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CQFD N°038


LE BUDGET DE LA DDASS EN ÉTAT DE SIÈGE

DU PLOMB DANS L’AIDE

Mis à jour le :15 octobre 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Supprimer les pauvres plutôt que la pauvreté. Ils l’ont rêvé, Borloo le fait. Le sabordage de l’aide aux plus défavorisés va de pair avec la destruction des quartiers qui ont fait trembler l’autorité à l’automne 2005. Comme dit Borloo : « C’est dans les banlieues que se joue l’avenir de la France.  » L’avenir du maintien de l’ordre, s’entend.

CORINNE NE DÉCOLÈRE PAS : « Là où on enlève un travailleur social, on met deux vigiles. Où que tu ailles, à la Caf, à l’Anpe, aux Assedic, partout il y a des vigiles. On vit dans un monde de vigiles.  » Elle sait de quoi elle parle, elle travaille ou plutôt travaillait dans une des vingt-cinq associations des Bouches-du-Rhône qui accueillaient les personnes en grandes difficultés. Quelle que soit leur situation, bénéficiaires d’allocation chômage ou érémistes, radiés de l’Anpe, locataires menacés d’expulsion, foyers surendettés, primo-arrivants, demandeurs d’emploi découragés, préretraités, jeunes à la rue, SDF, individus en situation de détresse psychologique, handicapés…, c’était là qu’on les envoyait, dans le cadre de l’Appui social individualisé (Asi), mesure considérée comme périphérique à la question de l’emploi. Souvent, ceux qui posent problème dans les locaux des Assedic ou de la Caf par leur comportement agressif étaient dirigés là. Un chômeur ou un érémiste suivi par une « mesure Asi » était considéré comme « méritant », c’est-à-dire faisant des efforts pour se réinsérer, et avait des chances d’être momentanément oublié par l’appareil de contrôle des Assedic ou de la Caf. On était reçu et écouté. Pour un temps, l’obsession pathologique à dénicher un boulot inexistant était mise en sourdine. La personne pouvait bénéficier de conseil juridique en cas de conflit familial, d’information à propos d’un surendettement, des pistes pour trouver un logement… Elle n’était pas un dossier à traiter puis à classer, mais une personne respectée, avec les moyens du bord. « On avait un rapport humain avec des humains » précise Michelle, autre travailleuse sociale.

Le 30 juin 2006, la direction départementale des Affaires sociales des Bouches-du-Rhône casse d’une manière unilatérale la convention tri-annuelle (vieille de quatorze ans et qui courait jusqu’en décembre) assurant le financement de l’Asi. L’État a décidé de réduire de 16 % les budgets de la Ddass. À chaque direction départementale de choisir quel secteur fera les frais de cette coupe. Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont la mesure Asi et l’accompagnement des centres d’hébergement, le plan hivernal, l’accueil des prostitués qui vont en faire les frais. Plusieurs milliers de personnes en situation de grande précarité se voient d’un coup exclues de toute aide, entraînant par la même occasion la mise à pied de vingt-sept travailleurs sociaux.

Car le Plan Boorlo des banlieues est passé par-là. Les petits hommes politiques ont eu très peur, lors du soulèvement d’octobre et novembre 2005. Que les miséreux soient isolés n’est pas un problème, même si les médias se permettent quelques excursions suffisamment sordides pour nourrir un entrefilet ou un fait divers. Ce qui est préoccupant, c’est qu’ils aient encore l’énergie de se trouver un ennemi commun. Et que cet ennemi se révèle être l’État, cet ogre philanthropique, voilà qui est franchement désobligeant ! Isolés, les démunis ne posent que des difficultés secondaires à l’ordre social. Même mieux, il arrive qu’ils en rajoutent. « La masse des précaires est confrontée en direct, au jour le jour, aux difficultés. Le futur c’est le lendemain. Ils s’en prennent aux voisins et à plus pauvre qu’eux  » constate Corinne. Aujourd’hui, l’administration supprime les aides aux personnes que les diverses officines de placement considèrent comme d’inoffensifs déchets non recyclables. L’impératif de la précarité s’imposant partout, l’État aussi navigue à vue. Que les quartiers brûlent, et revoilà Boorlo, coiffé, sportif et sympa, encore tremblant des feux qui ont éclairé la banlieue, pontifiant sur l’état de délabrement de l’habitat, s’engageant à… etc, etc. Mais les budgets supprimés d’un côté et reconduits de l’autre poursuivent un même objectif : aggraver l’isolement des uns, planifier celui des autres. Des effets d’annonces et des coups de pub, il ne reste que la destruction des barres d’immeubles, histoire de disperser géographiquement les pauvres, de casser les liens, avec l’espoir d’une pacification qui a su si bien faire ses preuves partout ailleurs. Et encore et toujours, un an après, l’occupation policière des quartiers, les humiliations, l’intox médiatique. La guerre est là. L’offensive contre les populations doit se mener en terrain dégagé. Nulle embuscade à redouter, sinon quelques escarmouches. « Mais qu’est-ce qu’ils veulent faire des gens en difficulté, des pauvres et des précaires ? Les rendre furieux ? Les massacrer ? On a l’impression d’assister à une espèce d’épuration sociale sur toute une catégorie de la population  » s’indigne Corinne. Qui dira qu’elle exagère ?

Article publié dans CQFD n° 38, octobre 2006.






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