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CQFD N°040


DIALOGUE SOCIAL

CAMARADES JOURNALISTES

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : Marie Nennès.

À longueur de colonnes, le journal La Marseillaise se fait l’écho des luttes sociales, fustige le grand patronat et dénonce les atteintes au droit du travail. Mais ce zèle fort honorable connaît pourtant de sérieux coup de mou dès qu’il s’agit de faire un peu d’introspection : à l’instar de l’émission de France Inter « Là-bas si j’y suis » ou du journal L’Humanité, La Marseillaise semble avoir bien du mal à mettre ses pratiques en cohérence avec ses discours.

CRÉÉE À LA LIBÉRATION PAR DES RÉSISTANTS issus du Parti communiste et toujours propriété de ce dernier, seul journal indépendant des grands groupes en Provence et Languedoc, La Marseillaise se présente comme un journal porteur des valeurs de gauche. Paul Biaggini, son directeur de la publication, déclarait en novembre 2004 dans un entretien accordé au journal L’Humanité : « Notre quotidien reste une référence sociale […] Nestlé à Marseille, Perrier dans le Gard ou Lustucru en Arles : nous avons raconté ces luttes, essayé d’apporter des explications sur les causes et de dégager des réponses politiques. Nous voulons faire le lien entre les aspirations des salariés et le débouché politique.  » Les aspirations de ses salariés par contre, la direction de La Marseillaise les vit comme une attaque sournoise d’un supposé ennemi intérieur, occupé à couler la boîte. Le dialogue social s’y résume à une alternance de sarcasmes et d’appel vibrant au militantisme de ses journalistes, le tout enrobé d’un paternalisme non dénué de menaces. À tel point que les personnes interviewées par CQFD, à l’exception du délégué syndical, ont toutes demandé à garder l’anonymat, quand elles ne se sont pas finalement rétractées.

X travaille dans une agence des Bouches-du-Rhône. Au bout de douze ans d’ancienneté professionnelle, il est payé comme un journaliste débutant, soit 40 % en dessous de ce qui devrait être son salaire. Fatigué de demander la simple application du code du travail, il a saisi les prud’hommes. Il est encore énervé de ce qu’il a entendu de la part de la direction lors de l’audience de conciliation : « Ils ont expliqué aux conseillers prud’homaux qu’ils n’avaient pas les moyens d’appliquer la convention collective des journalistes sans mettre la clé sous la porte. Mais que pour les salaires, ils avaient une grille interne et qu’elle était respectée. Donc pour eux cette action n’a pas lieu d’être.  » Pour boucler son budget, il est obligé de faire des petits boulots à côté. Rares cependant sont ceux qui osent aller jusqu’aux prud’hommes. La plupart des journalistes de La Marseillaise n’a jamais travaillé ailleurs, est entrée par la petite porte puis a fini par obtenir un contrat. Ça entretient le paternalisme maison, l’idée que ce journal est une grande famille, avec ses valeurs, pour lesquelles on doit faire des efforts.

Récemment, L’Hérault du jour, autre journal du groupe La Marseillaise, diffusé à Montpellier, a été condamné à verser près de 19 000 euros à un ancien salarié pour licenciement abusif. Photographe, il était payé au tarif des correspondants locaux [1], soit trente euros par jour, et sans contrat de travail. Nicolas Ethève, devenu depuis délégué syndical SNJ-CGT à L’Hérault du jour, a été dans la même situation. Ce n’est qu’après une longue grève, en novembre 2002, qu’il a obtenu, avec trois autres camarades, la régularisation de son contrat. Non sans avoir accepté de « passer l’éponge » sur ses arriérés de salaires. Pourtant, la direction continue ses pratiques dans d’autres éditions. La raison invoquée est toujours la même : la santé financière de l’entreprise est trop fragile et les ennemis sont partout [2]. Dans une lettre au SNJ-CGT, la direction générale commente ainsi la décision des prud’hommes de Montpellier, dont elle a fait appel : « Ce n’est pas la première fois, et l’histoire de notre journal en est marquée, que certains, y compris dans les institutions quelles qu’elles soient, ont comme seul objectif de frapper à la “caisse” du journal pour nous affaiblir et nous faire disparaître.  »

« Créer un syndicat CGT a permis de prendre la direction à son propre piège, explique Nicolas. Idéologiquement, elle ne peut pas nous traiter en ennemi politique ou en ennemi de classe. Mais le dialogue reste très difficile. Elle nous dit que c’est notre faute si nous sommes mal payés, car le journal se vend mal. Elle nous oppose sans arrêt la santé financière de l’entreprise et en même temps, il y a une opacité totale des comptes. Impossible d’obtenir la moindre pièce comptable comme le veut la loi, ni même l’ouverture de négociations. Ils ne veulent pas non plus entendre parler d’expertise comptable. Nous ne voulons pas la mort du journal, nous sommes prêts à discuter d’un plan de rattrapage des salaires mais que le droit du travail soit respecté me semble la moindre des choses.  » « En plus des salaires trop bas, il y a vraiment un mépris total du personnel, lâche un autre journaliste. Ils se permettent de te hurler dessus dès que tu ouvres un peu trop ta gueule.  » Alors pourquoi rester dans de telles conditions ? Ce journaliste a eu des propositions pour travailler ailleurs. Il les a refusées. Parce qu’il est attaché à ce journal, à sa ligne éditoriale. Et, ce n’est pas la moindre des contradictions de La Marseillaise, parce que « nous avons une vraie liberté de parole dans nos articles. Je ne pense pas que je la retrouverais ailleurs.  »

Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.


[1] Les correspondants locaux sont des quasi-bénévoles de la presse quotidienne régionale. Ils sont chargés de collecter l’information « brute » dans les villages et les quartiers et de la faire remonter avant qu’elle ne soit « traitée » par un journaliste professionnel.

[2] Ce qui ne l’a pas empêchée de dépenser dernièrement 800 000 euros et de faire un emprunt pour lancer la nouvelle formule, même si elle a été financée à 70% par l’État au titre de l’aide à la presse.





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CAMARADES JOURNALISTES
Grand Sachem | 30 octobre 2007 |
Simplement pour vous dire que L’Echo à Limoges, titre en tout point similaire à La Marseille, pratique exactement de la même façon.
 

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