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CQFD N°010


Un marché ouvert à l’arme lourde

L’eldorado irakien

Mis à jour le :15 mars 2004. Auteur : François Maliet.

Les attentats à répétition n’entament pas le joyeux dynamisme des investisseurs engagés dans la « reconstruction » de l’Irak et le prochain dépeçage de ses services publics. Les privatisations n’ont pas commencé que tout le monde en profite déjà : même les Français…

Sonnez hautbois, résonnez trompettes ! Le 17 février, le français Alcatel annonçait l’ouverture officielle du premier réseau de téléphones portables dans le centre de l’Irak, Bagdad incluse. Le groupe de Serge Tchuruk a pu récupérer le marché en s’acoquinant en septembre dernier avec l’opérateur égyptien Orascom Telecom, très présent au Proche Orient. Le montant de la transaction n’a pas été précisé. Ironie du sort, un groupe polonais perdait au même moment un contrat d’équipement de l’armée irakienne au bénéfice d’un concurrent américain. Après protestation de Varsovie, le contrat a été provisoirement suspendu. Mais la pilule est amère pour ce fidèle allié de Washington, qui a joué avec ferveur la cinquième roue du carrosse d’occupation. Les Etats-Unis avaient pourtant fait les gros yeux aux lâches pacifistes, français notamment : qui ne participera pas à la « libération » du peuple irakien ne profitera pas du merveilleux marché de la reconstruction. Mais l’empereur est bon prince, surtout quand les affaires sont juteuses. Car il va sans dire que les entreprises américaines se sont taillées la part du lion dans ce nouveau marché ouvert à l’arme lourde : la remise en place du réseau électrique, la gestion de l’eau, la construction d’écoles et d’autres services publics ont été attribuées au géant US Bechtel Corporation. La société Development Alternatives Inc. a mis la main sur la réorganisation de l’agriculture, tandis que Creative Associates se charge de réformer l’éducation et de mettre en place les programmes scolaires. Halliburton, multinationale présidée jusqu’en 2001 par Dick Cheney, l’actuel vice-président des Etats-Unis, a engrangé pour sa part 8 milliards de contrats via sa filiale Kellog Brown & Root, pour la remise en état des infrastructures pétrolières et l’appui logistique des troupes américaines (voir CQFD n°zéro).

Au bout du compte cependant, peu importe la nationalité des boîtes impliquées dans la grande braderie irakienne. Les manifestants anti-guerre d’il y a un an dénonçaient une invasion « pour le pétrole ». Or l’objectif était bien plus vaste : c’est le pays tout entier que la chute du tyran Saddam a ouvert aux entreprises en mal de marchés. Se positionner sur les programmes de reconstruction et de réhabilitation permet d’encaisser de la fraîche, mais surtout d’être aux premières loges quand les privatisations seront effectives. Selon Cliff Mumm, directeur du « Projet Irak » de Bechtel, cité dans le New York Times du 22 février, il faudra « cinq à dix ans avant que tout soit opérationnel ». En attendant, pas question d’abandonner la place et les dividendes mirobolants qu’elle laisse espérer. Le passif de Bechtel laisse présager le pire puisqu’elle est un acteur de premier plan dans le domaine de la privatisation des systèmes de fourniture d’eau et qu’elle a une revanche à prendre : en 2000, le gouvernement bolivien lui cédait la distribution de l’eau dans la ville de Cochabamba. Mais sous la pression populaire, Bechtel a dû plier bagage et la gestion de l’eau a été renationalisée. Ne reste plus qu’à éliminer les derniers obstacles. En septembre 2003, Paul Bremer, responsable de l’autorité provisoire de la coalition, a défini les règles d’acquisition en Irak. Son décret 39 prévoit l’ouverture de la majorité de l’économie irakienne aux capitaux à 100 % étrangers. Ce qui lui a permis, dans la foulée, d’annoncer la privatisation de deux cents entreprises d’Etat irakiennes… avant de se rétracter discrètement. En effet, selon le droit international, notamment la convention de Genève, les privatisations lancées par l’autorité provisoire pourraient être annulées par le futur gouvernement « souverain » d’Irak, au risque d’exaspérer les entrepreneurs. Conséquence : pour l’heure, aucun assureur américain ne souhaite assurer les investisseurs contre les risques « politiques » qu’ils prennent en Irak, en particulier dans l’hypothèse d’une renationalisation. Mais Bremer a trouvé la parade. C’est Naomi Klein, l’auteur de No Logo, qui la relate dans un numéro de janvier de The Nation : l’OPIC, un organisme gouvernemental américain dont l’objectif « n’est pas de faire des bénéfices » mais de « soutenir la politique étrangère des Etats-Unis », comme l’affirme son vice-président, accepte de bonne grâce d’assurer les entreprises qui voudront bien s’accaparer les services publics irakiens… Une façon à peine détournée de subventionner le pillage du pays. Quant aux risques politiques, il faut somme toute les relativiser : il est peu vraisemblable que la bannière étoilée laissera s’installer à Bagdad une commune libre et autogérée. Les perspectives sont d’autant plus alléchantes que la main d’œuvre est inépuisable. En attendant le développement des boîtes d’intérim, la population entière cherche du boulot. Actuellement, les autorités provisoires irakiennes estiment à 70 % le taux de chômage, bien loin des 20 à 30 % officiellement déclarés par l’occupant. Et les liquidations ne vont pas arranger pas la situation. A l’automne 2003, le manager de la raffinerie Al Daura expliquait à des syndicalistes américains : « Ici, dans l’ancien système, quand on avait un boulot, c’était pour la vie et il n’y avait pas de loi permettant de licencier. Mais si la raffinerie est privatisée, j’aurai à licencier 1 500 salariés, soit la moitié de l’effectif. Et il n’existe pas ici d’assurance chômage… Si je les licencie, je les tue, eux et leur famille. » C’est très exagéré : pour le moment, les secteurs liés aux ressources naturelles ne peuvent être mis en vente. Pour le moment…

