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CQFD N°040


FALSIFICATION HISTORIQUE

LE RWANDA N’EXISTE PAS

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : François Maliet.

Le 6 avril 1994,l’avion du président rwandais Habyarimana est détruit par un tir de missiles. Ce feu d’artifice, dont l’origine n’a jamais été élucidée, donna le signal de départ au génocide de la minorité tutsi par le régime hutu. Pour le juge Bruguière, dont on vient de médiatiser avec fracas les conclusions, le Front patriotique rwandais (FPR) aurait appuyer sur la gachette. Une manière toute délicate de faire endosser la responsabilité du génocide à l’ex-rébellion qui y a mis un terme et à son chef, Paul Kagame, actuellement président du pays. Mehdi Ba, auteur de Rwanda, un génocide français (L’Esprit frappeur), revient pour CQFD sur cette tentative de falsification historique.

CQFD : L’enquête du juge Bruguière sur l’attentat perpétré contre l’avion présidentiel met en cause le FPR. Ce n’est pas la première fois qu’on évoque cette piste…

Mehdi Ba : Certains protagonistes n’ont pas eu besoin de faire d’enquête pour élucider cet attentat. Dès le 6 avril 1994 au soir, la Radio des Mille collines (surnommée « Radio Machettes ») accusait déjà le FPR d’en être l’instigateur. Cette version devait servir d’alibi pour les organisateurs des massacres visant les Tutsi : le « peuple hutu », prétendaient-ils, ne faisait que venger l’assassinat de son président. Une vengeance qui dura cent jours et causa un million de victimes civiles ! En juin 1994, le gendarme Paul Barril prétendit détenir des pièces à conviction incriminant le FPR. Ce n’était, là encore, que de la pure intox. En juillet 1994, Libé reprit la même thèse en se « sourçant » presque exclusivement chez des militaires ou des barbouzes français. En mars 2004, c’est Le Monde qui mit en scène les pseudo-révélations du juge Bruguière, en les reprenant à son compte. Plus récemment, fin 2005, Pierre Péan en remit une couche dans un livre consternant qui fut applaudi par les responsables français, civils et militaires, impliqués dans ce dossier de 1990 à 1994… Bref, l’ordonnance du juge antiterroriste n’est que le dernier avatar en date dans une longue série de scoops faisandés : le but poursuivi par leurs auteurs n’est pas tant d’élucider l’attentat que de nous convaincre que le FPR l’a commis. À cela il y a une raison. Pour les principaux instigateurs du génocide - actuellement jugés à Arusha par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) - comme pour leurs amis français, accréditer l’idée d’une implication du FPR dans l’attentat est la dernière planche de salut. Pour les uns, c’est une stratégie de défense de rupture : l’attentat est considéré comme le « déclencheur » du génocide, donc si le FPR est derrière l’attentat, il est à l’origine du génocide ; donc si le tribunal qui nous juge refuse de juger Kagame pour l’attentat, c’est qu’il est partial. Pour les autres, qui se sont accommodés de l’extermination des Tutsi rwandais au nom des traditions françafricaines, c’est la seule manière de retomber sur leurs pieds. Si l’attentat est imputable au FPR et qu’on en déduit par un raisonnement biaisé que le FPR devient le facteur déclencheur du génocide, eh bien les amis de la France (les VIP du « Hutu Power ») ne sont plus les méchants de l’histoire. Pour les négationnistes, accuser le FPR d’avoir commis l’attentat du 6 avril 1994 est une nécessité existentielle.

La mise en accusation de Paul Kagame dans l’attentat ne permet pas de remettre en question la préparation du génocide par le Pouvoir Hutu…

Exact. C’est d’ailleurs ce qui disqualifie la prose du juge Bruguière. L’histoire du génocide est suffisamment documentée aujourd’hui pour que des tentatives aussi médiocres de la réécrire à l’envers soient vouées à l’échec. Il n’y a guère qu’en France que de telles calembredaines sont susceptibles de trouver un tel écho.

Le rapport du juge Bruguière apporte-t-il des éléments fiables sur l’implication du FPR ?

Il ne fait que reprendre, en les habillant de nouveaux oripeaux, l’ensemble des thèses déversées depuis douze ans par les génocidaires et leurs parrains français. Toutes les sources que le magistrat met en avant sont soit des génocidaires de premier plan, soit des Français eux-mêmes suspects d’avoir pu jouer un rôle trouble dans l’attentat, soit des opposants politiques rwandais au nouveau régime qui ont été pris en main par la DGSE après leur défection et à qui on a visiblement promis un asile politique en Europe contre un témoignage incriminant le FPR. L’un des principaux transfuges cités par le juge, Emmanuel Ruzigana, vient d’ailleurs de contester vigoureusement le témoignage qui lui est attribué.

Pourquoi la France a-t-elle participé à ce génocide ?

Regardons l’actualité de la semaine écoulée : la France est intervenue militairement au Tchad et en République centrafricaine pour perpétuer son impérial « pré-carré ». Comme au bon vieux temps des colonies. Dans le même temps, Dominique de Villepin prononçait un discours depuis Soweto pour défendre notre rôle en Afrique, précisant que « la France ne choisit pas un camp, elle choisit la paix  ». Ce qui a conduit la France à se retrouver complice des génocidaires rwandais en 1994 est inscrit dans ce qu’exprime le Premier ministre en 2006 : c’est la traduction, avec des mots dépoussiérés, de ce qu’a été la tutelle coloniale. On prétend être du côté des « Africains » et de la justice quand on est aux côtés d’Idriss Deby au Tchad, de la dynastie Eyadema au Togo, de Bongo… La France a soutenu Habyarimana et les planificateurs du génocide des Tutsi d’une manière banale, normale, traditionnelle : c’est comme cela que notre pays gère ses relations avec l’Afrique.

Propos recueillis par François Maliet.

Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.






>Réagir<

LE RWANDA N’EXISTE PAS
citoyenlambda | 6 mai 2008 |

cet entretien ne contient que des qualificatifs sur le travail du juge Bruguière, ou du rôle de la France.

Pas de fait, rien n’étaye ce discours.

Par quels actes conrets et avérés, recoupés par des témoignages indépendant et indiscutable la France aurait joué un rôle quelconque ?

quel aurait été l’intérêt de la France dans ce rôle supposé ?

Le génocide du Rwanda est un acte gravissime. Je me souviens qu’au même moment F. Mitterand prononçait un discours à Oradour sur Glane pour les 50 ans du masacre, sur le Thème plus jamais ça, et au même moment il y avait des milliers d’oradour au Rwanda.

Jusqu’à preuve du contraire ce sont ceux qui tenaient les machettes et leur commanditaires qui sont responsables, je ne vois pas un français dans ce rôle à ma connaissance (celle d’un citoyen lambda).

D’une manière générale, il faudrait que les africains prennent leur sort en main au lieu d’incriminer systématiquement l’ancien pouvoir colonial de tous leurs maux y compris après l’indépendance.

La Chine fournit un exemple, d’un ancien pays pauvre qui en se prenant en main et à force de travail réussit à se développer trés significativement à un rythme trés rapide.

Pas mal de pays Africain avait un niveau de developpement supérieur à celui de la chine il y a 20 à 30 ans.

En creux cela signifie pour les Africain que c’était possible et qu’il ne l’ont pas fait.

Il me semble que les Africains devrait commencer par assumer leur responsabilité dans la situation de leur pays au lieu de rejeter systématiquement les fautes aux anciens colonisateurs.

 

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