part : « Nouveau recul du chômage en juillet.  » Gourmand, le ministre Breton confie à la presse que les chiffres du chômage sont « bons, très bons, parce que nous sommes dans une dynamique vertueuse  ». Et le 1er septembre, avec toute l’autorité du média pour bac +5, dans une couv’orgasmique, Le Monde se lâche enfin : « Le chômage au plus bas depuis 2002.  » Pour quelques heures, après une telle communion, médias, statisticiens et hommes politiques peuvent s’allumer une clope en se perdant dans le regard encore humide de l’autre et susurrer : « Ce n’est pas nous qui le disons. Ce sont les chiffres !  » Les chiffres ! Les mêmes chiffres, virtuels et abstraits, qui servent à cette vieille arnaque que les services de la police financière appellent « cavalerie ». La technique est simple. Trois personnes ouvrent chacune un compte bancaire. La première fait un virement fictif au second qui fait un virement fictif au troisième qui fait un virement équivalent à la somme de cet argent fictif au premier qui passe à la banque et retire l’argent en espèces. Et le tour est joué. Du moins était joué, car ce genre d’opération est devenu aujourd’hui obsolète du fait des avancées de l’informatique. Ce sont maintenant les habituels intouchables de la délinquance en col blanc qui ont repris la manoeuvre dans leur gestion du chômage. La condition du succès est de mener l’affaire promptement. Et à plus forte raison en ces périodes d’élections et de féroce concurrence entre petits hommes politiques.

Dans la même veine, en mai 2005, Boorlo met en place contrats accompagnés, contrats d’avenir et autres bidules destinés à favoriser l’embauche de chômeurs et érémistes dans les secteurs non marchands, c’est-à-dire essentiellement associatifs. Pour ce qui concerne les CAE, le principe semble limpide : les associations reçoivent une aide de 40 % pour un salarié « normal », 70 % s’il s’agit d’un chômeur longue durée et 90 % si celui-ci a moins de 26 ans. Les associations et les associés ne crachent pas dans la soupe et, comme par hasard, les annonces d’emploi visent avant tout des jeunes de moins de 26 ans, au détriment des compétences, histoire de profiter au mieux de cette infime manne financière. Les contrats couvrent au maximum une période de 24 mois, par phases renouvelables avec, au choix, entre 20 et 35 heures de boulot par semaine. Mais l’ANPE, dont dépend la signature du contrat, préfère que les contractants optent, dans un premier temps, pour une période de 6 mois renouvelables. Un coup de tampon d’une asso et l’affaire est dans le sac. 235 000 chômeurs disparaissent des chiffres du chômage. En juin 2006, subrepticement, les règles du contrat changent. Alors que les « accompagnés » veulent renouveler leur contrat après 6 mois ou 1 an, comme l’ANPE s’y était engagée, les nouvelles conditions font passer la durée de travail à 20 heures par semaine en conservant le même niveau d’aide. Un grand nombre de ces « accompagnés » bossaient jusque-là 35 heures par semaine. En conservant le même poste, les aides se trouvent de fait réduites de 40 %. Et comme ultime tour de passe-passe, Borloo se pointe le 31 août avec un troisième « plan-emploi ». « Bon plan, très bon plan  », doivent se pourlécher Breton et Parisot.

CNE, CA, CAE, CRE, CIVIS, etc. Comme au bonneteau, le nombre de chômeurs, faut que ça tourne. Assis sur le NAIRU, ce taux de chômage intrinsèque au système économique et social en dessous duquel ça risque d’aller mal pour le bizness (cf. CQFD n°22 ) - en 1999 l’OCDE prescrivait un taux de chômage minimum de 9 % afin d’éviter une reprise de l’inflation -, les décideurs multiplient les écrans de fumée. Le chômeur signe un contrat aidé qui se réduit à peau de chagrin en quelques mois puis, en juillet 2007, les autorités fileront un coup de pouce aux entreprises en réduisant les cotisations patronales (exonération totale pour le SMIC), pendant que le CNE entretient flexibilité et souplesse du genou. Avec leurs collègues des médias, ils sont morts de rire. Ils rêvent que les chômeurs, à force de tourner en tout sens, disparaissent, par un effet centrifuge, des statistiques. Boulots de merde, salaires au lance-pierre, soumission aux caprices étatiques, administratifs et patronaux : tout ça, c’est pas leur problème, pourvu que les affaires marchent. Alors, en cette époque de retour vers les choses vraies et authentiques, les « camemberts moulés à la louche », les produits à l’ancienne et le pain noir d’autrefois, il est bon de rappeler quelques pratiques dont on pourrait espérer qu’elles provoquent un engouement similaire à la ruée vers les produits bio. Histoire : le 13 juin 1966, à Amsterdam, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève. Dans la soirée, la police passe à l’attaque. Un maçon de 51 ans est tué. Au matin, le journal Telegraaf publie un article grossièrement mensonger en faveur de la police. Les grévistes se dirigent alors vers les locaux du journal et y mettent le feu. La foule grossit. Et l’émeute s’étend dans tout le centre-ville… Comme l’a dit Zidane,qui fait toujours l’unanimité : « Le vrai coupable, c’est celui qui provoque.  »

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006.