François Maliet

Publié dans CQFD n°10, mars 2004.






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L’eldorado irakien
EVHEE | 24 juillet 2008 |

chercher extraits de Naomi Klein :Bagdad, année 0

le 9 avril 2003 : chute de Bagdad le 2 mai 2003 :invasion de l’Iraq Résolution 1483 du Conseil de Sécurité des Nations Unies passée en mai 2003 : a reconnu LES ETATS UNIS ET LA GRANDE BRETAGNE OCCUPANTS LEGITIMES DE L’IRAQ…sauf qu’il est stipulé « respecterentièrement leurs obligations sous la législation internationale incluant, en particulier, les Conventions de Genève de 1945 et les Régulations de la Haye de 1907 »Les conventions stipulent que l’occupant doit respecter les lois existantesdu pays à moins d’en etre « empéché » ;elles spécifient aussi qu’un occupant NE POSSEDE PAS « les batiments publics, l’immobilier, les forets, et les batiments agricoles »du pays qu’il occupe mais en est plutot « l’administrateur »et le gardien, en assurant la sécurité jusqu’à ce que la souveraineté soit établie. Puisque l’Amérique et la Grande Bretagne ne possédaient PAS les biens Irakiens,elle ne pouvait PAS les vendre légalement !!!les investissements consentis sous la direction de Bremer pouvaient laisser les firmes sans recours parceque ces investissements avaient violé la loi internationale DES LE DEBUT ! des avocats d’affaires vers le mois de novembre se mirent à conseiller à leurs clients de ne pas aller encore en IraqIls convainquèrent les compagnies d’assurances qui n’acceptèrent pas d’assurer les investisseurs contre les « risques politiques »… Tout ce beau monde devait attendre QU’IL Y AIT UN GOUVERNEMENT IRAKIEN !!!!…………. Le livre de Naomi Klein est tout simplement génial,Elle explique la stratégie utilisée pour la main basse totale des prédateurs sur ce pays, « l’Iraq est un énorme pot de miel qui attire plein de mouches » : Mac Cain,« une ruée vers l’or californienne moderne »:CheneyIl faut savoir, qu’avant d’etre envahie, l’économie de l’Iraq non connectée au pétrole était dominée par 200sociétés appartenant à l’état qui produisait TOUT :du ciment au papier, aux lave_vaisselle………A LIRE ABSOLUMENT A +

> L’eldorado irakien
benflasherbzh | 26 juillet 2005 |
Ben quand les Français rammasseront des bombes ou des avions sur la tour eiffel ou la tour monparnasse, ils n’auront, encore que leurs larmes pour pleurer. Eddy, Quimper
 

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