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CQFD N°041


PETITS MÉTIERS

COUP DE PEAU !

Mis à jour le :15 janvier 2007. Auteur : Miriana Mislov.

Dans le gratuit Paris Panam, on a pu lire cette offre d’emploi trop belle pour être vraie : « Pauvre le matin, riche le soir, vendez Peau de banane  ». Loin d’être un attrape-nigaud, cette annonce émane de gens décidés à vous aider. Pas besoin de diplômes pour se faire le double du Smic, ni d’extrait de casier. Il suffit d’être enthousiasmé par leur projet, qui s’inspire des drôles de méthodes du Professeur Choron.

EN 1993, CHORON EST DANS LA MERDE (faillites d’Hara-Kiri, le journal bête et méchant, de Grosdada, revue pour enfants malpolis ; Cavanna a repris Charlie Hebdo [1] …). Il squatte rue des Trois-Portes, dans les locaux délabrés de ce qui fut le repaire de la bande à Hara-Kiri. Un investisseur, lui rappelant le temps où il colportait le journal Zéro (dont Cavanna était rédacteur en chef), lui propose de financer la création d’un journal différent des misérabilistes Macadam ou Réverbère colportés à l’époque. Le Professeur fait imprimer à 10 000 exemplaires un calendrier entièrement illustré par Vuillemin, mais ne fait rien pour le vendre. Déçu, l’investisseur lui abandonne le stock intact. C’est là que ce « margoulin » de Choron se décide à vraiment lancer La Mouise et à recruter des colporteurs par voie de presse gratuite : « Rockefeller est devenu riche en vendant des pommes dans la rue. Vendez La Mouise  ». Yoram, fraîchement débarqué à Paris, répond à l’annonce et devient colporteur. Au bout d’un an et demi, Choron lui laisse la gestion du journal, qu’il assume pendant dix ans. Après la mort de Choron en janvier 2005, Yoram, fidèle aux principes du Professeur, crée avec Jeanne Peau de banane, un trimestriel d’illustrations vendu en colportage.

Le colportage est issu d’une longue tradition. Dès le XVe siècle, les vendeurs ambulants joignent à leurs articles habituels de petits imprimés de mauvaise qualité et bon marché, ce qui se révèle un moyen efficace de pénétration du livre dans le milieu rural et populaire. Au XIXe, le colportage devient un instrument aux mains de pamphlétaires, anticipant l’apparition des journaux. Relais de propagande, il est considéré comme dangereux par le pouvoir. « Aujourd’hui, révèle Yoram, le colportage est associé à la loi de diffusion de la presse de 1881 [dont est issu le Défense d’afficher], il y a des zones de flou, donc on est soumis au bon vouloir du flic : s’il est de bonne humeur, c’est OK, sinon ils nous dégagent. On interpelle les passants qui sont souvent blasés, alors il faut un peu leur forcer la main. Une fois qu’ils ont acheté la revue, on a souvent des retours positifs.  » Les colporteurs - premiers lecteurs - se reconnaissent dans Peau de banane et s’y investissent. « On veut faire de l’illustration parce que ça laisse une liberté au niveau de l’interprétation. On veut déranger, surtout ne pas être consensuel et on le sera de moins en moins  », prévient Yoram au nom de l’équipe.

Le plus âgé des colporteurs, qui a 58 ans, fait ça depuis plus de dix ans. Mais la plupart a entre 17 et 25 ans. Ce sont des artistes en devenir, des étudiants, des gens entre deux boulots, en attente de projet. Ils sont payés 50 % net à la commission. « Pour que ce soit rentable, il faut en vendre vingt au minimum [2], précise Yoram. C’est l’objectif qui est fixé et ça s’apprend. On leur propose un argumentaire technique commercial, après chacun l’adapte selon sa personnalité et s’autogère. On alterne avec Jeanne pour les épauler sur place. Plus on en vend, plus on peut rapprocher les parutions. » Deux numéros ainsi qu’un calendrier 2007 sont déjà parus, habillés par Blanquet, Captain Cavern, Fredox, T. Guitard, Joko, Lolmède, Muzo, J-M Perrin, Placid, Popay, Rémi… pour les plus connus. Aujourd’hui à Paris, demain à Marseille, Peau de banane recherche des associés pour organiser des lieux de colportage dans chaque grande ville de France. A bon entendeur, salut !

Article publié dans CQFD n° 41, Janvier 2006.


[1] Sur l’initiative de Philippe Val, est paru en 2004 un recueil consacré à Charlie Hebdo, « Les années Charlie », qui occulte la création du journal par le Professeur Choron. Pierre Carles et Éric Martin ont réalisé un film Choron Dernière, réhabilitant celui qui fut également le fondateur d’Hara-Kiri.

[2] Ce qui fait du 13,70 euros net de l’heure, soit le double du Smic. Pour les contacter : Peau de banane, 132 rue du Faubourg-Saint-Denis, 75010 Paris. peau.de.banane[AT]hotmail.fr





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COUP DE PEAU !
soicalap | 10 juillet 2008 |
je suis je dis bien je suis le pluus vieux colporteur de france cela fait trente ans que je nourris ma famille avec le colportage en porte a porte sur toute la france j ai rencontrer et former des jeunes et des moins jeunes quelques uns sont devenus des freres d armes mais on se voit rarement si vous etes des gens serieux alors peut etre que mon experience peut vous apporter un petit plus je commence a m ennuyer du haut de mes 53 balais
 

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