Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°037
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°037


EN CABANE AU CANADA

LA CLÉ DES CHAMPS

Mis à jour le :15 septembre 2006. Auteur : Jacques Mesrine.


Dans un angle, il y avait une porte blindée avec serrure de sécurité à clef plate. Elle donnait dans une cour intérieure, close et entourée des bâtiments servant d’atelier. Elle était presque toujours sous le regard du contrôle. Il nous fallait trouver le moyen d’ouvrir cette porte et cela en fabriquant la clef. Si cette base se réalisait, il nous suffirait par la suite de créer une diversion en sens inverse de la porte pour attirer l’attention du contrôle ; s’introduire dans la cour ; monter sur les toits à l’aide d’un crochet et d’une corde, ramper sur les toits et nous laisser tomber près des clôtures, les sectionner et les franchir en évitant les rondes et patrouilles de gardes armés et escortés de chiens.

Il nous fallait pour cela réussir à se procurer l’empreinte de cette clef et tout le matériel. Le plus difficile serait d’éviter les contrôles et le passage de la machine à détecter le métal, car tout viendrait des ateliers et nous étions fouillés à chaque retour en cellule. De plus, les toits étaient plats et éclairés. Les quatre miradors les surplombaient. Même un chat ne serait pas passé inaperçu. Il y avait aussi le système d’alarme possible. Toutes ces difficultés ne nous rebutaient pas. Nous comptions sur un allié que l’automne nous fournirait : le brouillard. Nous nous mîmes à étudier tous les détails de notre projet. Nous avions cinq mois pour nous préparer. Il fut décidé de partir à quatre. C’est donc à quatre que nous basâmes toute notre attention sur la clef. Elle était devenue l’objectif numéro un. Nous avions remarqué qu’à chaque fois que l’on nous emmenait à la marche dans la cour intérieure la porte qui nous intéressait était ouverte sans l’intervention du poste de contrôle. Il n’y avait donc pas de système électrique signalant son ouverture. Ce détail nous encouragea. À chaque retour de promenade, le gardien se tenait devant la porte et comptait les détenus ; pendant tout ce temps, il gardait la clef à la main. Il nous fallait enregistrer les dents, les écarts, les hauteurs et les espaces de cette clef. Nous faisions exprès de nous tenir près de lui au moment du retour en cellule et laissions passer les autres. Nos yeux enregistraient tous les détails de cette clef. Parfois la situation était comique et je ne pouvais pas m’empêcher de sourire à Pierre d’un air de dire : « S’il savait, ce cave ! »

Il fut décidé que nous ferions chacun une ébauche sur papier, et cela à l’échelle réelle, pour procéder à la comparaison au moment où nous penserions avoir atteint la perfection. Il nous fallut deux mois pour que les quatre dessins de clef fussent prêts. Le jour arriva. Nous remîmes nos ébauches à Pierre. Son sourire nous fit plaisir à voir. « Regarde, Français… Regarde.
- Merde ! C’est trop beau. Au millimètre près, nous avons tous fait la même ! »
Nous nous félicitâmes, car le reste ne serait qu’une question de retouches. Pierre contacta des amis sûrs de l’atelier de métal, pour y obtenir deux morceaux de laiton ayant l’épaisseur et la hauteur de la clef. De notre côté, nous fabriquâmes en bois des reproductions de petites limes à métal que nous teintâmes à la mine de crayon. Nous y collâmes de la limaille de fer très fine pour donner le change. L’atelier de fer devait nous les échanger contre des vraies.

Article publié dans CQFD n° 37, septembre 2006 et extrait de L’Instinct de mort, récit autobiographique de Jacques Mesrine.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |