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CQFD N°037


OAXACA EN LUCHA LIBRE

« LE VIEUX RÉGIME EST MORT »

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Gustavo Esteva.

Gustavo Esteva est « un intellectuel déprofessionnalisé qui, depuis trente ans, a associé sa vie à des groupes d’Indiens, de paysans et de marginaux urbains ». Il nous livre une analyse à chaud du soulèvement oaxaquénien.

TROIS LUTTES DÉMOCRATIQUES confluent dans la lutte qui se livre maintenant. Certains espèrent réformer la démocratie formelle, dont les vices sont bien connus à Oaxaca. Les gens en ont marre des tours de cochon et de la manipulation. Ceux qui utilisent encore la tranchée électorale la veulent propre. D’autres cherchent à enrichir la démocratie participative. En plus de la transparence et des comptes à rendre, ils veulent une plus grande participation dans la gestion du gouvernement, avec des instruments tels que l’initiative populaire, le référendum et le budget participatif. Enfin, un nombre surprenant de groupes approfondit la démocratie autonome. Ici, les gens exercent leurs propres formes de gouvernement dans quatre municipalités sur cinq. Ils l’ont toujours fait, à rebrousse-poil des pouvoirs oppressifs de la Couronne espagnole ou de l’État mexicain. Bien que cette pratique soit reconnue par la loi depuis 1995, elle est maintenue sous pression et harcelée. Il s’agit maintenant d’inverser la situation : on va mettre sous pression et harceler le gouvernement de l’état et aussi le fédéral, en les soumettant au contrôle citoyen. On va amplifier l’exercice de l’autonomie, en passant du niveau communautaire et municipal à celui des regroupements de communes voisines, puis régional, pour que la gestion de tout l’état soit ancrée dans cette autonomie. Cela en appelle à l’imagination, mais se base surtout sur l’expérience accumulée de ces autonomies de fait et de droit. Les gens n’attendent pas l’inévitable départ d’Ulises Ruiz pour réaliser ces changements : ils les opèrent déjà dans les APPO communautaires, de quartier, municipales, régionales, sectorielles…

À Oaxaca, les pouvoirs « mal » constitués ont disparu, bien que le Sénat veuille l’ignorer. Des fonctionnaires fantômes se réunissent en secret dans des hôtels ou des maisons particulières ; ils ne peuvent se rendre dans leurs bureaux, fermés par l’APPO. La police ne sort que la nuit, pour lancer des raids meurtriers contre la population. Mais il n’y a pas de problème de gouvernabilité, car l’APPO fait preuve de surprenantes capacités de gouvernement, et les gens rejettent quotidiennement les séquelles autoritaires du vieux régime. On n’a pas encore pu organiser son enterrement, ce qui fait que toutes sortes de puanteurs émanent de ce cadavre sans sépulture. Mais il est bien mort. Liquidé dans la tête et dans le coeur de ceux qui le souffraient, sa coquille vide craque de toute part.

Il y a quelques jours, dans un quartier de Oaxaca, une fête chez des particuliers dégénère en bataille rangée. Fuyant la mêlée, un couple éméché sort dans la rue. « Il faudrait appeler la police », dit l’homme. « Tu es vraiment couillon, rétorque la femme, il n’y a plus de police.  » « C’est vrai, dit-il en se grattant la tête. Appelons l’APPO.  » « Petit branleur… », dit le caïd priiste du marché au boulanger en grève, « fais pas le malin ou je fous le feu à ton local. Ces emplacements sont à moi. Vous commandez peut-être chez vous, mais la rue est à moi ! » Et, entouré de ses sbires, il sort un pistolet. Mais le boulanger ne se dégonfle pas : « J’ai pas peur, derrière ce flingue se cache un lâche. » Et avant qu’ils ne puissent l’agresser, il se dégage et tire trois pétards en l’air, comme on a l’habitude de faire sur les barricades de l’APPO en cas d’alerte. Cette fois, ç’a été suffisant. Il ne s’agit pas de délires d’ivrogne ou de bravades individuelles. C’est un nouvel état des choses qui a de toute urgence besoin d’un nouveau cadre politique. Et on ne pourra le construire que sans ce gouverneur.

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006.
À lire également, les articles LE SUD MEXICAIN SE MET EN COMMUNE et CHRONOLOGIE D’UN FEU QUI COURT parus dans le même numéro.



HORS-SÉRIE
LA LIBRE COMMUNE D’OAXACA

L’Insomniaque éditeur, en complicité avec CQFD, des amis mexicains et des collectifs de solidarité ont publié un hors-série avec des chroniques de témoins directs, des analyses, une chronologie des événements et une riche icono.


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