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CQFD N°040


L’OR COÛTE CHER

LE PRIX DU DÉVELOPPEMENT

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : Nicolas Arraitz.

La mine à ciel ouvert de Sadiola, au Mali, produit officiellement quinze tonnes d’or par an. Sur les 246 millions de dollars investis initialement, 160 venaient de banques publiques dans le cadre de l’aide au développement. Où vont les bénéfices ?

EN 2002, L’HEUREUX PRÉSIDENT TOURÉ vantait l’or malien comme étant le plus rentable au monde. Qu’en est-il ? Les principaux bailleurs de fonds de la SEMOS, société exploitant le site de Sadiola, dans la région de Kayes, sont l’International Finance Corporation (filiale de la Banque mondiale), la Caisse française de développement et la Banque européenne d’Investissement. Il s’agissait « d’encourager l’implantation de l’industrie minière internationale en Afrique de l’Ouest », sous conditions de garanties environnementales. Et les bénéfices ? Ils sont plutôt privés. 38 % pour AngloGold, une société sud-africaine dont la maison mère, Anglo-American Corporation, s’est rendue célèbre par sa gestion musclée des ressources humaines du temps de l’apartheid. 38 % pour IamGold, société canadienne dont le principal actionnaire s’est fait remarquer en vendant du matériel de contrôle à la police secrète du dictateur nigérian Babangida. 6 % pour la Banque mondiale. Et 18 % pour l’État malien. Comme dit Camille de Vitry, auteur d’un documentaire énervé sur Sadiola [1] : « Le bénéfice est privé, le préjudice public.  »

Car les autochtones n’ont vu de ce filon aurifère que les retombées les moins brillantes. Les hommes qui ont abandonné les champs pour un emploi sur le site n’ont connu que bas salaires et conditions de travail déplorables, accidents et maladies professionnelles dégénératives, sans aucune indemnité. Le cyanure mêlé aux cinq millions de mètres cubes d’eau pompés annuellement dans le fleuve Sénégal pour isoler les cinq grammes d’or par tonne de roche brute empoisonne les travailleurs, mais aussi les nappes phréatiques. 15 000 tonnes de cyanure ont déjà été déversées dans un « bassin à boues » dont on a oublié d’imperméabiliser le fond. Alentour, la végétation dépérit. Boire l’eau des marigots provoque des maux de ventre. Le bétail bave, devient aveugle et meurt. Une étude épidémiologique révèle que dans six villages de la commune, entre les 2/3 et les 4/5 des femmes ont subi des fausses couches depuis 1998. De plus, l’incessant va-et-vient des engins et des camions autour de la nervure centrale (qui atteindra bientôt deux cents mètres de profondeur) couvre Sadiola d’un nuage de poussière chargé d’arsenic et de métaux lourds, occasionnant cancers cutanés et troubles respiratoires.

Ingrats, les gens du coin se sont organisés pour cracher dans cette soupe empoisonnée. Ils n’apprécient guère le fait que la SEMOS n’a pas communiqué les niveaux de contamination observés, sous prétexte que « la population locale n’a pas les connaissances suffisantes pour les comprendre  » (Gareth Taylor, le directeur du site, limogé depuis). Une association de ressortissants de Sadiola émigrés en France s’est mobilisée, obligeant la SEMOS et la Banque mondiale à venir s’expliquer. C’est à cette occasion que Didier Fohlen, coordinateur environnemental et social (sic) du groupe BM, a osé dire que « le cyanure, soit vous en mourez, soit vous vous en portez très bien.  » Et que si son institution a abandonné la question écologique au gouvernement malien, c’est que « nous ne voulons pas être trop impérialistes  »… « Autrefois nos anciens préféraient la mort à la honte. Aujourd’hui nous en restons à de simples palabres  », lâche un vieux dans une assemblée. Même si la SEMOS a depuis amélioré le stockage des déchets et les conditions de travail, le développement minier n’a pas vraiment convaincu les locaux. Le Mali paie autour de 100 millions de dollars par an au titre de la dette extérieure. Les bénéfices annuels de Sadiola sont équivalents. Qui aide qui ? Le vieux parle sans regarder la caméra : « Ça ne sert à rien de donner le savoir à un peureux, puisqu’il a peur de ce qu’il sait.  »

Nicolas Arraitz (avec Camille de Vitry)

Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.

À lire également, les articles L’AIDE PUBLIQUE AUX DICTATURES et ANTHOLOGIE… parus dans le même numéro.


[1] Le Prix de l’or, réalisatrice Camille de Vitry, www.leprixdelor.com, peut-être un jour en salles ?





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