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CQFD N°039


MA CABANE PAS AU CANADA

ZONE DE GRATUITÉ

Mis à jour le :15 novembre 2006. Auteur : Gilles Lucas.

Amener de la bouffe, puis des vêtements, des livres et que chacun se serve sans débourser une thune ! Cette expérience venue initialement des squats tenterait-elle de sauter les murs et de s’essayer dans des lieux inattendus ? À la fac de Nancy, une équipe d’étudiants a développé l’idée.

Les dimanches où ils n’ont pas de voiture, ils empruntent au supermarché voisin quelques Caddies et filent en direction des marchés du Haut-du-Lièvre et de Vandoeuvre, dans la banlieue de Nancy. C’est en novembre 2005 que cette équipe d’étudiants de la fac de lettre a commencé à y récupérer les invendus des primeurs. Au début, ils disaient aux commerçants que cette collecte était destinée « aux étudiants précaires et sans revenus ». En fait, ils avaient plusieurs idées en tête. « On consomme nos cours comme on consomme des sandwichs. On les bouffe et on s’en va !  » avait dit l’un d’entre eux. Alors, avec leur goût pour l’autogestion et la gratuité, ils ont décidé de rassembler au centre de leur fac les produits récoltés sur les marchés et de les mettre à la libre disposition de tous, de créer une « zone de gratuité ». Cette idée venue des squats (cf. [CQFD n°23->650), ils ont tenté de l’appliquer et se sont installés à l’endroit le plus passant, devant la cafétéria. Les cagettes de fruits et de légumes posées sur le sol, la petite équipe annonce que tout le monde peut se servir. En précisant bien qu’il ne s’agit pas de troc, qu’il n’y a aucune contrepartie et que se servir n’engage à rien. « On n’est pas les Restos du coeur, on ne fait pas dans le caritatif  », insistent-ils. Ils préfèrent parler « d’abolition des lois du marché  »… Dans les premiers temps un grand nombre d’étudiants n’ose approcher. Certains expliquent leur réticence en affirmant qu’ils « ne sont pas des mendiants  ». Mais la régularité et l’insistance des initiateurs de la « zone de gratuité » réussissent à susciter la curiosité.

Les marchands du Haut-de-Lièvre et de Vandoeuvre commencent à connaître ces habitués du dimanche et mettent de côté quelques denrées de meilleure qualité. Au printemps, le mouvement dit anti-CPE est l’occasion de développer l’initiative. Les participants à la « zone de gratuité » créent une cuisine collective, les allers et retours sur les marchés environnants se multiplient. L’occupation de la fac dure cinq semaines. « Un vrai régal  » dit Étienne. « On dormait, on bouffait, on discutait sans arrêt, on vivait ensemble dans la fac. Et puis, on faisait des barricades, on allait bloquer les routes et les boîtes, on tractait à la sortie des usines, on rencontrait des salariés.  » La cuisine collective et la « zone de gratuité » sont dorénavant connues de tous. Quand le mouvement s’éteint, malgré l’épuisement et la déception des participants, la « zone de gratuité » est maintenue. Un jour, un étudiant apporte des vêtements. L’idée fait des émules : des cartons de fringues s’alignent près des victuailles. Puis du pain, des bouquins… À chacun d’amener ce qu’il souhaite et de se servir selon ses goûts et ses besoins. L’administration de la fac commence à se plaindre - « Il s’agit là d’une concurrence avec le CROUS  » - et refuse de prêter des tables et des chaises. Certains membres de l ’ UNEF, exsangue depuis le mouvement du printemps, préfèrent démagogiquement affirmer : « Les anars distribuent des fruits pourris aux étudiants. » Ces syndicalistes parlent en connaisseurs, c’est vrai qu’il y a quelque chose de pourri dans les facs. Mais ce n’est sûrement pas cette expérience de gratuité.

Article publié dans CQFD n° 39, novembre 2006.






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