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CQFD N°038


LE PARI RISQUÉ DE LA NON-VIOLENCE URBAINE

QUAND LES « ÉMEUTIERS » S’ORGANISENT

Mis à jour le :15 octobre 2006. Auteur : Olivier Cyran.

Un an après les émeutes de novembre 2005, les « violences urbaines » font leur retour sur les planches. Rythmé par la cavalerie policière et médiatique, c’est toujours le même show qui tourne en boucle. Et pas question de bousculer les règles. À Dammarie-les-Lys, Faudel Ziani et Samir Baloubj l’ont appris à leurs dépens : substituer une action pacifique aux cocktails Molotov horripile la Flic Academy. Interview.

DANS UN VIEUX NAVET DE HOLLYWOOD, il y a ce type joué par Bill Murray qu’un sort facétieux condamne à revivre un par un les évènements de la veille. Chaque matin l’horloge reste obstinément bloquée à la journée du 2 février, provoquant la stupeur du héros et l’hilarité du public. L’actualité des banlieues semble obéir au même ressort scénaristique, le comique en moins. Un an après les émeutes de novembre 2005, les « évènements » aux Tarterêts et aux Mureaux confirment l’abolition du temps : toujours les mêmes harcèlements policiers déclenchant les mêmes éruptions vengeuses, toujours les mêmes « débats » à la télé convoquent la même stupeur, les mêmes experts, les mêmes appels morbides à amplifier le mal dont on prétend s’indigner. L’horloge reste bloquée sur de vieux fuseaux. Celui du 17 décembre 1997, par exemple. Ce soir-là, un jeune habitant de Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne) meurt d’une balle tirée dans la tête par un agent. Abdelkader Bouziane avait 16 ans et conduisait sans permis (lire CQFD n°17). Dans son quartier, la réaction est viscérale : voitures brûlées, cocktails Molotov, affrontements avec la police. Faudel Ziani et Samir Baloubj faisaient partie des émeutiers. Après un séjour en taule, ils décident de déverrouiller l’horloge et d’entamer un combat plus risqué : l’exigence de justice par une mobilisation collective auto-organisée. Brutalement réprimée, cette action hors des schémas rebattus laissera des traces profondes dans le quartier. Hasard ou conséquence ? En novembre 2005, la cité « chaude » de Dammarie-les-Lys reste calme, avec seulement un petit départ de feu à la mairie. Alors que l’agenda politique et médiatique reste calé sur la matinale des « violences urbaines », Faudel et Samir, devenus militants associatifs, racontent ce que peut être la vie après une émeute.

Faudel Ziani : Abdelkader Bouziane, on le connaissait bien, c’était comme un petit frère. Sa mort a été un choc d’autant plus terrible qu’on était harcelé par la police depuis notre plus jeune âge. La première fois que j’ai entendu parler de mon pays d’origine, c’est à travers les insultes des policiers. J’ai eu la nationalité française à 18 ans : combien de fois auparavant ma carte d’identité algérienne s’est retrouvée par terre ? « C’est quoi ça, c’est de la merde  », disaient les flics. Et chaque fois qu’on répliquait verbalement, on allait direct en garde à vue pour outrage et rébellion. Alors, en 1997, avec la mort d’Abdelkader, on a vu rouge. On nous a dit : n’agissez pas comme des sauvages, arrêtez de tout brûler, faites confiance en la justice. Mais au bout du compte, la mise en examen du policier tueur s’est conclue par un non-lieu. La seule confiance qu’on pouvait avoir, c’est en nous-mêmes. Après les émeutes, on s’est dit : on va pas lâcher l’affaire, maintenant il faut aider la famille, porter plainte, se mobiliser… Voilà comment s’est créé le « Comité justice pour Abdelkader ». On a commencé à discuter avec les gens, entre jeunes et moins jeunes. C’était comme une renaissance. Jusqu’aux émeutes de 1997, il y avait un fossé entre les générations. Depuis, tout le monde se parle comme dans un village et c’est ce qui explique peut-être pourquoi Dammarie n’a pas connu de violences en novembre 2005. Ici, les gens n’ont jamais renoncé, jamais oublié. L’autre point important, c’est que les personnes concernées ont commencé à prendre en charge leur propre histoire et à en être les principaux acteurs. Avant, il y en avait toujours pour parler en notre nom. Plus maintenant.

