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CQFD N°040


JAMAIS CONTENT

T’AS DE BIO YEUX !

Mis à jour le :15 décembre 2006. Auteur : Gilles Lucas.

« C’est bio, c’est sain ! » Quoi demander de plus ? Pourtant, derrière cette surenchère de positivité, les agriculteurs ne trouvent pas toujours une amélioration équivalente de leurs conditions de vie. Les marchands poussent à la roue pendant que les citadins se nourrissent de placebo insipide. François, éleveur en Auvergne, a exposé à CQFD ses différentes remarques sur le bio et son marché porteur.

CQFD : Tu n’es pas labellisé bio. C’est un choix ?

Ce n’est pas tant le prix du cahier des charges qui pose problème. En faisant du bio, ce qui devient de plus en plus central, c’est la possibilité qu’offre le label d’être reconnu par les consommateurs. Les clients paient parce qu’il y a le label bio. Et basta ! Les rencontres sont réduites à l’achat. Tu as le label, donc on n’a pas à te demander comment tu fais, où tu le fais. L’agriculture, c’est quelque chose de lointain. Beaucoup de choses sont dites sur l’agriculture mais les contacts directs avec les agriculteurs sont rares. En fait, dans les pays, l’agriculture bio ou pas n’a pas grande importance. Les gens savent encore qui fait quoi et comment c’est fait, et où trouver des produits qui puissent satisfaire leurs goûts. Le label n’est pas essentiel.

L’agriculture bio connaît pourtant un développement important.

Le bio est surtout destiné aux urbains. Ce sont eux, ignorant tout de l’agriculture, qui veulent se rassurer. Le bio, c’est un concept qui se paie, et payer permet de soulager rapidement ses angoisses sur la bouffe. Angoisses légitimes par ailleurs. Un autre point important du bio est la mise en avant systématique du caractère sain du produit. La question du goût est très souvent occultée. Du moment que c’est sain, peu importe que le goût ne suive pas. Cette tendance, marquée du sceau de la pureté, est assez étrange, pour ne pas dire suspecte. On attend le curé, l’ascétisme n’est pas loin. Par exemple, dans la viande c’est le gras dans le muscle qui porte le goût. Les producteurs bio ne prennent pas le temps, ou ne souhaitent pas le prendre, de nourrir ce gras, parce qu’il a mauvaise presse. Le goût de la viande s’en trouve dénaturé. Cette carence, qu’on pourrait dire conceptuelle, sur le goût n’est pas le seul « paradoxe » du bio. J’achète à un voisin du foin qui n’est pas certifié sans engrais azoté. Des producteurs labellisés ne peuvent pas faire ce genre de chose. Beaucoup vont dans la plaine de la Crau. Ce qui veut dire camions, gas-oil et pollution. Si on met de côté le caractère moral et qu’on fait un calcul du point de vue environnemental, on risque d’avoir de grosses surprises. La situation n’est pas différente pour les engrais. Les normes bio impose aux agriculteurs l’utilisation d’engrais moins solubles que les ammonitrates. Ils se tournent donc souvent vers des guanos ramassés à l’autre bout du monde dans des conditions lamentables et à des prix défiant toute concurrence…

Quel intérêt ont les producteurs à passer en bio ?

Avoir le label signifie l’accession à des marchés, à des réseaux de ventes, à des boutiques, à des marchés bio, et aussi de plus en plus à la grande distribution. Toutes ces opportunités ne sont pas dérisoires pour les agriculteurs aujourd’hui. Le cahier des charges a connu un certain nombre d’allégements des contraintes. La grande distribution s’ouvre à ce marché porteur qui ne s’adresse plus seulement à des « contestataires ». Il faut pouvoir remplir les gondoles des supermarchés. Un producteur de viande bio a droit à deux traitements allopathiques par an sur ses bêtes. Ce qui est commun avec l’élevage traditionnel. Le marché du bio devenu émergent provoque évidemment de nombreuses fraudes. Longtemps, les inspecteurs de label étaient des accompagnateurs qui prodiguaient conseils et orientations. Aujourd’hui, ils se comportent comme des flics, investissent les bâtiments, fouillent sacs et entrepôts. La région où il y a le plus grand nombre d’exploitations en bio est la vallée du Rhône dont la qualité de l’air et de l’eau, liée à la proximité des centrales nucléaires, des diverses industries et des raffineries est plus que douteuse… Dans les campagnes, le développement de l’agriculture bio a des effets immédiats qui, plutôt que de rapprocher les paysans entre eux, les divisent. Les échanges entre bio et non-bio sont nourris de méfiance des uns sur les risques que peuvent engendrer leurs relations avec les autres. Comme si on avait besoin de ça en plus.

