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CQFD N°043


CHRONIQUE DE GUERRE

MODÈLE DANOIS

Mis à jour le :15 mars 2007. Auteur : Iffik Le Guen.


En piste pour un peu de gymnastique mandibulaire et contestatoire ! Dans le quartier populaire de Noerrebro, à Copenhague, une vieille bâtisse du doux nom de Ungdomshuset, qui avait déjà accueilli Rosa Luxembourg en son temps, est squattée par des groupes autonomes depuis 1982. Mais, comme l’ancienne caserne autogérée de Christiana, issue des expériences libertaires des années 70, la zone d’autonomie temporaire devient la bête noire des politiciens locaux. Le crime est grave puisque la maison de la jeunesse se révèle être un ardent foyer de rébellion : hébergement pour jeunes en rupture familiale, concerts (Björk, entre autres), ateliers, projections, repas de quartier et débats. Cependant, en 1993, les affrontements qui suivent l’adoption à quelques centaines de voix près du traité de Maastricht sont les plus sanglants que le pays a connus (92 blessés dans les rangs de la police qui fait usage de ses armes). En 2000, la mairie décide de vendre les locaux à une secte de chrétiens intégristes et voilà « la maison de la jeunesse » en passe d’être rebaptisée « la maison du père » ! Il faut avouer que ça peut énerver. De procès en mobilisations, l’avis d’expulsion met six ans de plus avant d’être exécutoire. Les squatters sentent le vent du boulet et appellent à une grande manifestation de soutien rassemblant 5 000 personnes dont certaines casquées et masquées. Cet accoutrement étant strictement réservé aux forces de l’ordre par une loi anticasseurs, les autorités en profitent pour lancer une vague d’arrestations inédite depuis la Seconde Guerre mondiale (plus de trois cents embastillages). La manif tourne alors à l’émeute contre les flics, barricades incendiées et cocktails Molotov contre canons à eau et gaz lacrymo, devantures bancaires effondrées et grandes enseignes pillées. Le message est bien passé.

Hollywood

Tellement bien passé que, le 1er mars dernier, une véritable opération militaire hollywoodienne est montée pour déloger les occupants. Au petit matin, des unités antiterroristes sont déposées par hélicoptère sur le toit du bâtiment tandis que tout ce que le royaume compte de flicaille sécurise le quartier façon Bagdad. Spontanément, les habitants de Noerrebro sortent pour contrer le déploiement des robocops et c’est reparti pour trois nuits d’insurrection dans toute la ville et pas loin de sept cents arrestations. Rien ne semble pourtant joué. Les entreprises qui participent à la démolition du squat, malgré un luxe de précautions (ouvriers encagoulés, nom de la boîte recouvert sur les engins de chantier), ont vu leurs parcs de matériel carbonisés ou sabotés. En guise de réponse au gouvernement qui accuse une bande de casseurs professionnels débarqués de toute l’Europe, les institutions consulaires danoises sont occupées en Allemagne, en Italie, en Espagne. Et, tradition locale oblige, la petite sirène à l’entrée du port de Copenhague a été repeinte en rose avec un 69 en dessous, référence au numéro de la rue où se dressait l’Ungdomshuset.

Article publié dans CQFD n° 43, mars 2006.






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