CQFD : Cinq ans après, la police fait deux nouvelles victimes à Dammarie. Cette fois, pourtant, il n’y a pas d’émeutes…

Faudel : Le 22 mai 2002, Xavier Dem est abattu par la police d’une balle dans la tête. Il venait de faire une crise de démence dans son jardin et agitait une carabine à air comprimé. Les policiers n’ont pas cherché à comprendre et ont fait un carton. Tout le monde connaissait Xavier comme un non-violent, la police le savait aussi puisqu’ils l’avaient conduit plusieurs fois à l’hôpital psychiatrique. Ils savaient que c’était de soins dont il avait besoin, pas d’une balle dans la tête. On est d’abord allé soutenir sa famille, pour lui dire de faire attention aux médias et lui proposer d’organiser une manif. Puis tout s’enchaîne très vite. Le jour de la mort de Xavier, Mohammed Berrichi,un ami à nous, s’embrouille avec des flics de la BAC. Le lendemain, il se fait poursuivre par cette même BAC et n’en revient pas vivant. Il était en scooter sans casque, c’est le prétexte qu’ils ont choisi pour le prendre en chasse. On ne saura jamais ce qui s’est passé ce jour-là, car on n’a pas de témoins. Nous, à l’époque, on avait déjà pris l’habitude de faire attention à ne jamais subir de contrôles isolés. Que tu sois à pied ou en voiture, il faut toujours s’arranger pour avoir des témoins en cas de problème. Tout le monde le sait dans les quartiers. Si t’as pas de témoin, t’es foutu.

Deux morts en vingt-quatre heures. Comment réagit le quartier ?

Faudel : Le soir-même, énormément de gens convergent vers le local de Bouge qui bouge. Tout le monde est sous le choc. Ensemble, on décide qu’il faut d’abord rétablir la vérité face aux articles de presse, parce qu’on connaît la musique, on sait d’avance qu’ils vont chercher à faire passer la victime pour un délinquant. Chacun sait ce qu’il doit faire : il y en a qui rédigent des communiqués, d’autres qui travaillent sur la mobilisation, etc. En même temps, cinq cents policiers s’installent à Dammarie. Tout est calme, et déjà on parle d’émeutes, de guérilla urbaine, de trucs de malades, comme si on avait des chars et des AK 47 dans nos caves. On part bloquer le commissariat pour demander qu’ils arrêtent leurs rondes et leurs insultes. Puis on va faire un rassemblement au ministère de la Justice pour réclamer l’ouverture d’une enquête. Sur le quartier, on fait un journal, on sort des tracts, on s’organise pour les distribuer partout, malgré le cordon policier.

Samir Baloubj : C’est un truc de fou : les trois quarts des flics du commissariat de Dammarie étaient sur le quivive pour nous empêcher de diffuser nos tracts ! Et pourtant il n’y a eu aucune violence de notre part. Par contre, on a organisé une manifestation pacifique qui a rassemblé huit cents personnes, avec les familles et des soutiens venus d’autres quartiers. Les jeunes ont été fiers de voir qu’une manif comme ça pouvait se dérouler chez eux, avec eux, décidée par eux. Ça aussi, ça explique pourquoi aucune voiture n’a cramé durant ces semaines- là. Il faut se souvenir que Chirac venait juste d’être réélu et que Sarkozy était en train de roder son show au ministère de l’Intérieur.

Comment s’est comportée la mairie ?

