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CQFD N°040



TOTAL RURAL

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : La Rédaction.


Il y a vingt ans, les agriculteurs étaient deux millions en France. Aujourd’hui, il faut diviser par quatre. Où en est la paysannerie aujourd’hui ? Sans prétendre être exhaustif sur le sujet, CQFD s’est attelé à la tâche et nous voilà avec ce numéro spécial fleurant bon le terroir et le maroilles artisanal. Car malgré tout, rien n’est perdu. Les campagnes se repeuplent, les campagnes bougent. Des bagarres vitales s’y livrent, peut-être moins archaïques et plus constructives que beaucoup de résistances urbaines. Alors que la mythique classe ouvrière, laminée, atomisée, précarisée, en est souvent réduite à se battre le dos au mur contre la détérioration accélérée de sa condition, les paysans semblent aujourd’hui placés au cœur des enjeux de l’époque. Menacés eux aussi d’extinction, ils ont encore à portée de main les moyens de faire bouger le monde dans le sens de la bonne vie et de l’intérêt commun. Néo-ruraux ou pécores vernaculaires, beaucoup remettent en questions la dépendance - devenue traditionnelle - aux banques, à l’industrie agroalimentaire et à la grande distribution. On murmure aujourd’hui que de nombreuses chambres d’agriculture pourraient tomber dans les bras de la Confédération paysanne lors des élections de janvier 2007. Pour quoi faire ? Que la Conf’ devienne la FNSEA du PS ? Ou pour généraliser la critique en actes des projets mortifères de la technocratie européenne, qu’il s’agisse des OGM, de la PAC ou de la parkerisation du vin ? À CQFD, on préfère de beaucoup la deuxième hypothèse, mais c’est pas gagné : les fesses du plus endurci des révoltés ont tendance à se ramollir dans le cuir souple des fauteuils à « responsabilités ».

On se souvient des actions de soutien de certains paysans de Gironde ou du Poitou aux jeunes anti-CPE du printemps 2006. Même si leurs gestes restèrent anecdotiques, ils eurent le mérite de jeter des ponts entre ville et campagne, comme l’alliance des paysans et des travailleurs en grève lors de « la commune de Nantes », en mai 68. Grâce à ces précédents, on peut rêver de contacts similaires avec, par exemple, les prolos liquidés dans les Ardennes. Non pas pour leur proposer un retour en masse à la terre, ni même leur prodiguer des conseils pour la réintroduction de jardins ouvriers (quoique…), mais par simple solidarité, et par souci de poser enfin les vraies questions. Comment voulons-nous vivre ? Que voulons-nous produire ? Qu’aimons-nous manger et boire ? Avec qui voulons-nous être en relation et, soyons fous, en association ? Ce qui amène inévitablement à poser aussi la question stratégique de la souveraineté alimentaire. D’un pays, d’une région, d’une commune. Cette souveraineté-là, indispensable à la souveraineté tout court, s’est perdue dans les pays « riches », mais a aussi été bradée dans les pays du Sud, où le super-gouvernement mondial qu’est la triade FMI-OMC-Banque Mondiale a imposé le « tout pour l’exportation ». Ce qui a eu comme résultat de rendre tout le monde dépendant, non pas des échanges entre pays voisins, mais des spéculateurs, des gros intermédiaires et de la haute finance.

Et voilà que le système en est rendu à calculer combien lui coûterait la fin du monde ! 5 500 milliards d’euros, selon le rapport de l’Anglais Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, qui annonce en substance que le problème n’est pas que la planète étouffe, mais que si ça continue ça risque de coûter drôlement cher. Ce qui prouve que la maladie du monde commence dans leur tête. Les abrutis qui tirent profit des émissions de gaz à effet de serre croient sans doute que leur aberration économique est éternelle, qu’elle survivra à l’humanité, et même à n’importe quel cataclysme planétaire… Ils supputent déjà les dividendes de la reconstruction, comme dans un grand Irak universel… Depuis les jacqueries du Moyen-âge jusqu’aux sans-terre brésiliens actuels, en passant par les collectivités agraires d’Aragón en 1936, les mouvements paysans ont souvent, malgré de cuisantes défaites, portés en germe un retournement du monde enfin remis à l’endroit. Et sans forcément attendre la venue du grand soir, de nombreuses résistances mêlées d’expérimentations sociales se font jour et perdurent. Si, en prime, les fruits, les légumes, la viande, le pain, les fromages et le vin retrouvent leur saveur… Que demande le peuple ?

