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CQFD N°038


LE GÉNIE FRANÇAIS SE COUVRE DE GLOIRE

LES CHARLOTS EN FINLANDE

Mis à jour le :15 octobre 2006. Auteur : Mathieu Bouchard.

Areva, le champion français de l’atome, a accumulé un an de retard sur le chantier d’une centrale nucléaire « ultra-moderne » en Finlande : béton poreux, pièces défaillantes, dossiers mal ficelés… Un bide d’autant plus opportun que la France a besoin de la Finlande pour piller ses ressources en uranium.

ET DE DEUX ! APRÈS LA PLANTADE D’AIRBUS, qui envisagerait de se reconvertir dans la fabrication de planeurs en papier, c’est au tour du groupe Areva de dégringoler. Le 28 septembre, on pouvait lire sur le site Internet de Boursorama la délicieuse dépêche que voici : « Areva évolue à ses plus bas niveaux sur un mois après la publication de résultats semestriels en net recul. Le résultat opérationnel est ressorti en repli de 64,7 % à 115 millions d’euros, contre un consensus Reuters de 214 millions d’euros, du fait d’une provision sur le contrat OL3 en Finlande.  » Traduction pour les blaireaux non initiés à la poésie boursière : Areva encaisse cent millions d’euros de pertes à cause des ratés du « contrat OL3 », nom de code pour la centrale nucléaire EPR que le groupe français est en train d’échafauder dans la ville finlandaise d’Olkiluoto. Ouvert en février 2005, le chantier accuse déjà un an de retard - soit deux journées de perdues sur trois !

Ce fiasco est d’autant plus gratiné qu’il couronne un projet garanti « historique » : la construction du tout premier réacteur dit « de troisième génération » au monde, pour un coût de trois milliards d’euros. À l’instar de l’Airbus A380, dont le vol inaugural fit couler des larmes d’allégresse sur les bajoues des éditorialistes, le chantier d’Olkiluoto était, à ses débuts, l’occasion d’exalter le génie nucléaire français et de célébrer la franche camaraderie européenne, Areva s’étant allié sur ce coup avec l’Allemand Siemens. Mais le chantier du siècle a vite tourné au bac à sable. D’abord, on s’est rendu compte que le béton destiné à bâtir le socle du réacteur était poreux. Sans une vérification de dernière minute, on se serait retrouvé avec une centrale nucléaire aussi solide qu’un chalet de la Maurienne. Ensuite, il a fallu renvoyer à l’usine plusieurs pièces jugées défaillantes par les autorités de contrôle finlandaises. Celles-ci ont aussi renâclé sur les dossiers du constructeur, qui ne répondaient pas aux critères de sécurité. Moralité : une déculottée en place publique et un retard chiffré à cent millions. Et la douloureuse pourrait encore s’alourdir sous la cagade de l’« excellence franco-allemande ».

Heureusement, les médias ont jeté un voile pudique sur ce bilan calamiteux, si ce n’est pour en déplorer l’impact sur le portefeuille des actionnaires. Car si les prouesses d’Areva venaient à se savoir, elles pourraient rendre nerveux les habitants de Flamanville, dans la Manche, où la construction du prochain réacteur EPR est programmée pour 2007. Et, cette fois, pas de Finlandais pour lui infliger des contrôles tatillons. Propriété du Commissariat à l’énergie atomique, Areva (issu de la fusion entre Cogema et Framatome) sait pouvoir compter sur la mansuétude des instances de contrôle françaises.

En attendant, c’est bien la Finlande qui lui donne du souci. Pas seulement à cause du béton friable, des pièces bâclées et des dossiers mal ficelés, mais aussi parce qu’Areva a besoin de ce pays pour s’approvisionner en uranium. À rebours de ce que claironnent les farceurs du lobby nucléaire, « l’indépendance énergétique » attribuée à l’atome est un leurre : l’uranium qui sert de carburant aux centrales françaises - sept mille tonnes par an - est importé à 100 %. Du Niger et du Canada, principalement. Mais l’uranium, tout comme le pétrole, est une ressource qui s’épuise, d’où la nécessité d’aller draguer de nouveaux gisements. Justement, la Finlande en possède. Il y a quelques mois, Areva a obtenu du gouvernement finlandais une concession de cent dix-huit kilomètres carrés pour prospecter de l’uranium et du thorium (utilisé pour les réacteurs surgénérateurs de type Superphénix) dans la province d’Itä-Uusimaa, dans le sud du pays. Pas rassasiée pour autant, Areva convoite aussi des terres dans le nord, près d’Helsinki et en Laponie. Mais là, les autorités finlandaises hésitent. C’est que les populations locales, peu désireuses de voir leur habitat transformé en gruyère radioactif, font déjà monter la pression.

Il faut dire que les « normes de sécurité » à la française n’ont rien pour les rassurer. À Jouac, près de Limoges, la dernière mine d’uranium tricolore a contaminé les environs pendants trois décennies, notamment les plans d’eau. Depuis sa fermeture en 2001, les déchets ont pris le relais. Les chercheurs indépendants de la CRIIRAD dénonçaient en 2004 « le dispositif d’évaluation de l’impact radiologique actuel du stockage  » des déchets, « totalement inadapté et [qui] sous-estime de façon inacceptable les doses de radiation réellement subies par les riverains  ». Mais la mobilisation locale est restée lettre morte. Les plaintes déposées contre la Cogéma ont été classées sans suite et le législateur n’a pas voulu vexer les pollueurs. En janvier 2002, l’Assemblée nationale - époque gauche plurielle - prenait soin de retirer du projet de loi sur l’eau l’idée d’une redevance sur les contaminations radioactives. Les intérêts d’Areva sont mieux à l’abri que son uranium. Du moins en France. Peut-être en ira-t-il autrement en Finlande, quand le feuilleton burlesque d’Olkiluoto aura définitivement prouvé le prodigieux savoir-faire d’Areva.

Article publié dans CQFD n° 38, octobre 2006.






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