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CQFD N°038


VENTE DIRECTE

UN PAYS, DES PAYSANS

Mis à jour le :15 octobre 2006. Auteur : Nicolas Arraitz.

L’inauguration d’un point de vente collectif de produits agricoles dans la ZAC d’Istres (13) va permettre de comparer les diverses alternatives à la grande distribution. AMAP [1] ? Coopératives de distribution ? Épiceries solidaires ? Ou comment affamer les affameurs

C’ÉTAIT FATAL, on a eu droit aux grosses légumes et à leurs salades. Avec des gestes de parrain du mielleux, Jean-Noël Guerini, président du conseil général, est venu couper le ruban tricolore, entouré d’une équipe de seconds couteaux en costard à rayures. Les treize larrons à l’origine de la SICA-SARL [2] en auraient presque caché leurs mains calleuses sous le tee-shirt. Mais l’essentiel n’était pas là, ce 4 octobre. Après dix-huit mois de galère, voilà ouvert le premier point de vente collectif des Bouches-du- Rhône, « Pays’en direct », au beau milieu des Géant Casino, Lidl et autre Leader Price de la ZAC d’Istres. Pourquoi venir se fourrer là ? « Parce qu’on va les niquer !  » fanfaronne Guy Marigot, apiculteur et vendeur de CQFD. Éric Zembalia, maraîcher, est plus mesuré : « On s’installe là où vont les gens. On aurait pu faire ça dans une ferme mais nous n’aurions attiré que les convaincus.  » Comme les AMAP ? « Oui, on s’est associé pour pouvoir proposer une plus grande variété de produits : fruits et légumes, vin, viande, produits transformés, miel. Un paysan-boulanger apporte aussi des oeufs. Et un marin-pêcheur vient de nous rejoindre. » Mattia, maraîcher lui aussi : « Le système AMAP peut être contraignant. Les clients font l’avance sur la récolte, ils ont droit de regard sur tes comptes et sur ta production. Le paysan est seul, il doit diversifier sa production pour répondre aux attentes et remplir les paniers hebdomadaires. Un paysan travaillant avec une AMAP doit offrir quarante-cinq produits différents par an, en moyenne. C’est pas évident !  » L’intérêt de cette coopérative est de fédérer des producteurs pour faire vivre un « pays », pas seulement un paysan. Chaque associé donne un jour par semaine pour accueillir les acheteurs dans ce hangar frais repeint.

Jérôme Laplane, un maraîcher qui, sans être impliqué dans ce projet, est venu soutenir ses collègues, est, lui, content de son AMAP. « Avant, je faisais cinq marchés par semaine. Aujourd’hui, grâce aux familles qui viennent prendre leur panier tous les jeudis chez moi, je ne fais plus qu’un marché : c’est autant de temps de gagné.  » Mais ce rapport clients-paysan ne se détériore-t-il pas parfois en rapport employeurs-employé ? « J’ai entendu parler de gars qui se sont fait malmener, mais tout est question de dialogue. Et bien sûr, ne pas offrir le trio salade-carotte-patates toute l’année… Chez moi, ça roule. On s’entend bien, on organise des concerts, des repas. Et puis le point fort des AMAP, c’est que les clients sont solidaires de la ferme : en cas de sécheresse, par exemple, tu n’es pas à la rue. Les SICA ne disposent pas de ce fusible. On pourrait imaginer une formule hybride, une SICA avec un système de paniers prépayés. »

Revenons au point de vente : tous les produits sont-ils bio ? « Non, pas tous, précise Éric. Obtenir l’appellation bio et la conserver coûte cher, ce qui se répercute sur les prix et fait fuir la clientèle populaire : celle que nous visons en nous installant ici. Par contre, nous avons un cahier des charges à respecter. Une éthique dans la production, et aussi dans le respect de la main-d’oeuvre. De toute façon, certains agriculteurs ont abandonné le label AB tout en produisant sans engrais chimique, avec parfois plus de rigueur que l’agriculture bio intensive… » Yves Malbosc, de la Conf’ paysanne : « S’installer au milieu d’une zone d’hypermarchés, c’est leur montrer que les paysans ne seront pas éternellement à genoux devant eux, puisqu’ils peuvent s’unir et vendre à des prix rémunérateurs, grâce à des circuits courts de commercialisation.  » Et ces parpanias ne sont pas à court d’idées : ils demandent aux huiles présentes ce jour-là de se mouiller en mettant à disposition des hangars industriels abandonnés, pour y installer des épiceries solidaires. « L’idée est de se rapprocher des quartiers pauvres et de proposer nos produits directement, sans passer par le racket des hypermarchés. Si Carrefour nous achète la laitue à dix centimes et la revend à quatre-vingts, nous allons nous installer à côté et proposer la même laitue à quarante centimes. Moitié prix pour le client, et pour nous quatre fois plus que le prix de gros.  » Tremblez, requins de la grande distribution !

Article publié dans CQFD n° 38, octobre 2006.


[1] Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne.

[2] Société d’Intérêt Collectif Agricole-SARL





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