Publié dans le supplément « Total Rural » du n°40 de CQFD, décembre 2006.






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TOTAL RURALeur
Boogie | 24 décembre 2006 | LA

YEEEEEEEEEEEEEEES

merci pour cet article. Ilest très bon, comme souvent.

je vais courir à la maison de la presse, et avec le planb je va prendre CQFD.

CQFD.

j’habite en rural, L-A. (44), pas de kiosques dans ma commune.

ici, on est la seule chambre confédération (raisons historiques à ça, Bernard Lambert est de Ligné, etc..), et les problèmes sont nombreux. Mais c’est moins grave que si c’était pire. On en peut pas tout attendre des instances, c’est comme pour la loi… la cadre conf’ est, malgré les problèmes, bien meilleur et propice aux initiatives que l’autre qui pue.

Les ralliements tardifs (pour cause de victoire) sont un phénomène connu, et engendre leur lot de merdouille carabistouille.

POur autant, les gars les filles du coin -ou d’ailleurs- qui crachent à tour larigot sur ce qu’ils appellent -certes, parfois à juste titre en ce qui concerne la section 44- la « confusion paysanne », ça va trop loin. faut pas que ça fasse revenir les autres sagouins non plus, entre la critique juste et le travail de sape il y a une marge. Je ne suis pas de ceux qui entretiennent la merde en ne faisant que critiquer parceque la pose de victime leur va mieux au teint.

Bon, même logique que partout ailleurs, comme vous le dites : les fesses durs et les fauteuils mous, tout ça… comme au national, un peu.

Le moins pire.

Certes.

Mais là, fait pas confondre quand même, et voir ce qu’impliquerait le retour FNSEA. Cherchez les programmes, déjà dispo depuis un moment, en ce qui concerne la conf’ tout du moins, et y’a pas photo. Pas photo.

On peut gloser sur la « confusion » si on veut, regretter que ça aille pas assez loin, tout ça, faut pas confondre le temps de diviser et le temps de s’unir. Et faut penser que le temps passe aussi. Que l’avenir se fait en s’appuyant sur la transmission.

Faut pas s’imaginer que ne pas s’arrêter de taper serve à quelque chose d’autre qu’à desservir son propre camp.

Au nom des principes, gnagna ? Nooooooon. Arrêtez, les gars les filles, de refuser de tenir compte ce qu’implique les responsabilités. Je constate que ceux qui le refusent le plus sont ceux qui, une fois « parvenus », s’ils y arrivent, renient avec la même virulence (mais étrangement inversée, retournée) ce qu’ils défendaient bec et ongle auparavant.

Il y a un paquet de cons qui défendent des choses justes, et je dois dire qu’à mon humble sens ça cause pas mal de problème à la justice.

La ’confusion’ est parfois surtout celle de l’ego : les plus virulents à taper sur ses ’copains’ (attention je dis pas qu’il faut pas penser contre les siens… bien au contraire, surtout que les critiques sont souvent fondées) sont ceux qui se voient comme super-citoyens, au même titre que les lavés du cerveau de science-po ou d’ailleurs, même si c’est… dans un autre registre.

De toute façons, on peut causer, chacun dans son coin comme je fais, la seule légitimité est collective. (ou scientifique, mais n’est pas.. BOurdieu qui veut.. et encore, il y a aussi dans son projet intellectuel une forte prégnance du collectif.. « objectiver le sujet de l’objectivation »… réflexivité narcissique ou réflexivité collective… je kiffe Bourdieu grave).

