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CQFD N°041


L’EMPIRE PROGRESSE UN PEU

AU KURDISTAN SUISSE

Mis à jour le :15 janvier 2007. Auteur : François Maliet.

Alors qu’une cinquantaine de morts violentes sont à déplorer chaque jour en Irak, le nord du pays est épargné. Dans ce laboratoire de la Pax americana, on libéralise à tout va. L’exploitation du pétrole est refourguée à des boîtes étrangères, on limite l’accès aux réfugiés et, s’il le faut, on tire sur les manifestants.

LE 1ER MAI 2003, LA DÉMOCRATIE l’emportait en Irak : la troupe ayant enseigné la liberté aux brutes autochtones, les entreprises américaines pouvaient entamer la curée. Et pas touche au grisbi : les 18,4 milliards de dollars lâchés par Washington pour la reconstruction étaient réservés aux boîtes patriotes. Mais le calme nécessaire à la bonne tenue des affaires est depuis perturbé par le lot quotidien d’attentats et d’enlèvements. Le merdier irakien est tel que, plus de trois ans après la fin officielle de la tuerie, les entreprises américaines préfèrent la quille. Bechtel, le numéro un américain du bâtiment, décidait en novembre dernier de plier bagage après avoir empoché pour 2,3 milliards de contrats et laissé cinquante-deux de ses employés le nez dans la poussière. Toute l’économie irakienne est mise à mal par le chaos ambiant. Toute ? Non, car dans le nord du pays, le Kurdistan, autonome depuis 1991, est relativement peinard. Même les deux frères ennemis de l’Union patriotique du Kurdistan et du Parti démocratique du Kurdistan se sont réconciliés autour de leurs places au soleil respectives : Jalal Talabani (UPK) est le président du pays, et Massoud Barzani (PDK) celui de la région autonome kurde d’Irak. Une douceur de vivre que le gouvernement kurde fait miroiter aux investisseurs étrangers. Au printemps dernier, il fomentait une loi locale permettant aux non-Irakiens de posséder des terres, de rapatrier leurs bénéfices sans tracasserie et d’être exemptés d’impôts pendant dix ans… Que demande le capital ?

Il est même possible d’investir dans l’industrie de l’or noir, alors que la loi sur l’exploitation des gisements pétroliers irakiens n’est pas encore finalisée. Ces propositions alléchantes ont incité quelques sociétés étrangères au forage : les Norvégiens de DNO exploitent le site de Zakho, les Canadiens d’Heritage Oil « poursuivent des opportunités » et les Britanniques de Sterling Energy sont dans la place. Plus récemment, la firme suisse Addax et le groupe turc Genel Enerji ont découvert un important gisement au nord-est de Kirkuk, et estiment la future production à 30 000 barils par jour. Toujours à l’avant-garde dans la retape, le président irakien Talabani a rencontré des responsables de Total lors de sa visite en France en novembre dernier, pour causer un brin… « Nous voulons faire du Kurdistan la porte du commerce vers l’Irak  », s’enflammait, en juin 2006, le Premier ministre du gouvernement régional, Nechirvan Barzani. C’est bien parti, les bétonnières tournant à plein régime vérifient le vieil adage : « Quand le bâtiment va, tout va !  » Sophie Roudil, de l’association humanitaire Solidarité et Liberté, revient tout juste d’Erbil : « La ville n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était avant 2003  », explique-t-elle à CQFD. « Il y a sans cesse de nouvelles constructions, avec des habitations de luxe, comme le nouveau quartier Dream City entre l’aéroport et la ville, ou le quartier de cottages anglais.  » C’est bien joli de construire un Dubaï irakien, mais cela n’est pas sans conséquences et « le loyer devient très cher, il atteint même 400 à 500 dollars par mois  », affirmait à l’AFP un agent immobilier d’Erbil. On joue aux riches, cependant « il n’y a que deux heures d’électricité par jour. Chaque famille a donc son groupe électrogène, mais avec le mazout à 1,20 dollars le litre au marché noir… Pour comparer, le salaire d’un petit fonctionnaire est à peine supérieur à cent dollars par mois  », commente Sophie.

Sans surprise, la population doit faire face aux travers inhérents à ce type de développement. Souhaitant conserver ce havre de paix et de profit, le gouvernement local tente de prévenir l’arrivée de gueux irakiens. « Les familles arabes, chrétiennes, turcomanes ou même kurdes venant d’autres provinces, qui projettent de s’installer au Kurdistan, doivent trouver un garant résidant déjà dans la région  », expliquait en novembre dernier le chef du service des résidents à Erbil. Précision : le garant est obligatoirement un fonctionnaire du gouvernement local… Voilà qui devrait décourager tous ceux qui n’ont pas un tonton policier. Le Kurdistan irakien ne veut pas d’immigration subie, fût-elle kurde ! Il a adopté les dernières trouvailles occidentales, comme l’immigration choisie chère à notre ministre de l’Intérieur, puisque les médecins, ingénieurs ou universitaires, eux, ne nécessitent pas de chaperon. Pour ce qui est de la répression, les vieilles méthodes sont encore de mise : selon l’association Solidarité Irak, la grève de juillet 2006 des ouvriers de la cimenterie Tasloja, située à proximité de Suleimanieh, fut réprimée à l’ancienne : arme au poing et véritables bastos dans le chargeur. Sur les sept cents grévistes réclamant une augmentation de salaire et la réintégration de trois cents de leurs collègues licenciés, treize furent blessés par balle. Mais bon, la zone est relativement calme. Et quand le bâtiment va…

Article publié dans CQFD n° 41, Janvier 2006.






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