Le lendemain de la mort de Mohammed, le député-maire UMP de Dammarie, Jean-Claude Mignon, se pointe pour présenter ses condoléances à la famille, qui refuse de le recevoir. Personne n’a oublié les propos que Mignon avait tenus après la mort d’Abdelkader Bouziane pour prôner une répression accrue contre les mineurs. C’est un fan de la tolérance zéro, il se vante même d’avoir rencontré le chef de la police new-yorkaise. Donc Mignon se fait rembarrer et il prend ça très mal. Dans la presse, il accuse Bouge qui bouge d’avoir pris les Berrichi en otage, ce qui est d’autant plus crétin que l’association est présidée par le frère de la victime, Abdelkader Berrichi : la famille se prenait donc en otage elle-même ! Du jour au lendemain, Bouge qui bouge devient la bête noire de la mairie. Ses membres ne sont plus des citoyens mais des terroristes. Et ce, malgré le super boulot qu’ils ont fait depuis 1998 en apportant du soutien scolaire aux jeunes du Bas-Moulin. Les gars avaient tout fait tout seuls, ils avaient trouvé un local à vélos qu’ils ont retapé eux-mêmes pour en faire leur quartier général, à leurs frais. Même la mairie était contente. Et voilà que brusquement tout ce travail n’a plus aucune valeur.

La justice a-t-elle ouvert une enquête sur la mort de Xavier et de Mohammed ?

Faudel : Bien sûr que non. Ils ont fermé le rideau, comme d’habitude. C’était déjà le cas en décembre 1997 : deux jours après la mort d’Abdelkader Bouziane, le ministre de l’Intérieur Chevènement parlait déjà de légitime défense. Et c’est la même chose encore pour les deux gosses électrocutés à Clichy-sous-Bois en octobre 2005 : dans les vingt-quatre heures, le ministre de l’Intérieur Sarkozy expliquait que les policiers n’y étaient pour rien. S’il n’y avait pas eu le témoignage du survivant et les enregistrements radio des flics, on en serait resté encore une fois à la version des gentils représentants de la loi face aux méchants sauvageons. Or c’est les flics qui sont dangereux. Regarde la BAC : des cow-boys racistes qui veulent rejouer la guerre d’Algérie, tout le monde le sait, nous on subit ça depuis qu’on est gamins, mais ça reste tabou.

Samir : Le samedi qui a suivi la mort de Mohammed, les flics de Dammarie ont fêté ça au champagne. Véridique ! C’est un flic lui-même qui nous l’a dit.

Vous aviez un contact dans la police ?

Samir : C’était le nouveau commissaire de Dammarie, un ancien des RG plutôt porté sur le dialogue. Après la mort de Mohammed, il marchait aux cachetons. Il prenait ses ordres en haut et la situation le dépassait. C’est lui-même qui nous l’a avoué un jour, texto : « Je ne décide plus de rien, tout ce que je peux dire, c’est que mes supérieurs ont décidé de vous casser les reins.  » Les flics de son commissariat lui reprochaient de ne pas être assez ferme et ils ont fini par avoir sa peau. Du jour au lendemain il a été muté pour raisons médicales. On ne l’a plus jamais revu.

Il vous est arrivé de parler à d’autres policiers ?

Samir : Seulement dans un rapport de forces. Le lendemain de la mort de Mohammed, par exemple, on a fait une marche autour de la ville qui devait se terminer par des prises de parole sur la place du 8-Mai-1945. Mais arrivés sur place, on tombe nez à nez avec cent cinquante condés. L’un de nous s’approche d’eux et leur explique gentiment que la situation est inversée : pour une fois, c’est nous, les habitants du quartier, qui vous laissons dix minutes pour évacuer les lieux. Quoi qu’il arrive, nous, les jeunes et les parents, on va aller s’asseoir sur les gradins et prendre la parole. Finalement, les policiers ont fait demi-tour. C’était une vraie humiliation pour eux, et c’est ce qu’ils nous ont fait payer avec leur descente du 26 juin 2002.

Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ?

