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CQFD N°039



DU VERNIS SUR VOTRE CV

Mis à jour le :15 novembre 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Convoqués dans un centre commercial, trois cents chômeurs marseillais sont tombés dans un traquenard tendu par une agence de « formation » liée à l’Anpe. CQFD s’était infiltré.

C’EST L’ANPE QUI ENVOIE. Plus de trois cents chômeurs marseillais ont trouvé une lettre les sommant d’ « acquérir de nouvelles compétences et de nouveaux profils  » dans leur boîte début octobre. Comme toujours, elle est rédigée sur le ton comminatoire de la convocation. Ces « cadres en mutation », comme les surnomme flatteusement l’Anpe, sont priés de se rendre dans un bâtiment du centre commercial de Bonneveine pour une journée d’information-formation concernant « un secteur à forte croissance d’emplois  », expression synonyme des « métiers en tension  », c’est-à-dire des boulots dont personne ne veut. La missive précise qu’il s’agit du « secteur de la maîtrise des déchets  ». L’incinérateur de Fos et le réacteur à fusion nucléaire de Cadarache dégageraient-ils déjà leurs effluves nauséabonds ?. La formation est assurée par le Clidep, un organisme financé par les Assedic. En milieu de page, il est indiqué que cette formation est « qualifiante » mais « pas diplômante », comme le précisera plus tard, en direct et à l’oral, le responsable de la boîte. En bas et en caractères gras, l’incontournable menace : « En cas d’absence justifiée, merci de renvoyer cette lettre à l’Anpe chargée de votre suivi.  » Traduction : obligation de présence sous peine de radiation.

À 9h30, dans la salle, dès la première des dix réunions qui vont s’enchaîner pendant trois jours à raison d’une trentaine de chômeurs par séance, le type de l’Anpe se tord les doigts : « Je voudrais d’abord m’excuser. La lettre que vous avez reçue n’a aucun rapport avec les obligations de recherche d’emploi. Vous n’étiez pas obligé de venir. Elle était mal tournée.  » Il n’ira pas jusqu’à qualifier d’usage de faux l’en-tête Anpe, organisme d’État, à des fins privées, celles d’une entreprise qui se goinfre sur le dos des Assedic, donc des chômeurs et des salariés. Mais l’embarras du gars fait plaisir à voir : « D’autre part, on s’est trompé : seuls les demandeurs d’emplois indemnisés ont droit à cette formation. Je demande donc à ceux qui sont en fin de droits ou qui ne reçoivent pas d’indemnités de quitter la salle. Avec toutes nos excuses…  » Brouhaha. Les convoqués pour rien quittent la salle en maugréant. Devant un public épuré, le responsable du Clidep avoue : « Participer à cette formation ne va pas vous garantir un emploi. C’est destiné à mettre du vernis sur votre CV et à vous maintenir dans une dynamique de recherche d’emploi.  » C’était donc ça : on est là pour se faire manucurer le CV et repartir au front les mains propres.

Le formateur ajoute qu’il lui faut « seize stagiaires pour commencer la formation  ». Traduction : en deçà de ce contingent, le Clidep ne pourra prétendre à la mane des Assedic. Alors il faut vendre : « Nous avons des exigences de résultats. Il faut que cette formation permette à 78 % des stagiaires de retrouver un emploi [limpide fumisterie quand on sait qu’en moyenne la durée d’attente pour un chômeur Bac+2 est de six mois]. Et ce retour vers l’emploi doit résulter de votre dynamique derecherche.  » À noter que le stage se divisera en 581 heures d’« enseignement » suivies de 420 heures de corvée en entreprise, tout bénefs pour les employeurs puisque la main d’oeuvre est rémunérée sur ses propres allocs chômage. À côté, le CNE est un Eden de la sécurité de l’emploi.

Enfin,la lumière s’éteint et les murs s’illuminent de diaporamas, courbes et statistiques, images colorées et schémas camembéresques. La somnolence de l’auditoire est régulièrement réprimée d’un « Surtout, sachez bien qu’on ne va pas vous trouver du travail, c’est à vous de vous bouger  ». Cerise sur le gâteau : « On a constaté que lors de ces stages, les gens réapprennent à s’entraider, font corps, etc.  » Ne manquent que le développement durable, le partage des connaissances et la démocratie participative pour rendre cette mascarade définitivement moderne. À un jet de pierre de là, la plus belle calanque de Marseille. Notre chômeur « en mutation » a tout prévu : panier, sandwich et boisson, matelas et serviette, verres fumés et bouquin. Cette année, l’été indien n’en finit pas. « On ira où tu voudras quand tu voudras…  » Mais de préférence sans les charognards du chômage.

Article publié dans CQFD n° 39, novembre 2006.

À lire également, les articles SALAUDS DE CHÔMEURS ! et ANTHOLOGIE DE LA CHASSE AUX CHÔMEURS parus dans le même numéro.






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