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CQFD N°041


CHRONIQUE DE GUERRE

LES BOURREAUX DE CALAIS

Mis à jour le :15 janvier 2007. Auteur : Hervé Gouyer.


Depuis la fermeture du camp de Sangatte, Calais est un peu comme Mayotte ou la Guyane, une zone du territoire français où la chasse aux étrangers est devenu le sport favori des quelque 2 200 policiers et CRS déployés dans le secteur. Rafles massives, quadrillage de la ville, gazage et destruction des squats, hangars et camps installés dans les bois ou sous les ponts, rien n’y fait : malgré l’agrandissement du centre de rétention de Coquelles, le remplissage de celui de Lille ou de Roissy, la plupart des étrangers, originaires d’Afghanistan, de Somalie ou d’Érythrée, ne sont matériellement pas expulsables. Pour pallier cet inconvénient, les gens ramassés sont déportés aux quatre coins du pays avec l’espoir que la proximité d’une autre frontière leur donne l’idée de renoncer à l’eldorado britannique. Hormis le développement sans frein de la répression et de la violence, aucun résultat notable n’a été relevé dans la tentative de les éradiquer des abris qu’ils s’acharnent à investir le temps d’un départ de plus en plus hypothétique vers l’Angleterre. Plus de 40 000 migrants seraient pourtant passés par Calais depuis trois ans. C’est-à-dire autant qu’avant. Marie-Noëlle, témoin opiniâtre de l’après- Sangatte, se livre quant à elle à un safari-photo et tient sur zpajol [1] une chronique régulière et édifiante que CQFD conseille vivement à ses lecteurs.

Bête noire des policiers, elle est passée le 19 décembre en procès pour « outrages » envers cinq CRS, dont elle filme et photographie avec constance les violences et les exactions. « L’avocat des policiers m’a rendu honneur, sans le vouloir, et a fait rire certains dans le public quand il a parlé de l’humanité des policiers », s’amuse-t-elle. Les témoignages de cette « humanité » recueillis par Marie- Noëlle ne manquent pas de sel : « Lundi 2 octobre, vers 23 heures, des CRS avaient arrêté des réfugiés cherchant une place pour dormir à l’abri de la pluie. Ils leur ont demandé de chanter une chanson s’ils voulaient être libérés. Deux ont accepté et sont partis libres.  » En août 2005, ils ont emmené Marie-Noëlle directement à l’hôpital après une de ses séances photo en prétendant qu’elle était folle. Finalement rendue aux CRS par le médecin, elle a appris en sortant de cellule de dégrisement le lendemain matin « qu’elle avait beaucoup bu  ». Mais si l’on en croit les témoignages de réfugiés, les pandores ne se contentent pas de ces petites humiliations. Un Afghan et un Érythréen auraient ainsi trouvé la mort sur l’autoroute en juillet dernier, pourchassés par les CRS. Les gazages de squats, malgré la présence d’enfants et de femmes enceintes, sont très fréquents, même si les policiers ont longtemps eu la délicatesse de ne pas utiliser les gaz devant un objectif. « Pour contourner ce problème de les prendre sur le vif, nous avions organisé une surveillance d’un squat avec des inconnus des policiers. Le gazage a été filmé et mis sur un site. La police est en train de mener une enquête sur ce site. Non pas pour savoir quel agent aurait utilisé le gaz contre de jeunes étrangers, dont un bébé d’un an et demi, mais pour savoir qui avait eu le culot de prendre en vidéo les faits.  » Marie-Noëlle est régulièrement témoin de matraquages et d’insultes racistes. Si elle ne lâche pas l’affaire, elle est de plus en plus inquiète : « Les policiers semblent avoir dépassé une limite. Je me suis rendu compte qu’ils se moquaient de me savoir présente sur les lieux du matraquage. J’ai moi-même été insultée par trois policiers du commissariat de Calais, en plein jour. L’un d’entre eux m’a menacée de me casser la figure. Sarkozy veut montrer qu’il s’attaque effectivement aux réfugiés. Les actes violents vont être de plus en plus répétés et visibles.  »

Article publié dans CQFD n° 41, Janvier 2006.


[1] Liste de diffusion sur Internet consacrée aux mouvements des sans-papiers.





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LES BOURREAUX DE CALAIS
| 3 avril 2007 |
La vidéo et le journal de terrain d’une étudiante en socilogie sur le site after.sangatte.free.fr On ne peut que s’indigner de ce qu’il se passe, on ne peut que saluer ceux qui ont le courage de dénoncer de pareilles horreurs, nous nous devons de soutenir ceux qui s’affrontent à l’autorité pour continuer à dénoncer et esperer un relais de ces luttes. Soutien à Marie Noelle Le collectif after Sangatte
 

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