Samir : À l’aube, quatre cents policiers investissent le quartier avec les tireurs d’élite du RAID. C’est la première opération du « Groupement d’intervention régionale », le GIR, tout juste créé par Sarkozy. Ils bloquent toute la barre du Bas-Moulin, plus personne n’a le droit de sortir, les gens qui partent au boulot se font contrôler en chemin. Pareil pour les travailleurs de nuit qui rentraient chez eux, plaqués contre un mur, fouillés, brutalisés. On a vu un gamin de 13 ans se faire fracasser par les CRS. Le plus fou, c’est le prétexte qu’ils ont donné pour justifier leur raid : les banderoles accrochées sur l’immeuble de la famille Berrichi, où il y avait écrit « La BAC passe, les jeunes trépassent  », « Sarkozy assassin  »… Les syndicats policiers trouvaient ça insultant, il paraît. Dans le même temps, il s’agissait aussi de perquisitionner le local de Bouge qui bouge. Ils ont tout saccagé, ils ont même cassé la photocopieuse et emmené nos tracts. Puis ils ont muré le local avec des grosses portes en fer indéfonçables. La préfecture voulait nous casser, mais aussi faire peur aux gens pour qu’ils se retournent contre nous. Sauf que ça n’a pas marché. Ça faisait je ne sais combien d’années que les habitants du Bas-Moulin signaient des pétitions pour réclamer que leur barre soit entretenue. Eh bien, quand la préfecture a fait retirer les banderoles, elle a envoyé une entreprise pour faire des réparations, histoire de mettre une petite carotte derrière le bâton. Les familles nous ont dit : bravo, nous ça fait vingt ans qu’on réclame de l’entretien, et vous, vous obtenez ça en quelques jours, c’est bien la preuve qu’ils se foutent de nous ! Au bout du compte,la préfecture a obtenu le résultat inverse de celui qu’elle recherchait.

Elle a quand même réussi à vous virer du local…

Faudel : Oui, mais c’était un choix politique, pas une décision de justice. D’ailleurs c’est à nous que la justice a donné raison, puisqu’elle a condamné la préfecture à nous rendre les clés « dans les plus brefs délais  ». On a gagné sur toute la ligne. Sauf que vingt-quatre heures après le jugement, notre local a été miraculeusement détruit par un incendie… Là non plus on ne saura jamais ce qui s’est passé, mais on a notre idée. À qui profite le crime ? Pas à nous, pas aux habitants.

On ne cesse de dire aux jeunes qu’ils feraient mieux de s’organiser que de brûler des voitures. C’est ce que vous avez fait. Vous le regrettez aujourd’hui ?

Faudel : On ne regrette rien. C’est clair, les pouvoirs publics se foutent de nous. Retrouver des jeunes en train de vendre du shit ou de brûler des voitures, ça les arrange. Des jeunes qui s’organisent et qui sortent de leur quartier, c’est justement ce qui ne les arrange pas. Mais si ça les emmerde autant, c’est que quelque part on doit avoir raison.

Samir : Quand on cramait des bagnoles, on ne faisait pas vraiment peur. Mais lorsqu’on a commencé à utiliser des stylos et du papier, c’était comme si on était devenus des malfaiteurs de la pire espèce. En 1997, contre nos cocktails Molotov, ils ont envoyé les gendarmes mobiles et la police. En 2002, contre nos tracts, ils ont envoyé le GIR et le RAID. Ça résume tout. Alors, comme ils n’ont pas réussi à nous détruire, ils ont essayé de nous acheter. Après la mort de Mohammed, on a été reçu par une conseillère de Sarkozy. Devant nous, elle a appelé Borloo au téléphone et lui a dit : j’ai Bouge qui bouge dans mon bureau, je sais que c’est serré en ce moment, mais tu peux bien nous trouver une enveloppe… Pour couper court, je lui ai dit : est-ce que vous êtes prêts à condamner les policiers qui ont tué des jeunes dans les quartiers ? La réponse a été non. On a compris ce qu’ils voulaient : qu’on devienne leur petit SOS Racisme.

