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CQFD N°038


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

RESTRUCTURATION : SAUVE QUI PEUT !

Mis à jour le :15 octobre 2006. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


ÇA Y EST, LE NOUVEAU PLAN de restructuration est en route. Encore un quart des collègues qui vont dégager. D’ici deux ans, on va se retrouver à trois cent quinze dans la boîte, alors qu’on était près de deux mille quand je suis arrivé. Il ne s’agit que de départs en préretraite, un moindre mal, vous verriez la tronche des premiers à partir ces jours-ci : le bonheur ! Un copain me dit : « Ça fait longtemps que j’ai pas vu quelqu’un quitter l’usine avec la larme à l’oeil.  » Cette fois, les quinze premiers partants ont la banane. Ils s’en vont parce que leur service est supprimé ou que la hiérarchie voulait s’en débarrasser. Ils ont entre 56 et 58 ans, pour eux c’est comme un cadeau, comme une avance d’autant mieux méritée que la perte de salaire n’est pas trop conséquente. Tout plutôt que de rester à l’usine.

C’est pour ceux et celles qui restent que c’est dur. Déjà, le premier atelier a été totalement arrêté et ceux qui y travaillent ont été dispatchés sur le reste du site. Toute l’usine est réorganisée. C’est un vrai capharnaüm, tout le monde ou presque doit changer de boulot et d’habitudes. C’est la valse des chefs : les plus jeunes cadres demandent leur mutation ou cherchent ailleurs si l’herbe est plus verte. Pour nous, le stress s’accroît et la charge de travail s’alourdit. Tout ce boulot supplémentaire, nous disent-ils, c’est parce que l’usine va tourner vachement mieux, elle va même faire des bénéfices ! On ne les croit même plus, on a connu trop de plans de restructuration. Les uns suivent les autres, comme une nouvelle façon de nous gérer et de nous arracher la paix sociale. Comment revendiquer dans une usine qui s’en va par petits bouts d’année en année ?

Nos patrons, affiliés à Total, ont annoncé la construction d’un nouvel atelier, peut-être même d’une autre unité, qui rendrait l’usine rentable à nouveau. Mais les salariés savent que c’est de la poudre aux yeux. Ces extensions seront rentabilisées en quelques mois et n’assureront pas l’avenir du site. Grâce à la vague des produits censés empêcher l’effet de serre, un marché juteux s’annonce, avec des produits qui ne coûtent quasiment rien à la fabrication mais rapportent bonbon à la vente. Et puis, combien d’usines a-t-on vues fermer avec des ateliers n’ayant jamais servi ?

Alors voilà, même si on en voit partir avec le sourire, ce plan, comme les précédents, est violent comme un direct au foie. Les prochains sur la liste savent que, pour la plupart, ils ne bénéficieront de la préretraite qu’au dernier moment, selon les besoins comptables des services et de l’usine. Et quand vous savez que vous devez partir, vous n’avez plus guère envie de rester. Rester, à quoi bon ? Des tensions se créent dans l’usine et ça ne va pas fort. Enfin, vu l’état des installations, il y en a plein qui se disent : « Vivement que ce soit mon tour de dégager. » Et si ce plan était le bon ? S’il permettait de garder l’usine en marche ? Ceux qui ont presque l’âge de partir voudraient être vieux de quelques années supplémentaires pour être bien assurés de mettre les bouts avant l’âge légal. Sauve qui peut : c’est l’état d’esprit à l’usine ce mois-ci.

Article publié dans CQFD n° 38, octobre 2006.






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