(hé hé, dirait… qui déjà ?)

Là où c’est une force de mon coin : les réunions et les échanges existent, et ça n’a rien à voir avec les discussions de machine à café ni avec des considérations idéologiques qui ne reposent que sur des idées. Tout part de ce quiest vécu et des leçons tirées.

Ici ça recelle (c’est mon point de vue) de personnes brillantes qui ne tripent pas en egotoubo, et pour cause : dans ce métier, celui qui croit pouvoir s’engager dans ce chemin du « moitousseul » ne va pas loin, c’est ’structurel’ comme on dit.

Pour autant, la diffusion des points de vue des métiers de paysan (qui implique aussi, économiquement parlant, un point de vuee politique souvent.. très différent des lieux communs de la pensée économique de base) a encore du travail pour avoir la place qu’elle mérite. Je pense que ça se fera parcequ’il faut que ça de fasse.

Bon, je pérore, je pérore et la nuit tombe.

A partir d’aujourd’hui je vous achète et j’en parle aux copains copines, jusqu’ici je vous lisais sur le ouèbe, à l’occasion. Z’avez gagné mes sous, mais z’aviez déjà mon estime.

Bonnes fêtes

Frémissements…
Zlotzky | 17 décembre 2006 |

La FNSEA reste tout de même largement majoritaire dans le monde agricole et entretient une pesante inertie. Ces peu laïques chasseurs de subventions, fournisseurs historiques de ministres UMP de l’agriculture et partie agissante des agriculteurs les plus privilégiés, sont toujours incapables d’imaginer un autre modèle que le productivisme sans fin et refusent d’admettre ses méfaits attestés sur les plans social, environnemental et sanitaire. Sans compter qu’une partie non négligeable d’entre eux - bien souvent utilisés comme masse de manœuvre - commence a être victime de ce système pervers qu’ils s’obstinent pourtant à défendre bec et ongles. A titre d’exemple il est assez étonnant de constater que certains petits éleveurs de porcs ou de volailles à la sauce industrielle se retrouvent au final avec des revenus moyens parfois inférieurs au SMIC, et ce, au prix d’un travail pénible et ingrat. La mauvaise qualité de la viande en batterie qu’ils produisent et les pollutions qu’ils causent aux nappes phréatiques ne sont donc pas même compensées par des revenus motivants ! Mais bien entendu comme 80% des subventions vont globalement aux 20% des agriculteurs les plus riches, certains vivent très bien du système. Mais jusqu’à quand ? Certes, ils ont toujours Chirac pour les appuyer à Bruxelles et batailler pour faire toujours reculer au plus tard toute tentative de réforme (sans préjuger de ce qu’elle proposerait). L’émergence de la Conf Paysanne ces dernières années a eu le mérite d’amorcer un débat public sur un sujet crucial trop longtemps ignoré des Français qui continuaient de vivre sur le mythe quelque peu pétainiste de la « meilleure bouffe du monde » issue d’une agriculture saine et productrice des meilleurs produits traditionnels. Evidemment, sur ce sujet comme sur les autres les média y sont pour quelque chose. La vérité sur les résultats de 40 années de « modernisation » de l’agriculture commence à émerger pour dévoiler un bilan pour le moins inquiétant (il faudrait par exemple au moins 40 ans aux nappes phréatiques bretonnes pour se régénérer à condition de cesser immédiatement toute agression polluante d’origine agricole…) Il est vrai que ça commence effectivement à frémir ici où là dans un monde paysan traditionnellement conservateur… Mais que c’est long !

Zlotzky

http://zlotzky.over-blog.com/

TOTAL RURAL
| 17 décembre 2006 |

Juste un mot pour saluer un de ces géniaux articles de CQFD. Bonne bonne continuation.

Olivier (91)

 

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