Ton point de vue est, finalement, totalement négatif sur le bio ?

Pas du tout. La remise en question de l’agriculture chimique et industrielle est évidemment une bonne chose. Mais il ne s’agit pas que d’une question de production ; c’est avant tout un rapport social. Si avec le bio, il s’agit de reproduire au détail près l’organisation actuelle avec la même logique, qui de plus aggrave, à la source, une situation déjà profondément dégradée notamment entre les agriculteurs, il me semble qu’on fait fausse route.

Propos recueillis par Gilles Lucas

Article publié dans le supplément « Total rural » du CQFD n° 40, décembre 2006.






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T’AS DE BIO YEUX !
Léna | 11 octobre 2007 | Main basse sur le bio (monde diplo)

Bonjour, juste pour dire qu’effectivement le bio a le vent en poupe et que ça implique forcément des opportunistes. Par exemple, on peut trouver en magasin bio de charmantes marques comme :
 SOY qui est en réalité une filiale de Novartis (ex Sandoz), gros groupe pharmaceutique et également producteur de semences OGM ! Vous pouvez trouver des infos précises à cette page (attention, c’est long !) : http://www.lesensdenosvies.org/lesite/bio/articles/unefilierebio2004.html En achetant SOY pour manger bio on finance donc Novartis, on participe à l’enrichissement d’un gros groupe semencier OGM… c’est un peu comme se tirer une balle dans le pied.
 Bonneterre, qui n’est rien d’autre que Bjorg qui change de nom dans les magasins bio pour faire plus « terroir » (vous ne trouverez jamais de Bjorg en magasin bio, uniquement en grande surface). La société vend les mêmes produits plus chers en magasin bio, et s’adapte aux lois des supermarchés par ailleurs. En achetant Bonneterre on paye cher pour permettre par ailleurs les prix bas des supermarchés, et on finance une société qui s’accomode bien des pratiques de la grande distribution (et donc cautionne).
 Sanoflore (dans certains bio, pas tous), groupe bio fabriquant des cosmétiques, mais racheté par L’OREAL.

Je ne connais que ces exemples, il en existe peut-être d’autres.

Donc il faut se méfier, hier je boycottais les supermarchés à cause de leurs techniques de pression sur les paysans, aujourd’hui je vais boycotter également les biocoop et autres magasins bio pas très engagés… La solution ? Je pense maintenant me tourner vers les AMAP, les paniers paysans ou autres. Je vais voir ce qui se fait. Vigilance est mère de sûreté :)

J’ai mis en lien l’article du monde diplomatique à ce sujet. A lire !

T’AS DE BIO YEUX !
Olivier Galinou | 27 août 2007 | vidéo : extrait du doc ’Alerte à Babylone’
Intéressant cet article, mais la conclusion est assez consternante : dire « qu’avec le bio, il s’agirait de reproduire au détail près l’organisation actuelle avec la même logique »(faut peut-être pas pousser !!!) et qui de plus « aggraverait, à la source, une situation déjà profondément dégradée » !! Attends je veux bien qu’il y ait des failles, mais la comparaison est grave… je vous invite à visionner cette vidéo que j’ai mise en lien (que vous avez peut-être reçu 15 fois déjà dans votre boite mail) qui montre bien l’ampleur des dégâts de l’agriculture intensive. Comme alternative, à moins de cultiver soi-même son potager, ou d’habiter en pleine campagne près d’un paysan qui n’utilise pas d’engrais, je ne vois pas 36 autres solutions que d’acheter des produits labellisés (si possible au marché)… ou, mieux, de passer par une AMAP (http://alliancepec.free.fr/Webamap/).
 

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