C’était mal vous calculer…

Samir : Oui et non. Leur piège, d’autres sont tombés dedans. On en connaît plein, des militants qui tenaient la route et qui ont quand même foncé dans le panneau. Tu te rappelles, Faudel ? Un an après la mort d’Abdelkader, Mignon nous a reçus dans son bureau pour parler de l’organisation d’un concert de Cheb Mami. Il m’a dit : Si vous travaillez sur ce concert en partenariat avec la mairie, sachez qu’on a une place pour vous… Il voulait que je mange dans sa gamelle. Je galérais à l’époque, je touchais le RMI, mon couple battait de l’aile, j’étais papa d’une petite fille : un plan boulot, ça ne pouvait pas tomber mieux. Sauf que non. Pour trouver du taf, t’as pas besoin de devenir collabo. À Dammarie, quelques-uns ont gagné un boulot après la mort d’Abdelkader : pour moi, c’est le salaire du mort.

Faudel : Je voudrais ajouter un truc. C’est pas parce que j’ai fait des erreurs que je dois fermer ma gueule. J’ai cru dans l’argent facile, j’ai perdu des années à glander en bas de chez moi, à faire croire aux gens que j’étais bien alors que dans ma tronche c’était plein de soucis, j’ai vendu du shit pour m’acheter des Adidas. Est-ce que ce n’est pas mon devoir aujourd’hui d’expliquer aux petits frères que c’est de la connerie ? On nous parle des caïds : il y en a quelques-uns, peut-être deux ou trois par quartier. Mais parmi tous les gens que j’ai fréquentés et qui ont vécu de cette économie souterraine, j’en connais pas un seul qui vive comme un pacha. On nous a traités de tous les noms ces dix dernières années, de sauvageons, de racailles, mais on n’a pas droit à la parole au prétexte qu’on a un casier judiciaire. Moi, j’ai bossé à Corbeil-Essonnes, j’étais gardien d’immeuble aux Tarterêts. Eh bien, le maire, il est entouré par les plus gros dealers de sa ville, ils se tiennent par la main. Et nous, on s’en prend plein la gueule justement parce qu’on refuse de marcher dans ces combines. En même temps, cette répression m’a fait un bien fou. Elle m’a poussé à sortir du confinement du quartier, à rencontrer plein de gens, dans tout le pays mais aussi autour de moi. J’ai la chance aujourd’hui de vivre une convivialité qui était celle de mes parents à l’époque où les gens vivaient encore ensemble. La politique municipale n’avait pas encore tout cassé. Le jour où Mignon est arrivé, il a effacé jusqu’au nom des quartiers. Le mien s’appelait « Martin-Luther-King », aujourd’hui il s’appelle « la Provence ». Et après on nous accuse de dégradations ! Actuellement, on nous prépare des destructions d’immeubles, alors que c’est surtout d’entretien et de rénovation que nous avons besoin. On est encore en train de nous bluffer. À Dammarie, ils veulent casser treize barres HLM où vivent des familles nombreuses issues pour la plupart de l’immigration. Or ces familles ne vont pas être relogées à Dammarie, elles devront quitter la ville, c’est écrit noir sur blanc dans les projets de la mairie. Elles ont payé des charges pendant trente ans pour vivre dans la merde, et aujourd’hui qu’on veut embellir le paysage, on leur dit de dégager. J’ai bien vu comment le système fonctionne quand j’étais gardien. Quand des familles précaires se présentaient pour un logement, je devais leur faire visiter les appartements les plus défoncés, tandis que les appartements rénovés restaient vides. C’est aussi comme ça que les quartiers sont gérés, en isolant les gens dans leur misère. C’est contre ça qu’il faut se battre. Moi, aujourd’hui, je connais tous mes voisins, je salue tous les habitants de mon quartier. Pour moi, c’est la plus belle des réussites.

Propos recueillis par Olivier Cyran (janvier 2006)

Article publié dans CQFD n° 38, octobre 2006.

A lire également l’ANTHOLOGIE DU RETOUR À LA PAIX CIVILE publiée dans le même numéro.






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QUAND LES « ÉMEUTIERS » S’ORGANISENT
| 8 novembre 2006 |
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