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CQFD N°039


LES VIEUX DOSSIERS D’ANATOLE

L’ORIENTAL DÉSORIENTÉ

Mis à jour le :15 novembre 2006. Auteur : Anatole Istria.


L’unité nationale israélienne sera-t-elle bientôt consolidée par l’épuration ethnique ? C’est ce que le nouveau vice-premier ministre Avigdor Lieberman semblait préconiser encore il y a peu avec le transfert forcé des Arabes israéliens (20 % du pays) vers les territoires palestiniens. Cela effacera-t-il pour autant le vice caché d’Israël : son « orientalité », puisque 50 % de la population est composée de Misrahim (juifs orientaux). Dans un article intitulé Le sionisme du point de vue de ses victimes juives (rééd. La fabrique, 2006), Ella Shohat revient sur la douloureuse implantation des Juifs originaires du Maghreb et du Moyen-Orient.

Le sionisme est un projet européen. Avant la seconde guerre mondiale et le génocide, les Juifs du monde arabe lui étaient étrangers voire hostiles. En 1948, après la confiscation des terres palestiniennes, il s’agit de remplacer la main-d’oeuvre et de booster la construction du pays. Dans les années 50, près de 750 000 Juifs misrahim émigrent en urgence en Israël sous la pression de violences antisionistes dans leurs pays d’origine, dont 260 000 Marocains et 130 000 Irakiens. L’Agence juive pousse à l’Aliya (retour vers la terre promise) des Juifs du monde entier. Toutefois, chez les Juifs arabes elle opère une sélection en écartant les vieux, les malades et les handicapés. L’accueil est plutôt glacial. Les arrivants sont parqués dans des camps de transfert, les Maabaroths, dont celui de Wadi Salib qui se soulève en 1959.

Il faut dire que les idéologues et les pionniers du sionisme n’ont que peu d’estime pour ces immigrants qui n’apportent ni capitaux ni modernité. « D’une manière générale, ils ne sont guère plus évolués que les Arabes, les nègres et les Berbères de leur pays. […] Ces Juifs ne sont pas enracinés dans le judaïsme, et ils vivent par ailleurs sous l’emprise absolue d’instincts sauvages et primitifs  » écrit un journaliste du prestigieux journal de gauche Haaretz en 1949. Cette verve raciste n’est ni nouvelle ni isolée, les milieux politiques et intellectuels ashkénazes craignent une contamination par « l’esprit du Levant  » de leur projet de faire d’Israël la « Suisse du Moyen-Orient  ».

Si les Misrahim participent au « développement fulgurant d’Israël » c’est en tant que main-d’oeuvre sous-payée. La discrimination ne s’arrête pas là, tout un pan de la culture misrahi ou sépharade est désorientalisé - idem pour les cultures de la diaspora, yiddish notamment, dissoutes dans le moule national. Outre le renoncement aux dialectes judéo-arabes et au ladino, le gommage systématique de toute référence arabe se retrouve dans l’éducation. Les enfants des Misrahim apprennent l’histoire de leurs « ancêtres des shtetls de Pologne et Russie  » comme les Algériens et les Sénégalais colonisés récitaient « nos ancêtres les Gaulois  ». Cette « haine de soi » institutionnalisée ne porte pas les Juifs orientaux à se solidariser avec les Palestiniens, au contraire. Le vote misrahi est réactionnaire en opposition au « libéralisme » des élites. Exception : l’influence des Panthères noires israéliennes dans les années 70, composées d’enfants d’immigrants arabo-juifs qui appelaient « à la destruction du régime et revendiquait les droits légitimes de tous les opprimés, sans distinction de religion, d’origine ou de nationalité.  »

Des esprits avisés objecteront qu’il faut rompre là avec la repentance et le retour du refoulé. D’ailleurs l’intégration n’est-elle pas en marche ? L’écart de salaire entre Juifs arabes et ashkénazes, même s’il est encore aujourd’hui de 36 %, tend à diminuer. Les vieux quartiers insalubres où s’entassaient les familles misrahim deviennent tendance et sont investis par les bobos. Et c’est un Juif marocain, le ministre de la Défense Amir Peretz, qui est parti sabre au clair défoncer le Sud-Liban…

Article publié dans CQFD n° 39, novembre 2006.






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