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CQFD N°040


ART COMPTANT POUR RIEN

OFFENSE MINEURE

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : L.L. de Mars.


VOUS LE SAVEZ SANS DOUTE DÉJÀ, Henri-Claude Cousseau a été mis en examen le 15 novembre pour le contenu de l’exposition « Présumés innocents. L’art contemporain et l’enfance », qui s’était déroulée au Centre d’Art Plastique Contemporain de Bordeaux en 2000. C’est l’issue d’une longue procédure entamée par la plainte d’un père de famille choqué, poursuivie par l’association La Mouette. Son motif : diffusion de messages violents à caractère pornographique ou contraire à la dignité accessibles à un mineur. La diffusion quotidienne de l’obscénité politique - où se mêlent le mépris des plus démunis et des plus faibles, la haine des étrangers (« L’antisémitisme est la seule forme de pornographie autorisée en Allemagne  », a dit Goebbels), l’arrogance des dominants et l’autosatisfaction des brutes - provoque moins d’émoi. On doit supposer que tout ça laisse les enfants intacts. Mais laissons de côté cette pourtant nécessaire redéfinition de l’obscénité et de la dignité et posons-nous cette question : que se joue-t-il de si particulier dans un musée pour provoquer cette agitation judiciaire ?

On ne peut que s’inquiéter lorsque la sphère juridique vient à s’étendre jusqu’à la sphère artistique, qu’on prendrait à tort pour une sorte de terreau de la culture où les oeuvres n’attendent que de s’articuler dans leur devenir pédagogique ou ludique avant de pourrir dans les livres d’histoire. L’art est indifférent à son devenir culturel, les oeuvres nous invitent à nous grandir avec elles, pas à entériner l’ordre du monde et de la cité : elles nous ouvrent à la complexité, à la réflexion salutaire interdite dans le monde marchand où la publicité assigne un sens fixe à chaque image, où elle transforme toute parole en slogan. L’art travaille à notre incertitude et nous écarte des mensonges de la simplicité.

Le monde marchand ne porte aucune réflexion sur le mensonge sur lequel repose les obsessions pédophiliques de notre société, mais l’érige au contraire en modèle pour vendre des couches, des yaourts, des voitures et désormais des babioles high-tech destinées aux adultes. Observons un peu nos contemporains que les fesses de bébés n’offensent jamais quand elle tapinent légalement pour Nestlé. Étrange créature civilisée qui ne supporte plus la vue des miches de sa propre progéniture en dehors d’un cadre marchand, créature maniaquement hantée par la figure du pédophile ; étrange également son biotope, où les médias bêtifient dans une parodie d’enfance criarde et sucrée toute activité humaine, dont les dirigeants infantilisent les adultes, les grondent, les menacent, leur parlent comme à des demeurés… Hé bien voilà ce dont les oeuvres d’art peuvent nous détourner, ce culte effrayant d’une enfance qui n’existe pas, rose, innocente, asexuée, à fossettes, pure ; et c’est de ce détournement coupable que ce procès veut punir les artistes a priori (car si les coups tombent cette fois-ci, la jurisprudence sera assassine) : une autre parole sur l’enfance et également sur l’art… Les systèmes totalitaires affirment plus puissamment et plus visiblement que les autres une fonction exclusivement utilitaire de l’art (le programme culturel du FN rafraîchit la mémoire), qui est d’exhalter les vertus du régime ; hé bien ce procès nous instruit sans aucune ambiguïté de la nature à la fois marchande et totalitaire de la société qui se maille pas à pas contre nous.

Un petit conseil, grenouilles de droite qui érigez la protection des mineurs parce que l’un d’entre vous a vu une bistouque prépubère qui l’émoustille : n’envoyez pas votre marmaille au musée où elle n’a rien à foutre et où elle ne sera jamais tranquille ; les décollations de Gentileschi pourraient vous donner des envies de procès contre les Offices et Dieu sait à quelle extrémité procédurière ridicule vous conduiraient les petites vulves dessinées il y a un siècle par Von Bayros et les pénicules excités de Félicien Rops et de Magnus Enckel. Qui vous a fait croire que c’était la tranquillité qu’on allait chercher au Louvre ou qu’on barbotait en famille sans risque au musée Picasso ? Si vous voulez sortir dans le même état que vous êtes entré, allez à Disneyland.

Article publié dans CQFD n° 40, décembre 2006.






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