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CQFD N°040


CHRONIQUE DE GUERRE

LA CLASSE CHARTER POUR DAÏM

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : Aureliano Buendia.


Le soir de son « coming-out » présidentiel, Nicolas Sarkozy, déclare sur le plateau d’Arlette Chabot en évoquant la question de l’immigration : « Il faut être humain car c’est d’humains que l’on parle.  » Ce même soir dans une cellule du centre de rétention du Mesnil-Amelot (Roissy) [1], Daïm Sidibe, un étudiant malien âgé de 28 ans, s’interroge lui aussi sur son humanité… Avant de se retrouver là, il était étudiant en sociologie à l’Université du Mirail à Toulouse, il travaillait de nuit pour survivre. Un job en or qui vous ruine les lombaires - et vous colle un passage sur le billard. Militant syndiqué à Sud il a même siégé au conseil de sa fac. Mais depuis mars dernier impossible d’obtenir son récépissé… Daim bascule dans l’illégalité. La raison de ce changement de statut ? Le jeune homme n’a validé que quatre UE [2] en cinq années passées sur le territoire… Ce n’est pas le profil type des cerveaux que la nouvelle politique d’immigration recherche. Malgré le soutien de la communauté universitaire, la préfecture a décidé de l’expulser… Le 15 novembre Daïm est raflé en se rendant à son travail. Cinq jours plus tard il est entendu par le tribunal administratif de Toulouse. Dès sa sortie de l’audience, il est transféré à Paris dans un véhicule banalisé. Il faut se presser car dehors, on se mobilise… Lionel Claus, le responsable de la Cimade pour le centre de rétention de Cornebarrieu, près de Toulouse, constate que c’est de plus en plus fréquent, ces « expulsions éclair », pour éviter les mobilisations. Le 2 décembre, le juge des libertés décide de prolonger sa détention cinq jours de plus. Daïm en est alors à son deuxième aller-retour gratuit à Roissy, tous ont avorté pour le même vice de procédure : l’absence de laissez-passer du consulat du pays d’origine.

« Pour les gendarmes nous sommes des criminels »

« L’État de droit ? La République des droits de l’homme ? Tout cela n’existe pas pour nous ! » s’exclame Daïm au bout du fil. En fond sonore, des haut-parleurs crachent des ordres de présentation à différents bureaux, au loin un avion qui passe… « Je suis dans une chambre avec un type qui a fait sept ans de taule. Aux yeux des gendarmes nous sommes des criminels, ils ne font pas de différences entre nous. On coûte 80 euros par jour à l’État, mais ils nous refilent de la nourriture en voie de péremption. Et c’est sans compter le coût des vols ! C’est n’importe quoi. Les situations qu’on rencontre ici sont désespérantes d’absurdité ! Je discute souvent avec un vieux qui est là depuis 1986. Vingt ans de cotisations et toute sa famille en France. Et on veut le renvoyer au Mali ? Il y a aussi un Congolais qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis septembre 2005. Si on le renvoie chez lui c’est tout simplement la mort qui l’attend ! Samedi dernier encore, il y avait devant le juge des libertés un autre homme avec moi. Faute d’avocat il a été jugé le même jour avec le mien, et vous savez quoi ? Le délibéré était signé de la veille ! Pour nous le verdict est déjà tombé quand on met les pieds au tribunal. Si tu refuses d’embarquer, si tu te débats, on te scotche comme un carton, si tu résistes encore c’est la piqûre. Mais merde, c’est eux qui sont venus nous chercher ! Il n’y a plus d’humanité, ce ne sont plus que leurs poches qui les intéressent. Quand je serai libéré je reviendrai à Toulouse. Ils m’attendront pour me cueillir de nouveau, mais je jure que je vais me battre contre tout ce que j’ai vu ici, il n’y a que ça à faire : militer sans rien lâcher.  »

Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.


[1] Coincé entre Roissy et l’autoroute A1, le Mesnil-Amelot ce sont 6 bâtiments de 12 chambrées de 2, plus le bâtiment des femmes…

[2] Unité d’enseignement.





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