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CQFD N°037


LE VIN MONTE À LA TÊTE DES AFFAIRISTES, MAIS ILS FINIRONT DANS LA CUVE

DU GROS ROUGE QUI FÂCHE

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Anatole Istria.

Enjeu commercial dès l’Antiquité, il eût été surprenant que le vin échappe au rouleau compresseur de la mondialisation. Entre standardisation, starification, pipolisation et sacrifice du vigneron sur l’autel de la rationalité libérale, il y a franchement de quoi virer vinaigre.

IL Y A TROIS ANS, le film-documentaire Mondovino, de Jonathan Nossiter (300 000 entrées) mettait en lumière les agents les plus spectaculaires de l’uniformisation du vin. On y voit à l’oeuvre l’adipeux Michel Rolland, superstar de l’oenologie, s’affairer sur son téléphone portable, visiter ses laboratoires, micro-oxygéniser ici, donner ses avis décisifs là, auprès d’environ mille producteurs, de l’Afrique du Sud à l’Argentine (Alta Vista, Mondavi, Franciscan, Château Megyer…). Entre deux ricanements auto-complaisants, le « flying winemaker » (c’est le titre dont il s’honore) se vante de pouvoir « faire du Pommerol au Japon  » et fourgue ses « indispensables » interventions (micro-oxygénisation, levures aromatisantes, mise en barriques de chêne neuf) avec une faconde de bonimenteur. « Gling-gling  » fait le terroir-caisse.

De l’autre côté de l’Atlantique, l’incontournable critique du vin Robert Parker savoure son pouvoir d’influence en compagnie d’un chien qui pète. Par un système de notes appuyé sur sa subjectivité gustative (préférence pour les bordeaux, le Pommerol, les vins boisés, le goût vanillé), il distribue ses bonnes grâces et oriente la compétitivité… Et de justifier ses diktats par la logique démocratique de sa démarche : n’importe quel petit producteur qui s’aligne sur ses critères peut réussir et damner le pion au séculaire domaine d’à côté. Même si, au final, cela favorise encore et toujours les mêmes barons de robe et/ou de finance. Comme dirait l’homme de la rue, c’est surtout une histoire de gros sous…

Dans cet univers impitoyable et démesuré où sévissent Rolland et Parker, les deux font bien la paire. Le premier sait comment usiner du vin qui va plaire au second et, par extension, à la terre entière. Passé au moule du savoir-faire de ces faiseurs de haute vinasse, le vin devient un produit standardisé, ce qui n’est pas sans conséquence sur les terroirs et sur les mentalités des viticulteurs (cf. « La Parkérisation du monde du vin  »). Pour autant, Georges, consultant-caviste pour CQFD, se veut plutôt rassurant. Selon lui, le « bluff Parker » est derrière nous et aura surtout touché les vins de Bordeaux. Et puis, « ça aura eu son bon côté : la contre-parkérisation. Les cavistes ont un rôle pédagogique à jouer, en faisant le choix de la qualité. On veut être la vitrine des paysans qui font du bon boulot. Et il y en a de plus en plus.  »

En réalité, l’enjeu dépasse sans doute celui d’un duel entre vin « parkerisé » aligné sur des méthodes marketing agressives et le vin qualité bio ou naturel à l’usage des bobos au larfeuille bien garni. La complicité du mercantilisme et du lobby antialcoolique, sous la houlette de l’Union européenne, parachève la destruction du monde viticole traditionnel. Un processus largement entamé. Dans le Languedoc, les décisions européennes ont d’abord poussé les viticulteurs au productivisme et au monocépage, puis à l’arrachage, puis…, sous la menace de voir sucrées leurs subventions, on les incite à faire de la qualité…, sur des vignobles sinistrés. Bien des viticulteurs se font ainsi balader et désespèrent de pouvoir un jour finir de payer le crédit du 4x4.

La Confédération paysanne, dans une brochure intitulée « Les Frontières du vin » (juin 2006), dresse les enjeux immédiats du monde viticole : « Au “laisser-faire” des conditions de production (course au rendement, irrigation, fumure, abondance des pesticides…) il faut substituer des limites : respect de la terre, santé des Hommes et développement vital d’emplois paysans.  » Dans l’entretien « JE ME PERÇOIS COMME UN RÉSISTANT », un vigneron du Sud-Est s’oppose en pratique au funeste destin du vin par sa façon de produire autrement, à une échelle humaine, avec des moyens non industriels. Pour le vin comme pour chaque alchimie, tout est dans la façon.

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006






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DU GROS ROUGE QUI FÂCHE
Bordeaux 1er | 1er octobre 2006 |
Excellent article. Toutefois, quelques liens internet sur la production du « Résistant Vigneron (inconnu) du sud-est » manquent cruellement (ou au moins sur d’autres producteurs comme lui, respectueux du système digestif de leurs clients). Pour ne plus acheter son vin contaminé chez Auffour, encore faut-il savoir où le trouver, ce bon vin made in France. Etant donné que le bio n’est donc pas complètement propre non plus… Alors, comment fais-je moi pour faire travailler cet homme-là ???
 

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