>Réagir<

Les Français sont-ils paresseux ?
| 27 octobre 2006 | Les Français sont-ils paresseux ?

Un article bien intéressant sur actuchomage.org

Après les propos de Fillon prétendant que l’on travaillait beaucoup plus dans les autres pays qu’en France, Actuchômage rectifie les choses en montrant que l’on travaille en réalité moins ou autant qu’en France dans les pays cités.

Car il ne faut pas se fier aux apparences de la durée officielle des emplois à plein temps, mais voir quel est le nombre d’heures réellement travaillé, en tenant compte des emplois à temps partiel, parfois de très faible durée et en proportion beaucoup plus grande qu’en France.

Ainsi, les Britanniques ne travaillent pas 33% de plus que nous mais 11,8% de moins que nous sur la semaine et 10,6 % de moins sur l’année … les Danois ne travaillent pas 27% de plus que les Français, mais 5,5% de moins … les Espagnols ne travaillent pas 20% de plus que nous, mais 4% de moins …

En France, la durée réelle du travail n’est pas 35 heures par semaine mais 39 heures pour l’emploi à temps complet, ou de 36,3 heures en moyenne pour l’ensemble des emplois (temps complet et temps partiel). En effet, la durée moyenne des emplois à temps partiel est de 23,2 heures et ceux-ci représentent 17,2% de l’emploi total (contre 25,5% en Angleterre).

Voir cet article Les Français sont-ils paresseux ? qui renvoie à des dossiers bien documentés et à des sources officielles.

En neuf ans le nombre réel de chômeurs n’a pas baissé en France
visiteur | 28 septembre 2006 | Le chômage réel en France : 1996 et 2005

En neuf ans le nombre réel de chômeurs n’a pas baissé en France

En neuf ans, de 1996 à 2005, le chômage apparent (chômage officiel) a diminué de 21% en passant de 3.062.980 à 2.419.600 inscrits en catégorie 1 Anpe (chômage officiel). En fait, le chômage réel des diverses catégories de chômeurs et des chômeurs en partie ou en totalité dissimulés à travers différents dispositifs, calculé en équivalent « temps plein », a un peu augmenté, passant de 5.745.310 à 5.848.550.

Cependant, la population active, occupée (ayant un emploi) ou non (chômeur inscrit), est passée de 25.591.000 (1996) à 27.637.000 (2005), au sens du BIT et de l’INSEE. Cette population active doit toutefois être corrigée en réintégrant les personnes qui en sont artificiellement exclues : les dispensés de recherche d’emploi, celles en préretraites entières et les chômeurs en stage. La population active corrigée devient 26.070.000 en 1996 (+479.000) et 28.132.000 en 2005 (+495.000).

Le taux de chômage apparent (officiel) est de 11,96 % en 1996 et de 8,75 % en 2005, en prenant la moyenne annuelle de la catégorie 1 de l’ANPE.

Le taux de chômage réel est :
- 16,97 % en 1996 et 14,54 % en 2005 sans tenir compte de l’équivalence chômage des emplois à temps partiel
- 22,04 % en 1996 et 20,79 % en 2005 en tenant compte de ce chômage partiel de fait.

Un progrès bien faible en neuf ans et tout relatif, car si la population active continue d’augmenter, le rythme de cette augmentation s’est beaucoup ralenti au cours des dernières années. Reste à savoir la part prise par les chômeurs découragés, disparus des statistiques, dans cette diminution de la population active.

Ne croyez pas pour autant à une situation réelle plus enviable dans les autres pays en Europe ou dans d’autres régions du monde. Bien souvent, un taux de chômage officiel autour de 5 %, même estampillé Ocde ou Eurostats, cache un taux effectif du chômage compris entre 10 et 20 %. Et bien souvent, la proportion d’emplois à temps partiel est plus importante qu’en France avec un nombre d’heures plus faible (Pays-Bas, Royaume-Uni … ).

Voir : Le chômage réel en France : 1996 et 2005

http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel_1996_2005.htm

- 

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |